‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 10 sur 96 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

forme de l'exposition, et encore eut-il soin de prévenir ses lecteurs contre toute tentation de mauvaise humeur :

« Je conjure nos adversaires, dit-il (1), de lire cet ouvrage en esprit de paix, et d on pes»T les raisonnemens avec l'attention et le soin que méritent des matières de celle imi>ortance. J'espère que la lecture? Itur fera connoitre que je pûHe contre leur doctrine sansaucune aign-ur contre leurs personnes, et qu'outre la nature, qui nous est commune, je sais encore honorer en «-ux le baptôrae de J»*sus-(llirisl. «jue leurs erreurs n'ont pas elfacc. Que si j'accuse souvent leur ministre d'altérer visiblement le sens des auteurs, et de nous imposer des sentimens que nous détestons, mes plaintes sont très justes *'l très nécessains, et nous le pouvons vérifier ensemble sans autre peine que d'ouvrir les livres. •

Peut-on voir une forme de répréhension plus fraternelle, et dans des matières où la conviction des uns et des autres est si fort intéressée ?

Mais BossueC n'en débute pas moins par une remar- (jue (jui, aux yeux dun lecteur impartial, incline déjà la balance du côté du défenseur du catholicisme, et rend fort suspecte la thèse de l'assaillant. C'est une affirmation (ju'il extrait de l'ouvraj^e de ce censeur de la foi romaine.

t Nous ne faisons point de doute », (écrit Ferry au nom des ministres i)roleslants, en parlant de la manière en laquelle l'K^'liso catholique exhortait les mourans en l'an 1543, date capitalt* de la rupture, au dire des ministres); « nous ne faisons point d»» doutf» que ceux qui mouroienl on cette foi et couliaucc ôs seuls nitTJtes de Ji'>sus-Chri>l, Kiqurlle un exigeoit d'eux et de laquelle on leur laisoit faire confession, n'aient pu être sauvés, puisqu'ils embrassoieut le vrat et auique

(1) ÀtertutemtMt, p. X>.i.

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4 noSSUET ET LE PROTESTANTISME

moyon fie salut j)roposô en rK\aiigiie, f|ui avoit éli'^ appelé |)ar les OoiilV'raiis de la part do l'Eglise roinaiiiu au colloque de Hutisbonne •• le plus grand article de tous, et le sominairo de la <i doctrine chrétienne, et ce qui fait viTitablement le chrétien. » a Ce (|ue les curés y ajouloient de linvocalion à autres (ju'à Dieu n'élanl pas, ainsi que j'ai dit, requis comme chose nécessaire, et pouvant être interprété en un sens tolérable. . ., ne les emi)ôchait pas d'être sauvés».

La conséquence se présente d'elle-même. Ainsi, de l'aveu du ministre, avant l'année 1543, on pouvait être sauvé dans l'Eglise romaine. Pourquoi ne peut-on plus l'être aujourd'hui? Qu'y a-t-il donc de changé ? Rien, du moins en ce qui regarde celle-ci. Le décret de damnation n'est donc que du bon plaisir des protestants : ôtez une imputation injuste, il ne reste plus rien. La prétendue nécessité d'une réforme repose donc sur un bien faible fondement, à en juger par cet exemple La réforme n'a été nécessaire que parce qu'il a plu aux réformateurs de l'entreprendre. Car les catholiques romains peuvent toujours leur répondre : Puisque nous étions irréprochables en ce temps-là, nous le sommes encore aujourd'hui, étant toujours les mêmes qu'à cette époque.

