CHAPITRE IV
d'un c(jté les remonlrans ou arminiens, de l'autre les conlre-rcmonlrans ou ^^omaristes, c'est-à-dire, le calvinisme rigide contre le calvinisme miti^^é il). On ne trouva d'autre moyen pour apaiser ces troubles que de convoquer une sorte de concile f^énéral de toutes les éf^lises calvinistes d'Kuropeâ Oordreclit (1^)18).
Hossuet a soigneusement analysé, selon son habitude, les débats et les décisions de ce synode, qui a obtenu un grand crédit chez les calvinistes; mais maigre son exactitude etsa précision ordinaires,iln'apas réussi, nous semble-t-il, à donner une clarté parfaite à ces querelles théologiques, aussi rebutantes qu'embarrassées par la nature des questions, par la subtilité des avis et par les contradictions des partis. En somme, les arminiens furent condamnés par la majorité, et ce qu'il y a de plus dur à supporter dans le calvinisme triompha (2). Il ne nous appartient pas d'en dire davantage, ni nous no serions en état de le faire. Il nous suflit de remarquer (lue, suivant ce synode, tous les chrétiens se trouvaient astreints à croire ii la certitude de leur salut.
Mais en IG'^O, au .synode de Charenton, les décisions de Dordrecht furent adoptées comme la loi de toutes les églises calvinistes, et la souscription en fut ordonnée, comme cette doctrine étant • entièrement conforme à la parole de Dieu. » Heureux ceux i|ui réussirent à la bien entendre.
Voilà donc une nouvelle confession de foi des calvinistes, et la ba.se de tous les traités qui survinrent entre eux et les luthériens. Ceux-ci étaient sur plusieurs points moins éloignés des catholitjues, mais les autres
(1) Pour II* «l«''iiil lie» n|iiriioiis «les aruiiuieo». vuir |Mgc 43. o. xcit. (*) Voir iMjîi's Mt-J».
UOSttUEl El Lh l-HOTb^lA.Ml.SMK. 7
avaient pris l'ascendant dans la Réforme : en même temps ils |)roscrivaient absolument le socinianisme, comme n'étant qu'un demi-pélagianisme, et ils se lelicitaient d'avoir établi une autorité à lacjuelle tout le monde devait se soumettre, « au préjudice de la liberté, qui a toujours esté, de disputer pour et contre entre les réformés. » C'était Jurieu qui s'exprimait ainsi : le calvinisme, devenu maître, imitait l'Eglise de Home, tenait des conciles, et anathématisait des sectes entières : l'arminianisme et le socinianisme furent les premiers excommuniés.
En revanche, les calvinistes cherchent à attirer à eux les luthériens, et leur odrent des moyens de s'unir à eux. en déclarant que les dogmes sur lesquels les deux partis ne peuvent s'accorder ensemble, ne sont pas des articles fondamentaux du christianisme (1).
Là, commence la théorie des dogmes non fondamentaux, qui étonne aussi bien les luthériens que les catholiques. Mais on veut faire une alliance politique, et Ton devient coulant sur la foi elle-même. L'alliance e^^t d'ailleurs dirigée contre le catholicisme, et c'est ce (lui rend Jurieu si accommodant (2). Nous verrons plus loin les suites de ce dessein. Contentons-nous pour le moment de remarquer qu'à ce propos Bossuet crut devoir ajouter à son Histoire des Variations un livre destiné à expliquer et à critiquer les opinions successives des protestants sur ce qu'il appelle la Question de l'Eglise, à savoir sur les rapports des églises protestantes entre elles et avec l'Eglise universelle, question (jui, pour Bossuet, est tout à fait capitale.
(1) Pages 44-45.
(2) P. 44 elsuiv.
CHAl'lTRE IV 85
Les protestants, ne voulant pas reconnaître que leurs églises étaient nouvelles et ne relevaient (|ue d'ellesmême<, soit pour la foi, soit pour les autres parties constitutives d'une église, prétendant au contraire que ••es églises étaient instituées par Jésus-Christ et héritières des promesses consignées dans l'Écriture Sainte; il fallait bien qu'ils soutinssent qu'ils faisaient partie de l'Piglisc universelle, quoiciu'ils s'en fussent séparés. Mais en se séparant, c'était le reste de l'Église qu'ils avaient rejeté de l'unité, comme n'étant plus la vraie Kglise; et ainsi c'était la majorité qui se trouvait excommuniée par la minorité. Mais cette majorité montrait sans peine qu'elle avait seule conservé la succession : par conséquent c'était à elle seule qu'était restée attachée la possession de la vérité avec la parole du Saint-Ksprit : donc la prétention des autres était vaine, et il n'y avait pas d'autre église universelle que celle qui, sans interruption, avait toujours été l'église de Jésus-Christ. A cela, les réformateurs opposaient que, par des additions humaines et par d'autres causes, la foi s'était altérée dans cette é;zlise. qu'elle était tombée dans l'impiété et dans l'idolâtrie, et qu'elle avait cessé d'être la vraie église. Cependant, selon les calvinistes eux-mêmes, les promesses de Jésus-Christ éUuit formelles, et l'Église véritable ne devant jamais i)érir, il fallait la chercher ailleurs que dans ce corps t|ui s*? disait église et <jui, selon eux, ne l'était pas. î a -•■uaration des vrais lidèles était donc devenue né» <■;
mais les promc^^ses de l'Kcriture Sainte étaient restées attachées à ce qui avait demeuré de la vraie Église, et voila pnurcjuui l Mglise reformée «Mail la vrrilalde tîglise universelle ou ealholi(|ue, la(|uelle comprenait
tous les fidèles (lui professaient la vraie foi et suivaient cMi tout l'institution première de Jésus-Christ : c'était elle aussi qui devait rerevoir toujours l'assistance du Saint-Esprit. Quant à l'Église romaine, déchue du titre d'Ei^lise catholique, et réprouvée par eux, elle ne |)Ouvait plus être, dans la vraie Eglise universelle, qu'un membre pourri et retranché. Voilà pourquoi ils la désignaient seulement sous le nom d'Église romaine : c'était là que régnait le pape et avec lui l'antichristianisme, c'est-à-dire l'abomination des abominations. Voilà qui va bien ; mais que faire des autres églises séparées, qui n'étaient pas comprises dans la Réforme, comme les églises grecque, éthiopienne, et autres, qui cependant se disaient chrétiennes? Les réformés allaient-ils proscrire du christianisme tous les chrétiens, à l'exception d'eux-mêmes, en condamnant aussi tout ce qu'il y avait eu de chrétiens dans TEglise romaine avant qu'ils s'en séparassent? La chose n'allait pas sans difficulté. Les ministres protestants s'avisèrent, au xvii^ siècle, d'un ingénieux expédient. Ne pouvant damner tout le monde, ils s'etTorcèrent de sauver le plus de chrétiens qu'ils pourraient. Qu'on impute, si l'on veut, cette clémence à leur libéralité et à leur charité naturelle, soit, et (ju'on en croie ce qu'on voudra. Tant il y a qu'ils inventèrent une nouvelle idée d'église universelle.
Dans les articles qui composaient, à leur avis, la foi chrétienne, ils opérèrent un triage : ils mirent d'une part les articles qu'ils appelèrent fondamentaux, c'est à diie ceux qu'on ne pouvait cesser de croire sans cesser d'être chrétien, et de l'autre ceux qui ne leur parurent pas fondamentaux. D'après quelle autorité pronon-