‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 9 sur 122 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ne fait pourtant que leur objecter leurs textes. Après cela, qui peut douter de leur erreur ou de leur artifice î L'extrait du Catéchisme de Ferry qu'on a lu plus haut, et dont on peut déjà tirer des inductions si importantes, n'est pourtant qu'un prélude, qui donne à penser avant d'être développé. Mais le véritable discours préparatoire de Bossuet, l'ouverture de la Réfutation, est un grave développement sur la charité :

« De toutes les vertus chrétiennes, celle que Jésus-Christ a recommandée aux lldëles avec des paroles plus ellicaces, c'est la paix et la charité fraternelle, u

' hypocrisie ! » diront peut-être quelques lecteurs mal disposés pour Bossuet. Il commence une œuvre de polémique par des paroles de paix, pour déj^uiser son

— Non ; c'est un juste rappel à la charité, sincèrement adressé à ceux qui, depuis plus d'un sièclei poursuivent contre le catholicisme une œuvre de baiue, et l'attaquent par la calomnie -Ce système de dénigrement, il faut de toute nécessité le confondre, en opposant aux imputations gratuites des réformés la véritable et publique doctrine de l'Eglise, qu'ils défigurent dans le procès qu'ils lui intentent avec tant d'opiniâtreté. Si l'adversaire du Catéchisme parle ici delà charité, c'est pour la réclamer de la part de ceux qui l'ont toujours refusée à l'Eglise catholique ; il la leur demande dès l'ouverture de ce débat, et il ta gardera envers eux comme il la leur demande. C'est donc bien une explication fraternelle qu'il leur présente, quoique les faits l'obligent souvent à les serrer de près, soit qu'il rapporte leurs allégations injustes, soit qu'il y réponde par des vérités qui ne manqueront pas de les froisser.

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Tout cet ouvrage est donc placé, quoi qu'on CQ puisse dire, sous l'égide de l'affection fraternelte ; et c'est l'avocat de la partie offensée qui l'apporte le premier dans le procÈs. Car voici en substance tout le système de défense de l'Eglise romaine contre les protestants :

« Ils cberchent de faux prétextes pour aaimer les anilB contre les amis, elles fieras coalre les frères. .. Il est aisé de justiUer que ç'aété principalement par ce moyen-là que les sectes de ces derniers siècles ont séduit les Ames, et que leur maxime la plus commune a été de n'oublier aucun article qui pût rendie notre doctrine odieuse aux peuples. (1)*

Quand donc Bossuet aura remis sous les yeux de tous les lecteurs la véritable doctrine de son l<]glise ; quelle ressource reatera-t-il à ses adversaires, si ce n'est de prouver, s'ils le peuvent, que les allégations de Bossuet sont fausses, et qu'il a déguisé les croyances de cette Église. II lui suffit, pour lui, de les exposer ; c'est à eux de faire la preuve contre lui. Tactique où il n'y a rien, de sa part, qui sente l'esprit de contention et la préoccupation du dialecticien. Qu'on essaie encore de le présenter comme un homme possédé de la manie des controverses !

Au reste, dans les reproches que les ministres protestants adressent à l'Église romaine, il ne faut pas compter seulement les croyances qu'ils lui imputent faussement et qu'elle renie et môme avec horreur ; il y a aussi celles qu'elle ne nie pas, mais qu'ils lui reprochent comme fausses et abominables, et qu'elle doit justifier, puisqu'elle est traduite devant eux comme accusée.

Cftr de toutes les controverses de Bossuet avec les

(1) un., p. 3S6.

miaistres protestants il reste cette impressioa, que les Bglises réformées traiteat l'Eglise romaiDS ea criminelle, comme si elles possédaient une autorité supérieure pour la juger, la condamner et la flétrir, et que celle-ci fût réduite à plaider pour démontrer son innocence et obtenir des Kéformateurs qu'ils veuilleat bien tolérer sa croyance, ou comme moins abominable qu'ils ne la croient, ou comme digne de quelque indulgence. Bossuet assurément n'humilie pas sa foi devant celle des Luthériens ou des Calvinistes ; même il se redresse souvent avec énergie contre eux pour leur appliquer, comme conclusion de ses explications, des reproches durs à entendre ; mais il a eu soin de préparer ces ripostes par des développements de preuves irrésistibles, et en quelque sorte par des manœuvres victorieuses. A cela près, il semble que c'est toujours lui qui est te défendeur dans le procès, et qu'il n'a pas d'autre triomphe à prétendre que de faire absoudre sa cliente, l'Église romaine. Rien ne ressemble moins à la hauteur qu'on lui attribue communément; on a dit mainte fois de lui qu'il voulait toujours foudroyer; et cependant son ton, son argumentation, est si peu d'un homme qui lance la foudre du haut d'un trdoe, que les ministres ses adversaires auraient pu dire que son attitude était plutôt celle d'un accusé qui cherche h, rentrer en grftce en cherchant à paraître d'accord avec ses accusateurs, comme les ayant prévenus : D'où lui vient cette modestie ou cette humilité, si ce n'est du désir de faire sortir de ces polémiques ta réconciliation et la paix entre les deux partis ? Certes il est bien convaincu des avantages de sa foi sur celle de ses adversaires, de son ËgUse sur les leurs ; mais il ne cherche nullement les honneurs de la victoire ; il n'as-

pire qu'à un profit, qui serait de regagner les âmes que les réformés ont enlevées à la communion romaine; et c'est pour y arriver par ia douceur et par la force des raisons, qu'il s'efforce de diminuer la distance entre les deux partis, réservant les conclusions sévères et les appels pressants pour la ûa de la discussion, qui peut toujours se résumer en ces paroles adressées, non aux pasteurs, mais au peuple des dissidents :

