‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 45 sur 122 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

exacte de la vérité depuis longtemps reconnue. On dit les choses nouvellement, mais non des choses nouvelles, non noua, sednovè (1).

Telle est la thèse de Bossuet, en réponse à celle de Jurieu.

« Selon celte méthode si simple et si sûre, conclut le défenseur du catholicisme, loulas les fois qu'il paroU quelqu'un qni tient dans l'Église ce hardi langage : « Venez à nous, â voua tous Ignorans et malheureux, qu'on appelle vulgairement Catholiques : venez apprendre de nous la foi véritable, que personne n'entend que nous; qui a été cachée pendant plusieurs siècles, mais qui vient da nous être découverte ; * prêtez l'oreille, mes frères, recoonoisaez qui sont ceux qui disoient au siècle passé qu'ils venoient de découvrir la vérité qui avoit été inconnue durant plusieurs siècles : touies les fois que vous entendrez de pareils discours, toutes les fois que vous entendrez de ces docteurs qui se vantent de réformer la foi qu'ils trouvent refue, préchée et établie dans l'Ëglise quand ils paroisseot; revenez à ce dépôt de ta foi dont l'Église catholique a toujours été une Qdèle gardienne ; et dites à ces novateurs, dont le nombre est si petit quand ils commencent qu'on les peut compter par trois ou quatre ; dites-leur, avec tous les Pares, que ce pedt nombre est ta conviction manifeste de leur nouveauté, et la preuve aussi sensible que démonstrative, que la doctrine qu'ils viennent combattre étoit l'ancienne doctrine de l'Église (2). >

Combien de personnes, sur ce discours, concluront aussitôt : El n'en faut pas plus pour prouver que Bossuet est l'adversaire résolu de tout progrès dans la doctrine ! Nous n'y contredisons pas, mais nous demandons si une doctrine religieuse est sujette à la loi du perfectinnnement comme une science quelconque, et si la rendre théoriquement perfectible comme une doctrine philoso-

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phique, ce n'est pas lui ûter toute son autorité, et lui enlever en définitive son caractère de religion . Pour Bossuet, la véritable religion ne peut venir que de Dieu: elle est par coDséc|uent immuable, et voilà pourquoi il est si foncièrement religieux. D'autres esprits peuveQt se faire une autre idée de la religion ; mais s'ils tiennent beaucoup à leur foi, tout en la regardant comme une œuvre humaine, ils sont en réalité bien complaisants; et c'est eux qu'on peut justement accuser de superstition. Bossuet a très bien vu que la Réforme, par ses maximes et par sa conduite dans ses Confessions de foi, menait doucement les peuples, sans y prendre garde, k la négation de la religion, à moins de s'immobiliser dans une sorte d'entêtement qui n'est déjà plus de la religion.

Au moins il a bien vu que le protestantisme n'avait aucun moyen logique d'entraver le progrès du socinianisme, qui est bien près de l'abandon de tout dogme religieux ; et il a très bien prouvé à Jurieu qu'il ne pouvait empêcher l'extension de cett« secte, et qu'en fait, il la recevait, tout en s'en indignant, dans le corps de l'Eglise chrétienne, au moins au même titre que le papisme et le mahométisme (1), qu'il ne trouve pas non plus moyen d'en exclure, quoique christianisme et mahométisme soient deux choses si différentes. Voilà où aboutit la tolérance telle que l'entend le pasteur Jurieu, quoiqu'il soit, dans son cœur, le moins tolérant des hommes et le plus ardent des calvinistes.

(1) Ptgti !30-S3t.

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