II PRÉFACE
liMirs ci'oyances, n'en conçoivenl pas moins des aversions [)res(|ue fiirieiises contre ceux qui ne penseiii pas comme eux, (jiii croient ce (|u'ils ne croient pas, ou sont moins ardents qu'eux dans la négation. Tant il est vrai que les haines naissent des mauvais insiincls du cœur humain bien plus que des opinions qui s'étahlissent dans les esprits. Ce qui blesse les hommes^ c'est (ju'on ditlere d'eux, (ju'on ne se soumette pas à leur ascendant, qu'on s'affranchisse de leur autorité, qu'on ait l'air de ne pas les écouter et les craindre, puisqu'on se permet d'être autrement qu'eux.
Ajoutons que ce n'est pas seulemeni en matière de religion qu'on se montre intolérant, et que l'on se fait en toutes choses un point d'honneur de haïr les dissidents. Les partis politiiiues se fondent sur des opinions qu'on adopte et qu'on professe comme des articles de foi : qui ne les épouse pas ne mérite aucune estime; (|ui les abandonne est un renégat, et encourt le mépris et une sorte d'horreur. Même dans la noble et innocente carrière des arts^ on rencontre des (hx'trines intransigeantes et des croyants intolérants : tians tel cénacle d'artistes ou de poètes, nul ne peut impunément se dérober aux principes de l'école, laquelle se constitue insensiblement en une petite église. Faut-il parler des animosités des philosophes entre eux; et les serviteurs de la raison sont-ils moins enclins à proscrire et à excommunier que les adorateurs d'une idole? Voyez enfin les gens du monde : certains salons ont comme leurs rites propres : (jui s'en écarte est déclassé, et ne
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peut Tître admis à l'Iionneur d'êln; reru dans l.i maison. Tons les hommes as|)irenl à se séparer de la mnllilndf, à former des sociétés j)arlicnli<*res, et à n'admettre en (jnelque sorte dans Icnr eommnnion qne des adeptes fervents et dévonés de lenr pai1i,d«' lenr secte, de lenrs maximrs, (jnrlles ((n'clles soient. T»*l reponsse toute croyance i-elii,N'ens(', «pii se fait de son incrédulité une doctrine, et s'attrihue des droits illimités sur ((uiconnuf n'alficlie pas la même horreur (pie lui pour les croyances d'autrui. Tout est sujet de division, r{ il semole cpi'on ne saurait (pie faire ni (pie dire, si l'on rir s'alliait |)as avec (pichpic parti plus ou moins nombreux, pour faire à d'autres une i^nicrre acharnée. I*our le malheur du i^cnrc humain, les haines communes étaldissent des liens plus solides ((ue les amitiés.
Ce penchant h la division est juvcisément ce (jue nous essayons de combattre par un j^rand exemple.
Peu de personnes rei;ardenl Hossuet comme un homme de paix. On s'est accoutumé à voir en lui un 1,'énie ardent, épris de domination, amoureux de la polémi(pie, plus amoureux encore de l'empire, et <|ui n'écrivait j^uère (pie pour imposer sa foi, son opinion, son autorité à (piieon(pie s'écaitait tant soit peu de la voie étroite (|ii'il s'eiait tracée ; un homme (pii aurait voulu réduire ions les esprits à une orthodoxie intolérante et immuable, dont il s't'tait fait le pontife, dont il fut le docteur et rajHttre, avec tous les moyens cjue |»ouvait lui fournir. aprJ's son ^'énie, la puissance royale, dont on s'imai^ine (pi'il disposait.
IV PRKP'ACE
Il est vi'iii (lu'il a aiiiir |)i"or()n(l(Miiciit liiiiilc', (|iril a cru ahsoliiniciil à riiirailIiMlité de l'Ei^lisc et à la divinité (le sa doctrine, (ju'il a consacré tontes les ressonrces de son i^énie à défendre la foi (|n'elle enseignait, et il ramener les dissidents à cette foi iiniiiue; et par conséquent (|iril a combattu sans relâche le protestantisme, principe de division, mouvement de révolte et de haine, dont les suites allaient naturellement à la dissolution de la société relii^ieuse et à répar()illement iidini de ces croyances dont l'unité avait fait la i-randeur et la |)uissance du christianisme et du monde nouveau (|ui avait i)ris naissance au Goli;otha.
Mais comment a-t-il conçu la lutte contre cet esprit (rindépendance et de séparation dont il était alarmé? Premièi'ement, ce n'est pas lui qui attaque : il est sui* la défensive. Secondement, il ne s'agit pas poui' lui de vaincre les protestants, mais de les regagner. Ce ne sont pas des ennemis, ou du moins Bossiiet ne veut pas les considérer comme tels : ce sont des frères séparés et il doit être possible de les ramener. Quand, dans une bonne famille, il survient entre des frères des dissentiments et des ruptures, c'est aux plus sages et aux j>lus ail'ectionnés de prendre les devants et de faire les premiers frais de la réconciliation. Ainsi Bossuet va audevant des protestants : il leur demande les raisons de leur séparation, et leur montre ipril n'y avait pas sujet de pousser les choses si loin. Il écoule leurs griefs et les discute avec iiiic patience infatigable : ils se sont exaspérés sur des malentendus^ (ju'il s'applique à dissiper.