‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 80 sur 122 · CHAPITRE VI l'Jl · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI l'Jl

Recevoir l'Eucharistie sous les deux espèces du pain et du vin, comme les calvinistes, ou sous la seuleespëce du pain, comme tes catholiques, voilà un sujet de divîsioa qui rendait les premiers irréconciliables. Mais au fond de cette question était toujours celle de l'autorité de l'Église. Ceux qui réclamaient les deux espèces s'autorisaient des textes de l'Écriture pour prétendre que les catholiques ne donnaient qu'un sacrement imparfait, et que s'appuyer seulement sur la pratique de l'Église, c'était substituer des institutions humaines aux institutions divines. L'Église de Rome était donc vouée au malheur de se voir toujours déclarée par les protestants impie, idolâtre ou hérétique- Le crime n'était pas nouveau ; mais il y avait quelqu'un qui mettait sa conscience à réchauffer toujours les querelles.

Jurieu exerça donc sa plume enflammée, dans un Examen de l'Eucharistie : Bossuet, de son côté, crut devoir prendre la sienne pour apaiser le bruit. Telle fut l'origine du Traité de la Communion sous les deux espèces (1682).

Les protestants étaient forts des textes de l'Évangile, et c'est ainsi qu'ils soutenaient que, pour recevoir le sacrement de l'Eucharistie, il faut nécessairement participer au pain et au vin, comme Jésus-Christ l'a ordonné : « Mangez > « Buvez >.

Les catholiques croyaient que, puisqu'en recevant le pain les fidèles reçoivent ta chair même de Jésus-Christ, en recevant le vin ils reçoivent son sang ; dans les deux cas ils reçoivent toute la gr&ce attachée au sacrifice du Fils de Dieu ; qu'ainsi la seconde espèce ne fait qu'ajouter à ce que la première avait déjà complètement donné; et que par conséquent on peut, selon lescir-

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constances, prendre ou les deux ou une seule, sans que le sacrement change pour cela de nature et d'effet. Ainsi l'avait entendu l'Ëglise dès les temps les plus anciens :

Bossuet résume parfaitement le débat en ces termes :

v Je ne m'étonne pas que nos réformés, qui ne reconnoissaal que de simples signes dans le pain et dans le vin de leur cèae, s'attachent à les avoir tous deux; mais je m'étonne qu'ils ne veuïtleot pas entendre qu'en meltant, comme nous faisons, Jésus- Christ entier sous chacun des sacrés symboles, nous pouvons nous contenter de l'un des deux (1). ■

Qu'importaient à Jurieu les raisons des catholiques? Il ne songeait nullement à se réunir à eux : il n'avait donc cure des conséquences que pourrait avoir une telle réunion : il voulait seulement poursuivre le procès contre l'Ëglise romaine, et entretenir l'horreur que ses coreligionnaires éprouvaient pour elle. On voit donc que le plaidoyer de Bossuet s'adressait à d'autres qu'à ce ministre. 11 dit en effet :

« J'écris ceci pourun jugeéclairé,qui sait que, pour e ..

l'ordonnaDCB et en bien prendre l'esprit, il faut savoir comment elle a toujours été prise et pratiquée : autrement, ca â sa mode, la loi devient arhitrairu (2). >

En effet, pour lui, la question n'est que de savoir comment l'Église universelle (latine et grecque) a toujours entendu la communion. Ec il démontre abondamment, avec force témoignages et discussions d'auteurs, que l'Église a, de temps immémorial, en Orient comme en Occident, jusqu'à la réforme de Luther, admis, comme

(1) Traite de la Commmian, P»rl. 11, u» j, tome XVI, p. 31H.

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