■ Vous voyez, mes frères, comme vos miaislres vous trompent et nous calomnient pour exciter vos hsiues contre nous et vous rendre irrècouciliables. Maintenant que vous voyez pleinement leur erreur et leur injustice, que ne les laissez-vous là, pour revenir vers ceux dont vous sentez l'avantage dans cotte querelle, ei avec qui vous devez trouver la paix en ce monde et le salut dans l'autre? »

C'est dans l'espoir d'obtenir cette heureuse défection qu'il évite de chagriner et de blesser les lecteurs protestants, et que manifestement il cherche par où l'on peut s'entendre, et non par où l'on peut arriver, selon le parti dont on est, à une victoire ou à une défaite éclatante. Bien dupes d'ailleurs seraient ceux qui s'imagineraient qu'il rend les armes à ses adversaires, parce qu'il leur montre que la foi de l'Ëglise romaine n'est pas aussi éloignée de celle des églises protestantes qu'ils l'ont prétendu dans le dessein de rendre le scliisme irrémédiable et le catholicisme odieux. Mais les apparences n'en sont pas moins favorables à ceux qui prétendraient que Bossuet reconnaît l'excellence de la foi protestante, puisqu'il la prend pour le modèle auquel il tâche d'accommoder celle de son Église, comme c'étaient tes Réformés qui eussent conservé la vraie foi de l'Évangile, et les catholiques qui s'en fussent éloignés,

Pour qu'on ait pu concevoir une telle illusion, il faut bien qu'il n'ait jamais affecté, dans la discussion, la hauteur et la raideur. Ces qualités sont du cftté de ses adversaires, et non du sien. Si quelqu'un se donne, dans ces affaires, l'air d'un prophète d'Israël descendu de la montagne pour terrifier les infidèles, certes cet homme n'est pas lui.

C'est dans le Catéchisme de Paul Ferry que Bossuet rencontra pour la première fois, vraisemblablement, les principales machines de guerre dressées par les chefs des Églises réformées contre le catholicisme; il les revit plus tard maintes fois, comme des monstres qu'il abattait à chaque rencontre et qui reparaissaient toujours. Il consuma sa vie à combattre ces dragons, sans pouvoir les anéantir.

Le grand cheval de bataille des ministres contre l'Ëglise catholique, était l'accusation d'idolâtrie. Selon ces austères interprètes de la doctrine évangélique, Rome avait tellement altéré la foi chrétienne par des inventions humaines, qu'on n'y reconnaissait plus l'illvangile ; elle en avait fait un amas de superstitions ; bien mieux, ses enseignements et son culte étaient proprement l'anti christianisme. Par un goût particulier pour l'Apocalypse, qu'on peut bien sans injure qualifier du plus obscur de tous les livres, les réformateurs avaient voulu trouver dans cette révélation, où l'on trouve ce qu'on y veut voir, la condamnation de l'Église qu'ils avaient quittée. Pleins de ces paroles violentes, mais énigmatiques, ils reconnaissaient sans hésiter, dans la Bahylone du livre, Rome et tout ce qui s'y rattache, et dans l'Antéchrist le pape, quel qu'il fût de son nom et de sa personne. Selon cette belle interprétation.

c'est b Rome, c'est daos le pontife romaiii que se trouve la source de toute impiété. L'Ëglise romaine donc, pour tout dire en un mot, avait abandonné la foi en Jésus- Christ, et mettait toute son espérance en des créatures. C'est ainsi que les protestants interprétaient le culte de la Vierge, celui des saints, et plusieurs autres choses que nous n'énumérons pas, mais que les ministres protestants ne nommaientqu'avec horreur, comme de véritables abomiDations, telles que la messe, la communion sous une seule espèce, tes prières pour les morts, la suprématie du siège de Rome, et diverses pratiques par où les deux communions différaient entre elles (1).

Voilà donc, en abrégé, les abominations qui faisaient de l'église romaine la Babylone de l'Apocalypse, et qui avaient obligé les réformés d'en sortir, pour obéir à ce commandement : • Sors de Babylone, mon peuple. > Bossuet, de son côté, ne se croyait pas moins obligé de répondre & ces griefs, et de justifier sur ces différents points, ou du moins sur les principaux, la croyance de son Église. Il a mainte fois, contre difTérents adver* saires, traité en détail chacun de ces articles; mais à l'égard de Paul Ferry, il s'est attaché à peu près exclusivement à deux questions principales : 1° Est-il vrai que les chrétiens romains placent l'espoir de leur salut ailleurs qu'en Jésus-Christ seul? 2° Est-il vrai que les réformateurs eussent des raisons pressantes de sortir de la communion de l'Église de Rome?

A la première question, il répond en démontrant par les témoignages les plus incontestables, que l'Iilglise catholique rend plus complètement gloire au Rédempteur que les protestants qui l'accusent.

(1) Vo;ei BtfiU.,f.asa.

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