CHAPITRE V
de rappeler avec sa ^''Bvitéet sa scieDce ordioaire les lois du mariage dans l'église chrétleane, et de montrer en quoi les églises réformées ont bravé ]'esprit de Jésus-Christ en cette occasion et en d'autres, ce qui ne fait pas grand honneur à des sectaires qui se sont ventés de réformer l'Église. En effet, quaaà on se représente la morgue et le pédantisme de ces théologiens si rigides, on ne peut s'empêcher de penser qu'ils auraient ipieux fait d'être un peu plus cléments et tout à fait irréprochables. C'est pourquoi Ton ne trouve pas Bossuet trop sévère à leur égard : on n'a pas un grand fonds d'indulgence pour les rigoristes qui se relAcbent trop aisément par intérêt. On a souvent sur les lèvres les dénonciations outrageuses qu'ils appliquent si aisément aux casuistes d'une autre communion, et l'on admire que ces hommes si épineux et si hautains, en même temps que si retors, aient réussi à faire croire au commun des hommes que les épithètes d'Escobar et de Tartuffe n'aient jamais pu convenir qu'à leurs adversaires (I).
Quant à la facilité que les Provinces- Unies et tous les États protestants (2) ont imaginée pour rompre les mariages et favoriser les changements d'unions chez ceux qui en avaient envie, contrairement à la doctrine rigide de l'Église romaine, c'est une matière sur laquelle probablement on disputera toujours, et sur laquelle les théologiens ne se mettront pas aisément d'accord avec les politiques et les philosophes. Bossuet est en ce point, comme en tant d'autres, pour la discipline la plus aus-
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tère, ayant pour objet constant la perfection religieuse, et non le plaisir dans te monde présent.
Jurieu ne fut pas approuvé de toussescoreligionnaires; et l'un d'eux, et des plus illustres, Basnage s'étant permis de condamner son sentiment sur certain cas de rupture du mariage, fut par lut traité d'ignorant, d'homme • qui ne sgait rien, et critique tout (I). > Il ne faisait pas bon d'être jamais d'un autre avis que lui. Mais quel intérêt avait-il à rendre si facile la rupture du mariage, puisqu'il pensait que •> le divorce est une espèce de polygamie, > de sorte qu'autoriser l'uo, c'est s'acheminer à autoriser l'autre? Sont-ce là des sentiments vraiment ecclésiastiques, et bien ordonnés ; et quelle idée Jurieu se fait-il du lien conjugal? Après cela, on doit trouver naturel qu'il n'ait pas trouvé grand'chose à reprendre dans l'exemple du landgrave, et qu'il n'ait pas jugé les docteurs qui l'avaient autorisé fort répréhensibles (2). « Ils se sont trompés, dit-il, beaucoup plus dans le fait que dans le droit. • Voilà une heureuse solution! En définitive, le landgrave avait obtenu ce qu'il désirait, et ses conseillers aussi pour leur part : n'en parlons plus.
Cinquième Avertissement.
Les protestants, en général, n'ont jamais voulu reconnaître que les guerres de religionavaient eu pour cause au moins principale la religion.
Ce n'est pas en effet le plua beau titre de la Réforme, d'avoir couvert l'Allemagne et la France de meurtres et de ruines. Aussi a-t-on fait effort en différents temps pour démontrer que la guerre était née d'autres causes. Les principaux réformateurs, dès le début, ont affecté (le proclamer qu'ils n'entendaient pas que l'Evangile fût établi par la violence. S'ils étaient persécutés, c'était comme les premiers chrétiens. Ils n'étaient que des a^eaux offerts à la boucherie. Luther, Mélanchthon, Calvin tiennent le même langage au commencement. Mais ces agneaux, dès qu'ils se sentent suffisamment forts, deviennent des loups, Bossuet avait exposé toute cette histoire dans ses Variations. Mais Jurieu ne voulut pas laisser passer ces reproches : il obligea ainsi Bossuet à renouveler et à redoubler ses preuves: ce fut l'affaire du Cinquième Avertissement.
Il est bien vrai que, dans le temps où Jurieu écrivait ses Lettres pastorales, les protestants n'avaient en France que trop de sujets de se plaindre de la violence exercée sur eux par le pouvoir royal : les terribles exécutions vulgairement connues sous le nom de dragonnades paraissaient à leurs yeux plus que compenser les violences que les huguenots avaient accomplies au siècle précédent. Bossuet ne parait pourtant pas fortement touché de leurs plaintes: il n'avait pas été témoin de ces actes cruels dont le Midi surtout fut le théâtre; et son diocèse en fut exempt : c'est là ce qui explique son insensibilité sur ce point, que nous ne voulons pas excuser davantage : car cette insensibilité ne parait ni vraisemblable ni humaine. Seulement il faut ajouter que nous ne nous représentons guère les excès dont les huguenots se rendirent coupables en France au xvi»
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siècle et encore au xvii* : les survivants s'en souvenaient bien, et toute la France porte encore la trace de tant de dévastations dans ses vieilles ëfjlises et ailleurs . Les chefs des protestants avaient liautement annoncé le dessein de réduire les catholiques à la Réforme par la force, et ils exécutaient leurs menaces partout où ils le pouvaient. Bossuet rassemble à ce sujet des renseignements qui ne sont que trop instructifs.
Après avoir résumé avec éloquence les maux que la France avait endurés au siècle précédent par le fait des soulèvement des réformés, il poursuit ainsi ;
■ OeuK qui n'oni que les dragona à la bouche, et qui pensent avoir tout dit pour la défense de leur cause quand ils les ont seulement nommés, doivent souffrir à leur tour qu'on leur représente ce que le royaume a souffert de leurs violences, et encore presque de nos jours: ils sont convaincus par actes et par leurs propres délibérations, qu'on a en original, d'avoir alors exéculii en effet, par une puissance usurpée, plus qu'ils ne se plaignent à présent d'avoir souffert de la puissance légitime (1) ».
Ces paroles sembleront à beaucoup de personnes atroces, parce que la vérité est qu'en général nous connaissons fort mal le détail de l'histoire de ces temps-là ; que cette histoire n'a pour ainsi dire jamais été écrite ou enseignée chez nous que par les protestants et en leur faveur ; et qu'enfin, là où il y a des victimes de la force, l'opinion publique, chez nous, se prononce habituellement pour elles, ù moins que les violences ne soient le fait de peuples en insurrection, à qui nous avons la faiblesse de passer tout, comme si les massacres, les incendies, les ruines d'édifices n'étaient plus
(1) p. 385. — Lire I» renseigncmentii précis qui suivent dans les piges 3Se,