‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 77 sur 122 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

parce qu'en etfet il coatribua plus que persODoe à faire rentrer dans l'Eglise catholique la plus grande partie des deux cent mille protestants que renfermait ta province de Languedoc, professe pourtant dans une lettre écrite & l'évéque de Meaux (1) i que ies voies douces sont les meilleures : qui peut dire le contraire, ajoutet-il, en matière de religion ? • Et sou frère, le président de Lamoignoo, écrit de son cdté à Bossuet (2) :

« On me donne ici (à Paria) et à mon frère le caractère d'un homme qui veut être le persécuteur des huguenots. Il s'esi répandu des bruits partout qu'on leur faisoil en Languedoc des violences eitrémca. Cependant je puis vous vous assurer qu'il n'y a point de province dans le royaume, où ils aient été traités plus doucement. Quand vous aurez examiné le mémoire que je vous envoie, voue jugerez vous-même si on peut agir avec plus de douceur, puisqu'on ne demande autre chose que de pouvoir dire : Il faut aller à la messe, sans qu'on use d'aucune violence contre ceux qui n'iront pas- Il n'est pas question de savoir si on entreprendra d'éteindre entièrement la religion protestante en France : l'entreprise est facile ; on y est engagé. Mais il s'agit de savoirs! on abandonnera l'ouvrage entidrement. Car si on condamne ce qu'on a fait, et si on n'avance pas l'ouvrage, il est plus court de tout abandonner. Je vus même plus loin; il faut relever les temples : il ne convient point que dans le royaume, il y ait un peuple entier qui soit répandu dans toutes les provinces sans aucun culte du religion ; et il faudra que le Boi entretienne une armée dans lu cœur de son royaume pour se pouvoir défendre contre se^ propres sujets. »

Nous donnons ces dernières paixiles à méditer à ceux qui s'indignent contre Louis XIV et contre Bossuet sans en dire autant contre Henri VIII et contre les lois

(l)Juiii nOO. M. Viïèl, t. XXVII, p. 110.

anglaises relatives à l'observation de la religion anglicane. Ou bien y a-t-il deux mesures, et ce qui est abominable de la part des puissances catholiques, est-il louable de la part des puissances protestantes? Nous savoDS déjà que Jurieu dirait oui ; mais ce n'est pas lui que nous ioterrogeons.

Quoi qu'il en soit sur ce point, l'intendant du Languedoc demandait à l'évêque de Meaux de lui faire part de ses lumières sur la conduite à tenir & l'égard des prétendus convertis, en supposant d'abord que le roi avait le droit de réduire ses sujets à l'unité de la foi, et d'autre part qu'il fallait prendre des mesures efficaces pour achever l'ouvrage commencé.

Il n'est d'ailleurs pas inutile de remarquer que les bonnes ou mauvaises dispositions des réunis dépendaient en partie des chances de la guerre que le roi soutenait contre les puissances protestantes. Ainsi l'évêque de Mirepoix écrivait à son confrère de Meaux : < Depuis que la paix est coo0rmée, et que les délais dont on lesamusoitont été passés, plusieurs se sont déterminés à venir à l'Église, et à assister à tous les exercices » (1). Il est donc visible que ces malheureux étaient encouragés du dehors à prolonger leur résistance, dans l'espoir d'une victoire des alliés sur le roi de France; etque l'œuvre de la conversion dépendait beaucoup des effets de la guerre. Bossuet ne se trompait donc pas (non plus d'ailleurs que Fénelon), quand il estimait que la plupart des protestants opiniâ.tres demeuraient au fond du cœur enclins à la révolte contre le roi. On en eut bien la preuve dans la guerre des Cévennes, où

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