CHAPITRE VI
sacrement ; et l'on aurait pu en sourire, si l'on avait eu le mauvais goût d'ua Jurieu, qui se complaît en une description fort laide et ridicule de certains communiants plongeant une longue barbe sale dans la coupe sacrée de la Cène (1). Mais Bossuet, quoiqu'il se permette quelquefois de fortes ironies et des appréciations sévères des fautes de ses adversaires, jusqu'à mettre en question leur bonne foi, ne fait eu cela que tirer des conséq uenceti de l'argumentation ; cependant il ménage leurs personnes, et il respecte son sujet assez pour garder toujours la gravité dont personne n'aurait jamais dû sortir, même dans de telles discussions, qui sentent plus la chicane que le souci de la vérité religieuse. Au reste ce sage écrivain n'oublie jamais son dessein capital, qui est, en réfutant les ministres, d'attirer les peuples protestants au catholicisme, et non pas de les divertir par des mouvements de gaité qui seraient déplacés dans un tel sujet. On devine chez lui quelquefois comme une ébauche de sourire en présence de certaines erreurs énormes, mais il ne va pas jusqu'à la raillerie insultante. Le protestantisme n'y perd rien en fait de réfutation, puisqu'il est bien et dûment convaincu de se dispenser quand il lui plait des régies qu'il prétend imposer au catholicisme avec tant d'arrogance.
Son traité sur la Communion ayant amené deux réponses, qui parurent simultanément en 1683, il crut devoir, pour terminer la controverse sur la question des deux espèces, à laquelle les protestants, selon son avis, attribuaient une importance exagérée, joindre à
(1) Dt la ConuamiBa, etc., t. XVJ, p. 361.
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ce trailé une exposition décisive, intitulée : la TradUion dé fendite sur la matière de ia Communion sous une espèce; car cette question était le point où les défenseurs de la religion réformée paraissaientconcentrer leurs dftroières difficultés, disant i qu'on pourrait s'accommoder sur tout ieresten. Desdeux réponses ci-dessus mentionnées, l'une avait paru sans nom d'auteur -. Bossuet désigne cet écrit sous le titre de V Anonyme ; l'autre était, selon loutes les apparences, de M. de la Roque, • fameux ministre de Rouen *, auteur d'une Histoire de l'Eucharistie.
« Au surplus, dit Bossuet, « j'avouerai que ces RépouseE sont loutes deux de bonne main, toutes deux vives, toutes deux savantes... Us ont recherché l'un et l'autre tout ce qui servoit à leur cause ; ils oui déterré loutes les autiquiiés, et je puis dire que la maliére est épuisée. Ainsi leur travail el leur diligence a épargné a ceux qui cherchent de bonne foi la vérité, toute la peiae qu'ils auroient à remuer tant de livres (I). b
« U s'agit donc de savoir si, pour faire une communion parfaite selon l'institution de Jésus -Christ, il sufliiderecevoirTune des deux espèces, ou s'il est nécessaire et essentiel de recevoir loutes les deux. Voilà l'état de la question. »
Kt il pose ta thèse suivante, comme étant celle des catholiques :
d Nous croyons que la communion sous l'une des deux espèces, quelle qu'elle soit, n'est en substance qu'une même chose avec la communion refue sous les deux ; de sorte que communier de l'une ou de l'autre manière est une chose iadiflérenle (2). »
Il est fort éloigné de blâmer la communion sous les