‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 81 sur 122 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

cliose iadiQ'é rente, que la commuoion pouvait être admiaistrée sous deux espèces ou sous une seule, et que le choix était déterminé par des circonstances de temps, de lieux, de commodité ou de convenance. Il entre même scrupuleusement dans l'analyse historique de ces circonstances, savoir, des moyens que l'on avait pour administrer le sacrement, et même des qualités physiques de la matière dont les espèces étaient formées : quels inconvénients firent renoncer habituellement à l'usage du vin ; comment il fallait s'y prendre pour faire avaler à des malades du pain consacré déjà depuis uD certain temps et durci, etc.; comment enfin ce fut par prudence et par des raisons de bienséance que l'on se relâcha peu à peu de l'administration du vin, trop difficile à conserver sans altération, et trop facile à répandre ; comment on finit par le supprimer entièrement pour les fidèles. Tout cet historique parait fort intéressant à ceux qui aiment à connaître toutes les raisons des choses, et met en lumière la prudence de l'Ëglise et sa sagesse pour s'accommoder aux nécessités extérieures, sans préjudice de l'essentiel.

Mais tout cela ne suffît pas à Jurîeu et à ses collègues : ils reviennent infatigablement à ce reproche, que ce sont là des raisons purement humaines, et que ta tradition de l'Ëglise n'est pas une autorité pour eux, bien au contraire :

a Ils nous disent que l'autoriti^ que dous donnons à la tradition soumet l'Écriture aux pensées des hommes, et la déclare imparfaite. »

a Ils se trompent visiblement, reprend Bossuet. L'l<kiriture et la tradition ne font ensemble qu'un m6me corps de doctrine révéliie de Dieu; et bien loin que l'obligation d'iuterprfter l'Ëcri-

lure par la troditioD soumetta l'Écriture aux pensées des hommes, il n'y a riea qui la mette plus au-dessus (I). ■

Mais sur ce point, les protestants sont irréductibles. Ils prétendent puiser la vérité à sa source même, sans aucune interveatiou humaine. Fort bien ; mais ils ne s'aperçoivent pas de l'intervention, apparemment humaine, du Réformateur ou du pasteur qui leur lit et leur explique les textes de l'Écriture.

« Quand on permet aux particuliers, dit Bossuet (2), comme font nos prétendus réformés, d'interpréter chacun à part soi l'Écriture sainte, on donne lieu nécessairement aux interprétations arbitraires; et en effet on la soumet aux pensées des hommes, qui la prennent chacun à leur mode : mais quand chaque particulier se sent obligé à la prendre comme la prend et l'a toujours prise toute l'Église, il n'y a rien qui élève plus l'autorité de l'Écriture, ni qui la rende plus indépendante de tous les sentlmens particuliers. •

Quand Bossuet écrivait ainsi, il devait s'attendre k être rudement démenti par tous les protestants, autant qu'il y en avait et qu'il y en aura jamais dans le monde. Cependant les faits lui donnaient raison, et ce débat n'est pas près de finir.

Mais que pouvaient-ils répondre à un argument ad hominem comme celui-ci ? Vous prétendez que l'Église romaine altère la vérité de la religion en substituant des pensées humaines aux oracles de l'Écriture Sainte, Mais que faites-vous vous-mêmes, et ne vous écartezvous pas en certaines choses, dans votre discipline, des

Page 1