‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 11 sur 96 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ministres protestants il reste cette impression, (jue les Eglises réformées traitent l'K^lise romaine en criminelle, comme si elles possédaient une autorité supérieure pour la juger, la condamner et la llétrir, et que celle-ci fût réduite à plaider pour démontrer son irmocence et obtenir des Réformateurs qu'ils vcuilletit bien tolérer sa croyance, ou comme moins abominable (pi'ils ne la croient, ou comme digne de quehjue indulgence, fiossuet assurément n'humilie pas sa foi devant celle des I.uthériens ou des Calvinistes ; même il se redresse souvent avec énergie contre eux pour leur appli(}uer, comme conclusion de ses explications, des reproches durs à entendre ; mais il a eu soin de préparer ces ripostes par des développements de preuves irrésistibles, et en quelque sorte par des manœuvres victorieuses. A cela prés, il semble que c'est toujours lui qui est le défendeur dans le procès, et qu'il n'a pas d'autre triomphe à prétendre (jue de faire absoudre sa cliente, l'I^glisn romaine. Rien ne ressemble moins à la hauteur (ju'on lui attribue communément; on a dit mainte fois de lui (|u'il voulait toujours foudroyer; et cependant son ton, son argumentation, est si peu d'un homme (jui lance la foudre du haut d'un trône, (pie les ministres ses adversaires auraient pu dire que son attitude était f)lutôt celle d'un accusé qui cherche à rentrer en grAce eu cherchant à paraître d'accord avec ses accusateurs, comme les ayant prévenus î D'où lui vient cette modestie ou cette humilité, si ce n'est du désir de faire sortir de ces polémiques la réconciliation et la paix entre les deux partis? Certes il est bien convaincu des avantages de sa foi sur celle de ses adversaires, de son lOglisiî sur les leurs; mais il ne cherche nullement les honneurs de la victoire ; il n'as-

8 UOSSUK r KT LF. IMIOTKSTANTISMH

pire qu'il un piolit, (jui serait de regagner les âmes que les réformés ont enlevées à la eommunioQ romaine; et c'est pour y arriver par la douceur et par la force des raisons, qu'il s'eilorce de diminuer la distance entre les deux partis, réservant les conclusions sévères et les appels pressants pour la lin de la discussion, qui peut toujours se résumer en ces paroles adressées, non aux pasteurs, mais au peuple des dissidents :

a Vous voyez, mes frères, comme vos ministres vous trompent et nous calomnient pour exciter vos haines contre nous et vous rendre irréconciliables. Maintenant que vous voyez pleinement leur erreur et leur injustice, que ne les laissez-vous là, pour revenir vers ceux dont vous sentez l'avantage dans cette querelle, et avec qui vous devez trouver la paix en ce monde et le salut dans l'autre? »

C'est dans l'espoir d'obtenir cette heureuse défection qu'il évite de chagriner et de blesser les lecteurs protestants, et que manifestement il cherche par où l'on peut s'entendre, et non par où l'on peut arriver, selon le parti dont on est, à une victoire ou à une défaite éclatante. Bien dupes d'ailleurs seraient ceux qui s'imagineraient (iu'il rend les armes à ses adversaires, parce qu'il leur montre que la foi de l'Eglise romaine n'est pas aussi éloignée de celle des églises protestantes qu'ils l'ont prétendu dans le dessein de rendre le schisme irrémédiable et le catholicisme odieux. Mais les apparences n'en sont pas moins favorables à ceux qui prétendraient que Bossuet reconnaît l'excellence de la foi protestante, puisqu'il la prend pour le modèle auquel il tàehe d'accommoder celle de son Eglise, comme si c'étaient les Réformés qui eussent conservé la vraie foi de l'Evangiie, et les catholiques qui s'en fussent éloignés.

Page 1