CHAPITRE T
Suite des Avertissements.
Dans son Premier Avertissement aux Protestants, Bossuet se flatte d'avoir montré qae le pasteur Jurieu flétrit le christianisme ea l'accusant d'avoir oublié ou mal compris, dés les premiers siècles, la doctrine des apiV très ; et en même temps qu'il autorise le socinianisme.
Dans le Second Avertissement, ii promet de prouver que ce même ministre, en ses Lettres pastorales, • convainc la Réforme d'erreur et d'impiété, » en reconnaissant formellement qu'elle nie le libre arbitre et fait de Dieu l'auteur du mal et du péché.
Jurieu avait lancé contre Bossuet les paroles les plus outrageantes à propos de son Addition au livre XIV de l'Histoire des Variations : il l'appelait • un déctamateur sans honneur et sans sincérité, » pour avoir dit que le ministre avouait des réformateurs en général, qu'ilsont enseigné que Dieu « poussait les pécheurs aux crimes énormes. * Prenant les choses de très haut, Jurien disait qu'il n'avait point avoué cela ; « et M. Bossuet, ajoutait-il, rendra compte quelque jour devant Dieu d'une imposition aussi fau.sse et aussi maligne. >
En présence de cette citation devant Dieu, Bossuet n'avait qu'à rapporter les paroles de Jurieu : celui-ci aurait dû se souvenir qu'il tes avait écrites et imprimées. La réplique n'était donc pas difficile ; quelle étourderie de s'y exposer!
En effet, le Deuxième Avertissement n'est guère autre chose qu'une exposition de passages où Jurieu dépose
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contre lui-même, puisqu'en effet il a reproché en divers endroits k Luther et à Idélanchthon (1) d'avoir expressément déclaré que Dieu, par ses décrets éternels, a nécessité les hommes, depuis Adam, à pécher, et que, le libre arbitre n'existant pas, le pécheur a le droit de dire que ce n'est pas lui qui a commis le mal ; de plus, Jurieu rapporte que Calvin et Bèze (2), après quelque résistance, ont proressé identiquement la même doctrine, de sorte qu'il est impossible au ministre ni de disculper les réformateurs sur ce point, ni de nier ce qu'il en a dit ; et ainsi, que sod superbe appel devant le tribunal de Dieu se retourne entio contre lui-même (3). Quelques discussions incidentes se glissent bien dans cette formidable réfutation ; mais pour l'intérêt de en discours, il suffit de se représenter avec quelle force Bossuet, se possédant toujours, a dû accabler un adversaire si imprudent; et quel aurait dû être, après cette exécution, l'état de ce malheureux provocateur aux yeux de son peuple, si ce peuple n'avait été comme fasdné par sou ministre, dont la bonne foi n'était cependant pas trop bien établie même dans son parti (4). On comprend, d'après cet exemple, quel intérêt avait Jurieu à se donner des airs de mépris envers l'évéque de
<1) Tome XV, p. ÎM-ML.
(S) Pigc 347, n. VI et n. XI, <r Diea laii tontes choses selon son conseLL défini, vuirï mesme celles qaï sont méchtnles et exécrables, etc. > (p. S4T|.
(4) On en peut juger par les laits rapportés dans la grande noie de Pierre Biyle sur l'article ZufHui, dont nous avons déjà parle :p. 98); et par exemple : < Va minislre vénérable par son îge, par 11 graillé de ses mœurs, par sa piété et par son savoir (U. Siurin) ; qui t va cent lois M. Jurieu dans les synodes, issnre que la présence de M. Jarien gîte ordiniireuient ses affaires, parce qu'il a des empoilemenis qu'il ne peut pas soutenir, et qu'il avance témérairement des choses de la [ansseté desquelles 11 est conitiaen sorle-cbamp. >
(fli«. hhl. de Biyle, IBSO, t, XV, p. 118, g.)