‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 79 sur 122 · CHAPITRE VI iSb · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI iSb

pousser & des communions sacrilèges et à d'autres scandales, que les évêques et les laïques pieux (tels qu'étaient les intendants eux-mêmes), voulaient éviter atout prix. On proposa donc de n'exiger d'eux tout d'abord que l'assistance à la messe, qui répugnait assez à des gens qui considéraient cette partie du culte comme une idolâtrie, et parmi lesquels beacoup ne connaissaient guère le protestantisme que comme une protestation contre la messe, résumé à leurs yeux des abominations du papisme.

M. de Basville consulta l'évêque de Meaux sur la conduite à tenir. Il avait lui-même une grandeexpérience de ces affaires, puisque la province seule du Languedoc renfermait deux cent mille réunis. Mais l'autorité personnelle de Bossuet était si considérable, que l'intendant tenait très justement à son approbation, outre que le prélat avait plus que lui l'occasion de parler au roi ou à ses ministres. M. de Basville fit donc parvenir, par le président son frère, à M, de Meaux un mémoire parfaitement conçu et rédigé sur la question de la messe et sur toutes celles qui s'y trou valent jointes. Bossuet, avec la rectitude et la vigoureuse logique de son génie, jugea que, si l'on avait scrupule à contraindre les réunis aux exercices de la confession, de la communion pascale, et autres, de peur de provoquer des sacrilèges ; on ne devait pas non plus les forcer d'assister à la messe, quand ils marquaient une répugnance qui prouvait qu'au fond ils n'étaient pas du tout catholiques. Mais M. de Basville et les évêques du Languedoc lui démontrèrent uniformément que ses scrupules étaient mal fondés; que beaucoup de réunis, qui témoignaient tant d'aversion pour la messe, y assistaient cependant sans

murmurer, quand on leur déclarait que telle était la volonté du roi ; qu'ils recevaient ainsi dans les églises des instructions qui peu à peu modifîaient leurs préjugés sur tout ce qfti regardaitle culte catholique; et qu'enfin, & force de vivre avec les anciens fidèles, ils s'accouliimaient k faire comme eux, à s'approcher des sacrements, et même à se féliciter de la contrainte qui avait surmonté en eux le respect humain et l'induence de quelques ministres toujours cachés au milieu d'eux ; qu'en un mot ils devenaient de bons catholiques, sans qu'on eût été obligé d'employer la violence. Ces résultats avaient été observés dans plusieurs diocèses; ou voyait les églises remplies ; il fallait seulement avoir de la patience; on pouvait espérer qu'avec le temps on arriverait au point où l'on désirait que les choses fuissent conduiies ; car c'était des villes et des peuples tout entiers qui revenaient successivement. On se sentait si fort encouragé par ces succès, et si rempli d'espérance, qu'on allait jusqu'à insinuer que la conduite des affaires devrait être abandonnée & ceux qui en avaient la responsabilité et l'expérience. Tels étaient les sentiments non seulement de l'intendant, mais des évéques de Sfontauban, de Mirepoix, de Rieux et de Nîmes.

En présence de cette unanimité, Bossuet ne pouvait tenir longtemps dans son avis, non-seulement de ne pas obliger les réunis & la messe, mats encore de la leur interdire. Les actes de rigueur n'avaient d'ailleurs son approbation qu'autant qu'ils étaient rendus nécessaires par des marques de rébellion. Pour sa conduite personnelle, on ne saurait voir chez personne dans e temps-là plus de douceur qu'il en montra dans son diocèse. On en a un témoignage bien frappant, et qui n'est guère discutable.

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Cest la Lettre pastorale adressée aux nouveaux catholiques de son diocèse pour les exhorter à faire leurs Pâques (24 mars 1686) (1), où il les ppenjj eux-mômes à témoÎD que a loin d'avoir souffert des tourmeats, ils D'en ont pas seulement entendu parier ». Peul-OQ supposer qu'il eût ainsi affirmé untel fait publiquement en présence de ceux qui l'auraient pu démentir, surtout quand il s'agissait de les mettre en garde expressément contre les accusaliom contenues dans les Lettres pastorales (de Jurieu) atix protestants de Francequi sont tombés par la force des tourmens? Et il poursuit en ces termes

D J'entends dire la màm« choae aux autres évâques ; maJE pour vous, mes Frères, je ne dis rien que vous ne disiez tout aussi bien que moi. Vous êtes revenus paisiblemeiit à nous, vous le savez. Quand j'ai prêché la sainte parole, le Saint-Esprit voua a Tail sentir que j'étais voire pasteur. Je vous ai vus autour de la chaire avec le marne empressement que le reste du troupeau, la sainte doctrine eutroit dans votre coeur â sure qu'on vous l'ezposoit telle qu'elle est ; ei les doutes que l'habitude plus que la raison élevoit encore dans vos espriri cédoieut peu à peu à la vérité. >

Voilà ce que l'évêque de Meaux ne craignait pas de faire entendre dans un discours qu'il lit imprimer et distribuer. Qui osera le soupçonner d'imposture î

Est-ce à dire qu'il se permettait de tenir pour non avenus, ou de combattre ouvertement les ordres généraux qui venaient du roi ? Nous demandons encore qui aurait eu cette audace ou cette témérité sous le règne de Louis XIV ? Et d'ailleurs nous avons déjà montré qu'il n'en désapprouvait pas le principe, tant s'en faut ; mais il voulait, dans la pratique, de la clémence et du

(1) Tome XVII, p. !U6.

discernement. C'est pourquoi l'on peut observer, dans sa conduite, tantôt de la rigueur et tantôt de la patience et des adoucissements.

