CHAPITRE V
que entre leurs mains, ils aient été des sm'ets plus rebelles que les autres, ni qu'ils se soient soulevés contre leur propre dotninaiion; mais la question n'est pas ik ; il s'agit de savoir s'ils se sont attribué le droit d'imposer, partout où ils l'ont pu, leur Réforme par la force, et c'est ce doot on ne peut douter. Après cela, qu'ils proclament tant qu'il leur plaira leur respect pour la liberté de conscience des autres.
ËnetTet, Basnage oppose fièrementà l'intolérance des états catholiques la liberté dont on jouit dans les pays protestants : • L'hérétique, dit-il, n'a pas besoin d'édits pour vivre en repos dans les Etats réformés... On est tranquille quand on vit sous la domination des protestans (I) ; > ajoutons, et qu'on est soi-même en révolte contre l'Ëglise romaine.
Il est bien vrai qu'on allègue •> l'exemple de Servet et des autres, que Calvin fit bannir ou brûler par la république de Genève, avec l'approbation expresse de tous les partis (2) >. Mais Basnage a réponse à cet exemple:
■ Oq ne peut reproclier à Calvin que la mort d'un seul homme, qui esloit un impie ïilasphémaleur ; et au lieu de le justiUer, on avoue que c'estoitlàun reste de papisme, s
C'est Jurieu qui avait imaginé cette belle réponse, que Basnage lui a empruntée :
n admirable, réplique Bossaet, d'attribuer au papisme tout ce qu'on voudra blâmer dans Calvin. Car cet hérétique était si plein de complaisance pour la Papauté, qu'à quelque prix que ce fût il en vouloit tenir quelque cboseîn
Mais en abandonnant ces étranges défaites, il fau-
drail savoir si, en efTet, dans les Etats protestants, non infectés de restes de papisme, les hérétiques jouissaient d'une si parfaite liberté. Et quand tous les hérétiques,quelsqu'ilsfussent,se toléreraient mutuellement en hainedupapisme, encore serait-il vrai que cette tolérance ne s'étend pas jusqu'aux catholiques. Le catholicisme n'est pas du nombre des hérésies que l'on supporte.
• Quoi ? demande Bossuet (I), la Suède s'est-elle rel&chée de la peine de mort qu'elle a décernée contre les catholiques 1 Le banDLSsemem, la conliscation et les autres peines ont-elles cessé en Suisse ou en Allemagne, et dans les autres paya protestants? Les luthériens du moins ou les calvinistes oul-il résolu de s'accorder mutuellement le libre exercice de leur religion partout cil ils sont les maîtres ? L'Angleterre est-elle bien résolue de renoncer à ses lois pénales envers tous les non-conformisies ? Hais la Hollande même, d'où nous viennent tous ces écrits, n'est-elle bien déclarée en faveur de la liberté de toutes les sectes et même de la socinieune ? »
Nous qui écrivons à la lïn du dix-neuvième siècle, n'aurioDS-nousrienàajouter sur la rigueur avec laquelle, tout récemment encore, plusieurs grands états protestants proscrivaient le catholicisme ? Que veulent donc dire ces fières déclarations sur la liberté religieuse dont les dissidents pouvaient jouir dans les pays protestants, sinon qu'en effet le protestantisme supportait le protestantisme, et rien autre chose ? Il n'y a pas lieu de tant vanter cette tolérance.
Maissur quel principedonc cette tolérance imaginaire était-elle fondée t
a Les réformés, dit Bossuet (1), prononcent sans restriction que le prince n'a aucun droit sur les consciences, et ne peut