Voilà un point résolu sans longue discussion, et cette solution renferme un préjugé pour tout le reste. C'est ainsi que Bossuet sait raisonner, c'est-à-dire, poser les (luestions. Et nous ne souhaiterions pas de nous trouver à la place de ceux qui se sont chargés de lui répondre- Voilà ce qu'on peut appeler ses malices ou ses coups d'escrime. Ce sont presque toujours ses adversaires qui lui fournissent ses répliques les plus décisives; et il ne manque jamais de les appeler à sa propre justification, sans leur laisser de faux-fuyants pour s'y dérober. Il

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IH3 fait pourtani que leur objecter ieurs textes. Après cela, (jui peut douter de leur erreur ou de leurartifico ? L'extrait du Catéchisme de Ferry qu'on a lu plus haut, et dont on peut déjà tirer dos inductions si importantes, n'est pf)urtunt «ju'un prélude», qui donne à penser avant d'être dr'veloppé. Mais le véritable discours préparatoire de I^ossuet, l'ouverture de la Réfutation, est un grave développement sur la charité :

« I)»' toutes les vertus chnHicnnos, celle (pie Jésus-Christ a recommandée aux (Idèles avec des paroles plus efllcaces, c'est la paix et la chanté fraterne'.l»'. »

t O hypocrisie ! » diront peut-être cpiehjues lecteurs mal disposés pour Bossuet. Il commence une œuvre de polémique par des paroles de paix, pour dé;;uiserson dessein. »

— Non; c'est un juste rappela la charité, sincèrement adressé à ceux qui, depuis plus d'un siècle, poursuivent contre le catholicisme une œuvre de haine, et l'altaciuent par la calomnie. Ce système de dénigrement, il faut de toute nécessité le confondre, en opposant aux imputations ;^Tatuites des réformés la véritable et publi- (|ue doctrme de l'Ki^lise, qu'ils défigurent dans le procès qu'ils lui intentent avec tant d'opiniâtreté. Si l'adversaire du Catccliisjne parle ici delà charité, c'est pour la réclamer de la part de ceux cjui l'ont toujours refusée ù rKglise('atholi(|ue ; il la leur demande dès l'ouverture de ce débat, et il la gardera envers eux comme il la leur demande. C'est donc bien une explication fraternelle (pi'il leur pi'fXMiie, (luoiijuo les faits l'obli^jent souvent à les serrer do près, toit qu'il rapporte leurs allégations injustes, soit (pi'ily réponde par des vérités (pli ni^ ncuKiuei'niit jia-- de les froisser.

Tout cet ouvrage est donc placé, quoi qu'on en puisse dire, sous l'égide de l'alTection fraternelle; et c'est l'avocat de la partie oirensée qui l'apporte le premier dans le procès. Car voici en substance tout le système de défense de l'Kglise romaine contre les protestants :

« Ils cherchent de faux prétextes pour animer les amis contre les amis, elles frères contre les frères. .. Il est aisé dejiislilier que c'a été principalement par ce moyen-là que les sectes de ces derniers siècles ont séduit les âmes, et que leur maxime la plus commune a été de n'oublier aucun article qui pût rendie notre doctrine odieuse aux peuples. (1)»

Quand donc Bossuet aura remis sous les yeux de tous les lecteurs la véritable doctrine de son Église ; quelle ressource restera-t-il à ses adversaires, si ce n'est de prouver, s'ils le peuvent, que les allégations de Bossuet sont fausses, et qu'il a déguisé les croyances de cette Église. Il lui suffit, pour lui, de les exposer ; c'est à eux de faire la preuve contre lui. Tactique où il n'y a rien, de sa part, qui sente l'esprit de contention et la préoccupation du dialecticien. Qu'on essaie encore de le présenter comme un homme possédé de la manie des controverses !

Au reste, dans les reproches que les ministres protestants adressent à l'Église romaine, il ne faut pas compter seulement les croyances qu'ils lui imputent faussement et qu'elle renie et même avec horreur ; il y a aussi celles (qu'elle ne nie pas, mais qu'ils lui reprochent comme fausses et abominables, et qu'elle doit justifier, puis- (ju'elle est traduite devant eux comme accusée.

Car de toutes les controverses de Bossuet avec les

il)Ibid., p. 356.

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