CHAPITRE V
lai avoir niis sous les yeux ses iaconséquences, de lui reprocher que la haine est toujours sa principate conseillère, conseillère dangereuse, puisqu'elle lut dicte tant d'absurdités ?
Nous relèverous au passage, dans ce troisième avertissement, une réponse bien topique, que Bossuel oppose à un argument de Jurieu, dont J.J. Rousseau a depuis fait usage avec beaucoup d'éclat, et qui a paru triomphant a beaucoup de bonnes gens. On se rappelle en effet que Rousseau, dans la Profession du Vicaire Savoyard (1), afin d'encourager les espritsdu commun (et le sien même) à demeurer dans l'indifTéreace & l'égard des religions positives, leur tient à peu prés le discours suivant :
t Quel besoin avei-vous de tant voua lourmemer à démêler la vérité entre les différenies religions î Ce sont dea diftlcuités dont vous ne sortirez jamais. De quelle immense ôrudition j'ai besoin pour remonter dans les plus hautes antiquités, pour examiner, peser, confronter les prophéties, les révélations, les faits, tous les monutnents de foi proposés dans tous les pays du monde pour en assigner les temps, les lieux les auteurs, les occasions t Quelle justesse de critique m'est nécessaire pour dislinttuer les pièces authentiques des pièces supposées, pour comparer les objections aux réponses, les traductions aux originaux, etc. ; <i
Et Rousseau continue sur ce ton, d'une manière d'ailleurs fort habile et éloquente, pour démontrer l'impossibilité de savoir tout ce qu'il faut pour se déterminer dans une recherche si vaste et si délicate, en supposant que celui qui cherche à fixer son choix a besoin de savoir tout ce que savent les plus savants ; d'où ressort cette conclusion plus ou moins nettement posée, qu'il vaut
tu Emile, liiru IV, p. 355 d« la petite «dition Dldol.
mieux s'en tenir tout simptemeut h la religion naturelle, sans en choisir une positive.
Jurieu s'étfut plu à mettre dans le même embarras les gens simples qui ont besoin de connaître la vérité dans les matières controversées entre les protestants et les catholiques, et mâme en cherchant la solution dans l'Écriture Sainte. < Od ne peut, dit-il, savoir le sentiment de l'Ëglise universelle qu'avec beaucoup de recherches (1). ■
■ Quelle erreur! s'écrie Bossuet. Pourquoi ainsi embrouiller les choses les plus 'aciles ? On Ibit imaginer à un lecteur ignorant que, pour savoir les senlimans de l'Égiise catholique, il faut envoyer des courriers par loule la terre haiiltable ; comme s'il n'y avoit pas dans les pays les plus éloignés des choses dont OD peut s'assurer inra il Utilement, sans qu'il en coûte autre chose que la peine de les vouloir apprendre ; ou que tout particulier, dans quelque partie qu'il habitât du monde connu, ne pAt pas aisément savoirce qui, par exemple, avoit été décidé a Nicée ou à Constauiinople sur la divinité de Jésus-Christ ou du Saiul-Esprit ; ainsi du reste. Je ne sois comment on peut contester des choses si évidentes, ni comment on peuL s'imaginer qu'il soit di[9cile d'apprendre des décisions que ceux qui les foui sont soigneux de rendre publiques par tous les moyens possibles, de sorte qu'elles deviennent aussi éclatantes que le soleil ... 1 et pour venir à des exemples qui touchent de plus près les protestans, faut-il envoyer en Suéde pour savoir qu'on y professe le luthéranisme, eu Ecosse pour savoir que le puritanisme y prévaut et que l'épiscopal y est haï, ou en Hollande pour savoir que tes arminiens, qui y sont Tort répandus, tendent fort à la croyance des sociniensî Mais puisque le ministre est en humeur de constesler tout, qu'il se souvienite du moins de ce qu'il a dit lui-même, que ce consentement de « l'Église universelle est la règle la plus seùre pour juger quels sent les points fondamentaux, et les distinguer de ceux qui ne le sont pas ; question, dît-il, si épineuse et si difQcile à résoudre (2). n