CHAPITRE V
LES AVERTISSBUENTS AUX FS0TBBTANT8 (1).
Ce fut SOUS la forme de Lettres pastorales que Jurieu entreprit une guerre à outrance contre l'évéque de Meaux, dont l'inHuence {grandissante inquiétait son esprit alarmé par de nombreuses défections dans le parti protestant. Bossuet répond à ces Lettres par une suite d'Avertissements nua; protestants, h partir de 1689.
■ Le seul qui se fasse entendre parmi vous depuis tant d'années, écrit fiossuet au peuple des réformés (1), et à qui, par un si grand silence, tous les autres semblent laisser ta défense de votre cause, c'est le ministre Jurieu, qui, outre qu'il est revéïu do toules tes qualités qui donnent de l'autorité dans un parti, ministre, professeur en théologie (2), écrivain fameux parmi les siens, qui seul par ses prétendues Lettres pastorales,
(1) Premier Attrliiieaiml aux Prolatmli, tome XV, p. IB!.
(ï) Ministre et proresseiir t RoUerilam, oA il euseita one violcnù persécution contre 900 confrère Pierre B>rle. Voir la Vie île H.Baglepu Des Miiiein«, années 1683, 16U9, ie»0, 1S93, len. Voir encore, dam le Diei. hùl. de Bajie, i la suite de l'article Zairiia, ane lowiie note (P) de L'anlenr contre Jnriea, dont il ne ménage pas le caraclère. Cetle note, dit-on, est ane Teogeance ; soit, mais elle citapjiuyée de témoignagea et de prentcs. D'an- Ires qne Bossuet sont eneore plus sévères que Ini ponr te trand qnereilenr, qui lui en même temps un redoutable controversisle. Un protestant qni le connaissait bien, de Bauval (Ciiui'lfr. tw ieux acrviBai de M. Jurieu) dit de loi : ( M . Jurieu a por(( en lous lieui le trouble et la division. Sa main a loujoursélé contre Ions, el celle do tant contre lui , La discorde enira avec lui dans l'Académie de Sedan. Il la partagea en brigues et en cabales.. . > [apad Des Halseanx, Vie de M. Bayle, édition Banebot (Desoer, IBsoj, du Diel. de Bajie, t. XVI, f. 2T1.)
BOSSUBT HT LE p.
exerce la fonction de pasteur dana un troupeau dispersé, ajouta ï tous ces titres celui de prophète par la témérité de ses prédictions : mais en même temps il n'avanceque des erreurs maniCesles : il bvorise las sociniens; il autorise le faDatiame, il n'iospire que la révolte, sous prétexte de Qatter la liberté ; sa politique met la confusion dans tous les Etats... ■
Jurieu, & partir de sa sixième £e((re pastorale (IGS% attaqua résolument VHistoire des Yariatiom ; et d'abord il entreprit de ruiner le fondement de ce traité en niant que la doctrine de l'Eglise catholique fût aussi ancienne et aussi constante que Bossuet le prétendait en l'opposant aux variations des églises protestantes. L'argument eiU été excellent, si Jurieu avait pu établir sa thèse, à savoir que la doctrine catholique se fût formée lentement et après beaucoup d'hésitations. Puisque, dans ce siècle-ci encore, les ennemis du catholicisme n'ont pas dédaigné d'emprunter à Jurieu ses accusations, il n'est peut-être pas hors de propos de remarquer que Bossuet y a répondu très diligemment et, ce nous semble, péremptoirement, dès son premier Avertissement. Qu'on appelle ses réfutations des sùphUmes, ce n'est pas assez faire : il faudrait les qualifier de mensonges, si l'on prétend les ruiner ; car ce sont des faits et des textes, qui sont vrais ou faux ; et l'on n'en viendrait à bout qu'en prouvant que Bossuet est un imposteur : autrement il faut renoncer k soutenir la thèse de Jurieu.
Celui-ci a bien eu l'audace d'accuser l'évéque de Meauxd'ignorance grossière,detémérité prodigieuse, et même d'impiété : mots faciles à imprimer, et qui font de l'eflfet sur les gens crédules et prévenus ; mais encore faudrait-il les appuyer sur quelque chose de solide. II est mâme plaisant que Bossuet soit qualifiéd'tmpie pour