CHAPITRE V
avoir dit que la doctrine chrétienoe a eu d'abord sa perfection. Mais il faut t&cher de deviner ce que le ministre entendait ici par impiété. Apparemment c'était d'attribuer à Dieu des inventions purement humaines; c'est-ô-dire de mettre au rang des révélations divines ce qui fut péniblement trouvé par les hommes les plus habiles de l'Église en deux ou trois siècles.
Car, aux premiers siècles du christianisme, on ne connaissait, selon Jurieu, ni la Trinité, ni l'Incarnation, ni la satisfaction de Jésus-Christ, ni le péché originel, nimémel'immutahihté de Dieu et son unité.
« Je voudrais bien, dit-il, que l'évesque de Meaun me prouvast cette masime (que la vérité arrive d'abord à sa perfection) seulement daiis le dogme d'un Dieu unique, tout puissant, tout sage, tout bon, ialini et infiniment parfait (1). »
Le ministre soutient que même les docteurs de l'Église du premier siècle n'ont pas pu s'élever à cette idée; & plus forte raison le commun des chrétiens.
o Dieu, s'écrie Bossuet (2), quelle patience faut-il avoir pour s'entendre dire des cboses si fausses et si avantageuses, non seulement aux sociniens, mais encore à tout le reste des libertins et des impies 1 a
Pour nous, dans notre incompétence, nous laissons ces assertions de Jurieu à discuter à ceux qui ont sondé tous les secrets de l'histoire ecclésiastique des premiers siècles : nous nous souvenons seulement d'avoir entendu répéter des choses semblables par certains critiques contemporains. Mais nous nous en tenons, jusqu'à meilleur avis, à ce que répond Bossuet, qui
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n'était assurément pas moins capable que tel de nos savants d'aujourd'hui de lire les textes origio&ux ; qui au moins les cite avec un à propos accablant pour son adversaire.
Ainsi, quand le ministre allègue, au sujet des dogmes de la Trinité, de l'Incarnation, de la Grâce ou d'autres non moins importants, que ces dogmes étaient encore informes au premier siècle, et après jusque chez les plus instruits des Pères et docteurs de ces temps-là, lesquels, dit-il, ne lisaient guère l'Écriture sainte qu'ils n'ont été achevés que dans tel concile, dans celui de Nicée, ou de Constantinople, ou d'Éphèse : Eossui lui oppose non-seulement les noms des principaux on des de l'Église dans ces premiers âges, « un saint Jui tin, un saint Irénée, un saint Clément d'Alexandrie, un saint Cyprien, tant d'autres qui passoient les jours et les nuits à méditer l'Écriture sainte, dont leurs écrits ne sont qu'un tissu (I) s; mais encore, ce qui est plus décisif, les témoignages formels de ces conciles, lesquels ont déclaré qu'ils ne faisaient que répéter ce qui avait été enseigné auparavant par les anciens Pères et par (es conciles précédents (2), sans y rien changer; et s'il parait, dans les décisions d'un concile, quelque chose de nouveau, ce n'est jamais qu'une définition plus précise ajoutée aux précédentes, par suite des objections ou difficultés nouvelles soulevées parde récents hérétiques, et auxquelles il faut mettre fin en ramenant d'une façOD irrévocable les esprits à la solution déjà établie. Il n'y a donc, dans tout ce prétendu progrès des enseignements de l'Église, qu'une transmission de plus en plus