Ainsi, rendant compte, comme il y était tenu, au ministre Pontchartrain (1) de l'état de son diocèse par rapport aux réunis, qu'il évalue au nombre de deux mille quatre cents, et exposant les besoins spirituels de son peuple tant en prédicateurs qu'en mattres et maitresses d'école, il désigne en même temps des personnes qu'il serait bon, selon lai, d'enfermer aux Nouvelles- Catholiques de Paris, c'est-à-dire dans cette maison de correction et de conversion forcée que Fénelon dirigeait (2) : ce sont notamment deux demoiselles de Chalendoset deux demoiselles deMaulien.

Voilà les mesures de persécution dont l'évoque de Meaux est responsable : encore ne savons-nous pas pour quelles raisons particulières il croyait nécessairo de rmfermerces demoiselles « de condition ».

En revanche, nous savons, par les Mémoires de l'abbé Le Dieu (3|, combien il s'appliquait à modérer les peines portées par les édits ; qu'il demandait souvent pour les délinquants des grâces que l'intendant ne lui refusait jamais, tout en se plaignant de sa - douceur » ; que, par les représentations qu'il soumit à la cour sur la consultation de M. de Basville et des évêques de Languedoc, il obtint de grands adoucissements au régime auquel les réunis étaient soumis ; enfin, qu'il apportait toutes les facilités possibles sur l'article des mariages, qui

(Il Tome XXVII. p. 99.

191 Nous lions permettons <le siRiiBler notre ouTriEe de Fénelen el Bossun, tome I. livre 1, cliap. II, ofi nous ivnns développé ce sujet. (31 Kdii. Guettée, p. 190, 19S.

était l'un des plus cruels, pour ne pas dire des plus barbares et des plus funestes, de tout ce système de persécution.

Après cela, que le ministre Jurieu lance toutes les accusations les plus odieuses et les plus outrageantes contre ce convertisseur et ce perséculeur ; qu'elles soient même répétées et amassées par des écrivains ordinairement plus équitables (l) ; Il demeurera toujours vrai que la conduite de Bossuet nedoit pas être jugée d'après les règles de la tolérance indifférente de notre temps ; et qu'un prélat moins respecté que Bossuet n'eût jamais pu impunément se montrer aussi indulgentque lui.

Surtout ne prenons pas pour juges de sa conduite des hommes qui n'ont jamais fait preuve d'aucun courage au profit des persécutés de leur temps.

Enfin, pour sortir de ce triste sujet, rappelons ce que tout le monde sait, que sa méthode de conversion à lui, c'était la parole et la plume ; et qu'on serait moins animé contre lui, s'il avait fait moins de conquêtes par la voie de l'érudition et de l'éloquence. Cela ne lui sera jamais pardonné par certains ennemis, qui sont, beaucoup plus qu'ils ne s'en doutent peut-être, la postérité et les échos de Jurieu.

Nous ne terminerons pas ce chapitre sans mentionner une des plus brillantes conquêtes de Bossuet. Nous parlonsdu grand chancelier d'Ecosse, le lordPerth, qui, avant de déclarer sa conversion au catholicisme, crut devoir se démettre de cette haute dignité, afin que ses

(l) Voir nn article de H. Kaa. Despois dîna 11 Renne politique et liutnire dn 9 jlaiicr IBTï. qui est un lérluble procès crlnlnEl inunlé I la mémoire de BoMuei. «ODS le titre de la léteaieâeFiKtlen.

IW nOSSUET ET LE PROTESTANTISME

molifs ce pu^semétre suspects, il faisait teniràBossuet (saos doute en 1685) une lettre où on lit ceci (1) :

a L'excellent livre de l'évoque de Meaui, de l'eiplication de la doctrine de l'Eglise, m'a éié d'un si grand secours, que je voudrois en reconnaissance de ce que je dois à ce digne prëlat lui baiser les pieds tous les jours ».

Ce seigneur devint ua des correspondants habituels de l'évéque de Meaux ; il demeura attaché au roi Jacques II dans sa disgrâce et dans son exil.

C'était sans doute un des noms que Jurieu ne pouvait guère prononcer sans grincement de dents.

Tout portait Bossuet à poursuivre son héroïque controverse contre le principal écrivain du parti des réformés ; et en effet, pour répondre à un écrit de Jurieu, il écrivit son traité de la Commujiion sous les deux espèces, qui est comme une partie accessoire des Avertissements aux Proleslanls.

De la Comuunion sous les deux espaces.

Si, dans les querelles de religion, tout n'était pas important, en raison même de la passion des partis, on aurait peine à comprendre quelle utilité il y avait à justifier la coutume de ta communion sous une seule

espèce. C'était un des points sur lesquels les protestants zélés s'indignaient le plus contre l'Église romaine ; cet usage paraissait un obstacle insurmontable à des personnes qui se montraient d'ailleurs inclinées à revenir au catholicisme.

.LiTonie XXVI, p. 367.

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