‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 16 sur 96 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

il ouvrit sa nia«^nilique carrière de prédicateur à l*aris, en 1659; et depuis ce moment, il prêcha presque sans interruption, pendant environ dix ans, soit devant la cour, soit en de nombreuses paroisses ou communautés de la capitale, des stations d'Avent et de Carême, des sermons de vêture et autres, des panégyriques, des oraisons funèbres; si bien qu'il semble n'avoir dû jouir d'aucun loisir pour continuer l'œuvre de la conversion des protestants. Cependant il ne la perdit jamais de vue.

C'était, il faut le reconnaître, la première préoccupation de ses contemporains, soit dans le clergé, soit dans ceux qui gouvernaient le pays. Car l'entreprise de la réunion des Kglises se poursuivait simultanément dans les desseins du pouvoir royal, et dans les travaux des hommes les plus éminents de la société catholique, prcHres et même séculiers. De leur côté, les ministres protestants, pour prévenir des elfets (|u'ils prévoyaient, ne négligeaient lien pour raffermir leurs troupeaux. Une controverse incessimte, soutenue de part et d autre avec autant de .savoir que de zèle, tenait les esprits en haleine sur tous le:» points qui faisaient le dilTéreiul entre les défenseurs de la Réforme et les fidèles de l'Kglise catholique, l-.es plus grands talents et les méthoiles les plus ingénieuses étaient /nis en usage, .ïamais au seizième siècle la lutte i/avait été aussi vive ni aussi bien soutenue (1|. C'était d'un côté les ministres Dumoulin, Daillé, Claude, Jurieu; de l'autre le bataillon de Port-Uoyal, Arnauld, Nicole et autres habiles polé-

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18 HOSSUET i:t li-: protestantisme

mistes, iui\(|LiiM.s lîossuct se joignit. MèirKi dans la chaire, il faisait quelquefois des applications (|ui laissaient des traces. La conliance venait à lui, et des personnes du plus haut rang se sentaient entraînées du côté où les api)elait un ])rédicateur si éloquent et un ij:uidc si persuasif.

Le Maréchal de Turenne.

Nous n'oserions pas affirmer que, dans certaines âmes, la faveur assurée du roi n'ait fort contribué à marijucr où était la bonne voie. On n'a pas manqué de le dire au moins pour le maréchal de Turenne, dont la conversion au catholicisme fut un très rude coup pour tout le parti protestant. On n'a pas craint d'évaluer le prix auquel cette défection fut payée. Mais toutes les insinuations furent découragées par la haute renommée de probité de ce grand capitaine. Nous en avons le témoignage chez un écrivain qui n'est pas incapable de légèreté, et qui aurait été très capable de malice : c'est Saint- Lvremond, lequel avait connu Turenne de fort près (1).

« Son changement de religion fut, dit-il, sensible à tous les protestants : ceux (|ui l'ont connu ne l'ont attribué ni à l'anihition ni à. l'intérêt. Dans tous les Umips il avoit aimé à i)arl('r de religion, particulièrement avec M. d'Aubigny, disant toujours que les H<''form"''s avoient la doctrine plus saine, mais (ju'ils ne dévoient pas se séparer, pour la faire pi'cndre insensihlenicni aux catholiques. »

(On peut remarquer (jue ces dernières paroles rappel-

(1) IHogr ilr M . de Turnine, dans les Œuvres de S.-lùremond, 1705. t. IV, p. 385.

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