‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 55 sur 122 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

des crimes dès que c'est la multitude égarée qui les commet. Sans oublierce qu'oD peut dire pour atténuer la responsabilité d'une foule en délire, il est juste de songer aussi que cette foule a toujours des chefs, par qui elle est ameutée, excitée, inspirée; que, d'autre part, les actes en eux-mêmes demeurent toujours ce qu'ils sont, bien qu'on fasse valoir les causes atténuantes ; et qu'enfin les nier ou les déguiser, ce n'est pas non plus faire justice. Nous ne voulons pas d'ailleurs reprendre ce procès, qui ne sera probablement jamais jugé avec impartialité ; il nous suffit d'avertir les personnes désireuses de s'instruire, que, dans ce Cinquième Avertissemenl, où Bossuet a confirmé et corroboré ce qu'il avait exposé au X« livre des Variations, on peut lire une histoire plus vraie des troubles religieux du xvio siècle, que dans la plupart des ouvrages d'histoire; et qu'un critique récent, M. Alfred Rébelliau, ea a parlé fort savamment aussi dans son excellent ouvrage de Bossuet historien du protestantisme (1. II, ch. II, s. III).

Quant aux prises d'armes des calvinistes en France au XVI" siècle, il n'appartient pas à un laïque de reprocher amèrement à des communions persécutées de s'être armées pour la défense de leur foi et de leurs personnes. Nous pourrions donc souscrire à la thèse de Jurieu, lorsqu'il prétend que, l'Evangile mis à part, la révolte des réformés > n'est pas du tout criminelle par les règles de la morale du monde. (1) >

Mais il faut mettre l'Evangile à part. N'est-ce rien pour un chrétien si austère, pour un si grand zélateur de l'Evangile 7

<1) Voir pige 337.

136 BOSSUET ET LE PBOTBSIANTtSUË

Voilà pourquoi Bossuet a te droit de lui répliquer que sa Réforme n'est pas chrétienne; (1) ce qu'il prouve en opposant aux principes de Jurieu et des chefs de la Réforme les maximes et la conduite perpétuelles des chrétiens des premiers âges et des temps de persécutions.

Jurieu ne nie pas la patience des premiers chrétiens, mais il ne veut pas qu'on leur en fasse une vertu. Ce n'était chez eux, selon lui, qu'impuissance ou erreur.

" Il y en avoît plusieurs qui ne croyoiant pas qu'il fût permis de se servir du glaive ea aucune manière, ni à la guerre, ni en justice pour la punition des criminels : c'esloit une vérité outrée, et une maxime généralement reconnue pour fausse aujourd'hui: tellement que leur patience ne venoit que d'une erreur et d'une morale mat entendue (2). »

Ainsi, selon Jurieu, la révolte est légitime et louable, et il fait l'application de ses principes au temps présent ; il menace positivement :

■ Dans peu d'années, on verra un grand éclat de ce feu que l'on renferme sans l'étouffer. (3) • Les réformés *ont la fureur et la rage dans le cœur : et c'est ce qui fortifie la haine qu'ils avaient pour l'idolâtrie : les passions humaines sont de grand secours aux vertus chrétiennes. > Sur de tels propos, Bossuet a bien le droit de lui demander si ce n'est pas là souffler la rébellion . Mais Jurieu s'emporte et maintient ses principes, quoique son adversaire lui oppose ce que saint Paul écrit sur la charité, qui est la source de toutes les vertus chrétiennes. On n'obtient rien d'un furieux par la raison ; plus il a tort, plus il s'entête. Jurieu conclut plus qu'on ne lui demande :

(li Pace 331,

iSi P. ass, (3j P. nao.

Page 1