CHAPITRE VI
prescriptiODS de l'Écriture? Et il leur moQtre qu'en un certaia nombre de points essentiels, tels que le baptême et la Cène, ils ont adopté des pratiques qui ne sont pas conformes à la lettre de l'Écriture, tant il est nécessaire quelquefois de l'interpréter par des décisions humaines (1) ; et en cela ils ont suivi l'exemple de la Synagogue elle-même, qui a souvent fait flécbir la loi de Moïse, pourtant si minutieuse et si rigoureuse.
Cette partie du traité de la Communion forme une réplique bien piquante et bien forte aux prétentions de ces rigoristes protestants, qui traitaient de si baut l'Eglise catbolique.
Bossuet semble presque se divertir, quand il discute contre les ministres l'usage qu'ils font, dans leur théologie, de certaines figures de rhétorique, telles que la synecdoque, (2) comme si rintelligence de l'Écriture sainte tenait à une synecdoque.
Encore était-il obligé de traiter sérieusement ces sujets épisodiques. Quel plaisir c'eût été pour les nombreux adversaires ameutés contre l'évëque de Meaux, s'ils avaient pu surprendre ce graod homme en train de badiner ! Ils trouvaient bien sans cela moyen de l'injurier.
Il ne tenait cependant qu'à lui, s'il l'eût jugé convenable, d'ajouter quelques grains de sel à l'énumération des inconséquences qui se dissimulaient sous leurs Hcres censures. Ils ne pouvaient passer, par exemple, à l'Eglise catholique de ne pas imiter de tout point, dans la communion, les circonstances de la Cène des
II) De la foBi"nwi<Ht, Pirt.. H, n" «-iii, pages 311-330. (ï) P. œi.
i% B08SUET ET LE PROTESTANTISME
ApiMres ; mais le faisaient-ils eux-mêmes ? La célébraient-ils le soir, et après un repas 1 1ls s'en seraient bien gardés, et avec raison. Mais où avaient-ils pris le droit de changer ainsi les circonstaDces de l'institution du festin eucharistique f Ils substituaient donc des raisons humaines à la volonté divine ?
Et que dire du Imptôme ? Le conféraient-ils comme saint Jean l'avait donné au Christ ; c'est-à-dire en plongeant le corps tout entier du catéchumène dans l'eau d'un fleuve, afin que le vieil homme fût lavé des pieds à la tète et entièrement noyé dans l'eau baptismale ? On sait pourtant que, durant plusieurs siècles, cette coutume fut conservée dans l'Eglise, qu'on plongeait le nouveau chrétien dans une cuve pleine d'eau, et qu'il en était levé par le parrain et la marraine. Voltaire, qui n'avait pas les mêmes scrupules que Bossuet, s'est souvenu de cette forme de baptême pour en tirer une scène burlesque dans son roman de VIngénu (1). En effet, le Huron qu'il s'agit de baptiser, et qui ne connaît en fait de religion que le Nouveau Testament, et non la tradition, veut être plongé dans la rivière, conformément à ce qu'il a lu. C'est un catéchumène entêté, qui raisonne d'après les principes des ministres protestants, rigides observateurs de la lettre de l'Écriture sainte. On ne voit pas au juste qui Voltaire a voulu tourner en ridicule ici ; mais on entrevoit bien quels inconvénients ont pu faire abandonner le baptême par immersion, pour y substituer peu à peu la simple aspersion. Cependant, par ce fait encore, tes protestants dérogeaient à la forme primitive du
(1) L'Iasêsn, chip. IV.