‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 75 sur 122 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

« Mais, lui demande Bossuet ; quelqu'un a-t-il jamais I dit que la clémence fût interdite aux souverains, ou < qu'ils ne soient pas obligés à épargner autant qu'il se • peut la vie humaine (1) ? »

A cela près, Jurieu est d'accord avec Bossuet, et reconnaCt aux souverains le droit de contrainte en matière de religion. Ceci est bien important à remarquer : il est permis de conjecturer que ce chef des protestants, placé sur le trône de Louis XIV, n'eût pas trouvé mauvais d'agir à l'égard des papistes comme ce roi à l'égard des réformés. Il aurait certainement vu, dans la présence des catholiques en France, au cnoins autant d'inconvénients que Louis XIV dans celle de ces intraitables protestants qui, même sous son règne, se montraient encore menaçants, à l'abri des villes de sûreté et des autres garanties que leur avait concédées l'édit de Nantes. Le roi n'était assurément pas dépourvu de sens, s'il craignait que, dans un afTaiblissement possible du pouvoir monarchique, un parti si ardent réveillât encore des troubles qu'il ne souffrait pourtant pas qu'on lui reprochât dans le passé, et qu'aurait favorisés la ligue des puissances protestantes coalisées contre la France. En un mot, la politique de Louis XIV à l'égard des réformés n'est peut-être pas aussi inexcusable qu'on a pris l'habitude de le répéter.

Mais quelle fut à ce sujet l'attitude de i'évêque de Meaux ? D'abord il faut remarquer qu'on ne trouve nulle part de traces de son ingérence dans les conseils qui préparèrent ce qu'on appelle sommairement la Révocation de l'édit de Nantes. Ce n'était pas qu'il dout&t le

(1) ibid. p. 191.

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moins du monde du droit qu'avait le roi de répnmer et de réduire les dissidents. Ses principes sont développés avec force dans ia dernière discussion qu'il eut avec Jurieu en ce Sixième Avertissement, où nous avons vu que le ministre lui-même ne lui contestait pas en principe lo droit des souverains (1). Il les a même reconnus nettement en diverses occasions.

On ne s'attend pas sans doute que, seul entre les évëques, et bravant la volonté du roi, Bossuet proteste contre les conversions forcées :

« Combien devons-nous chérir un prince qui unit tous ses intérêts à ceux de l'Ëgliso ? N'est-ll pas notre consolation et notre joie, lui qui réjouit tous les jours le ciel et la terre par taot de conversions? Pouvons-nous u'âtre pas toucbés, pendant que par son secours nous ramenons tous les jours un si grand nombre de nos enfans dévoyés ? etc. ■

Voilà ce qu'il disait à l'assemblée des évëques réunis en 1681, dans son célèbre sermon sur l'Unité de l'Église (2). A cette date la fameuse révocation de l'Ëdit n'avait pas encore eu lieu, et il ne pouvait être question que de réunions opérées par l'ensemble des mesures qui précéderont cet acte. Mais quand il est amené à parler de l'Ëdit de révocation en lui-même, quels accents de joie, quel enthousiasme! (3}

(1) Notinimeiil ii>(«« l»u-19l. tome XVI. Et pige Soi : (ceci esl une i«plirtuc de Jnriïu â certains proteslants) : < Voui loulei dire qoe les princes en matière de religioD ne peuient user de conlrainte: et sur quoi sulisiete ioat notre Rtionne?> En même temps, ^onte Bossuet, il leur Iiil >oïr plus clair pe le jour, et pir les actes les ploi luthentiqDes de leur reliiion. ■ qu'en «net GenèTe, les Salsses, les répotliqnes et lilles libres, les ilectears cl les princes de l'Empire, l'Angleterre et l'Ecosse, li Suède et le Danemark*, (Toîlà, ce metemble, un dénombrement assez eiaet de tons les pljs qni se Tintenl d'jtre réformés), < ont emptofé l'autorité du souTeriin magistral pour abolir le papisme, et pour établir ia rèformation. >

ii) Second Point.

IS) Or. fiiH. de Micbei Le Tellier.

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