CHAPITRE VI
deux espèces; il soutient seulement qu'il n'y a pas de « commandement de Notre Seigneur qui oblige tous les fidèles à recevoir l'une et l'autre espèce, s Et là-dessus il rapproche les propres paroles de Jésus-Christ dans saint Mathieu et dans saint Marc, et en tire les conséquences (1). lie Sauveur ayant dit faites ceci, Il faut savoir ce qu'on doit comprendre dans ce commandement; et l'on ne peut n savoir déterroinément sa volonté que par le secours de la tradition. » C'est toujours ramener la détermination à l'autorité de l'Eglise, que les protestants n'admettent pas, ou n'acceptent que sous bénéfice d'inventaire. Quoi qu'il en soit, Bossuet se flatte de montrer que « la tradition de tous les siècles, dès
• l'origine du christianisme, établit constamment la
* liberté d'user indifféremment d'une seule espèce ou < des deux ensemble (2). »
Après une prièreà • Celui qui sait tourner les cœurs comme il lui plait ; • prière émise dans l'intérêt de ses adversaires, dont le salut < nous est, dit-il, plus cher qu'à eux-mêmes; » il entre en matière.
Ce nouvel ouvrage n'est, dans son fond, qu'une ample confirmation du Traité de la Communion smis tes dettx espèces ; l'auteur démontre ici, par l'historique, la faiblesse des deux réponses de l'Anonyme et de M. de la Roque ; il se voit donc obligé de réfuter toutes Ips objections qu'ils ont opposées à son Traité de la Communion. Il nous suffirait de mentionner cet écrit dans la suite des ouvrages de Bossuet, s'il n'y avait lieu d'y admirer un nouvel exemple de son génie pour la con troverse.
Il avait affaire à deux adversaires aussi habiles que savants. Tous deux avaientdéployé toutes les ressources d'une critique également ingénieuse et passionnée, pour le prendre en défaut dans une discussion sur des points extrêmement délicats, et où le plus souvent les opinions n'étaient appuyées que d'indices et de conjectures qu'il fallait tirer d'une multitude de documents dispersés dans l'immense littérature de l'Eglise depuis les temps les plus reculés. C'était dans les bibliothèques peu fréquentées des vieilles églises et des cloîtres qu'il fallait déterrer de ci de là des livres antiques, oïl l'on pouvait lire quelque témoignage enfermé par aventure dans un débat théologique, dans un rituel, dans une anecdote pieuse. Encore ce document était-il souvent quelque peu énigmatique : la science et la sagacité d'un bénédictin n'étaient pas de trop pour ledécouvrir et pour en tirer parti. Comment les ministres protestants avaient-ils été mis sur la voie de ces découvertes? Quant à Bossuet, nous savons qu'aux ressources de son immense érudition personnelle il joignait au besoin le secours des bénédictins et des grands érudits ecclésiastiques de son temps, tels que l'abbé Renaudot, le P. Mabillon, et autres : il faisait faire toutes les recherches nécessaires sur un texte, sur une leçon, sur une édition d'un livre, sur toutes les matières qu'il avait à traiter ; il ne négligeait pas le moindre détail.
Il n'a jamais, dit-il, recherché la réputation d'homme érudit : cependant, pour qu'on ne le soupçonne pas de traiter légèrement des questions qui peuvent avoir leur importance, il fait quelquefois assister son lecteur à des comparaisons d'éditions et de leçons ; et c'est dans une