‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 8 sur 122 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

forme de l'exposition, et encore eut-il soin de prévenir ses lecteurs contre toute tentation de mauvaise humeur :

« Je conjure nos adversaires, dit-il (1), de lire cet ouvrage en esprit de paix, et d'en peser les raisonnemens avec l'attention et le soin que méritent des matières de celte importance. J'espère que la lecture leur Tera connoilre que je parle contre leur doctrine sans aucune aigreur coatreleurs personnes, et qu'outre la nature, qui nous est commune, je sais encore honorer en eux le baplâme de Je sus- Christ, que leurs erreurs n'ont pas elfacé. Que si j'accuse souvent leur ministre d'altérer visiblement le sens des auteurs, et de nous imposer des seutimens que nous détestons, mes plaiales sont très justes et très nécessaires^ et nous le pouvons vérilier ensemble sans autre peine que d'ouvrir les livres. >

Peut-oo voir une forme de pépréhension plus frater' nelle, et dans des matières où la conviction des uns et des autres est si fort intéressée ?

Mais Bbssuet n'en débute pas moins par une remarque qui, aux yeux d'un lecteur impartial, incline d^à la balance du côté du défenseur du catholicisme, et rend fort suspecte la thèse de l'assaillant. C'est une affirmation qu'il extrait de l'ouvrage de ce censeur de la foi romaine.

• Nous ne faisons point de doute », (écrit Ferry au nom des ministres protestants, en parlant de la manière en laquelle l'Eglise catholique exhortait les mourans en l'an 1543, date capitale de la rupture, au dire des ministres) j « nous ne luisons point de doute que ceux qui mouroient en cette foi et confiance es seuls mérites de Jésus-Christ, laquelle on exigeoit d'eux el de laquelle on leur laisoit faire confession, n'aient pu être sauvés, puisqu'ils embrassoient le vrai et unique

(Il

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moyen de salut proposé en l'Evangile, qui avoit éié appt-lé par les Conl'érans de la part rie t'Egtise romaine au colloque de fiatisbonne « le plus grand article de tous, etie sommaire de la " dootrioe ehrétienne, et ce qui fait véritablement le chrétien. « a Ce que les curés y ajoutoieut de l'invocatiou à autres qu'à Dieu n'étant pas, ainsi que j'ai dit, requis comme chose nécessaire, et pouvant être interprété en un sens tolërable..., ne les empêchait pas d'être sauvés".

La conséquence se présente d'elle-même. Ainsi, de l'aveu du minietre, avant l'année 1543, on pouvait être sauvé dans l'Eglise romaine. Pourquoi ne peut-on plus l'être aujourd'hui? Qu'y a-t-il donc de changé ? Rien, du moins en ce qui regarde celle-ci. Le décret de damnation n'est donc que du bon plaisir des protestants : ôtez une imputation injuste, il ne reste plus rien. La prétendue nécessité d'une réforme repose donc sur un bien faible fondement, à en juger par cet exemple La réforme n'a été nécessaire que parce qu'il a plu aux réformateurs de l'entreprendre. Oar les catholiques romains peuvent toujours leur répondre : Puisque nous étions irréprochables en ce temps-là, nous le sommes encore aujourd'hui, étant toujours les mêmes qu'à cette époque.

Voilà un point résolu sans longue discussion, et cette solution renferme un préjugé pour tout le reste. C'est ainsi que Bossuet sait raisonner, c'est-à-dire, poser les questions. Et nous ne souhaiterions pas de nous trouver à la place de ceux qui se sont chargés de lui répondre. Voilà ce qu'on peut appeler ses malices ou ses coups d'escrime. Ce sont presque toujours ses adversaires qui lui fournissent ses répliques les plus décisives; et il ne manque jamais de les appeler à sa propre justiiicatioa, sans leur laisser de faux-fuyants pour s'y dérober. Il

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