‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 68 sur 96 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

C'est la Lettre pastorale adressée aux nouveaux catholiques de son diocèse pour les exhorter à faire leurs Pâques (24 mars 1G8G) (1), où il les prend eux-mOmes à témoin que « loin d'avoir sou (Tort des tourments, ils n'en ont pas seulement entendu parler ». Peut-on supposer qu'il eût ainsi aflirnié un tel fait publiquement en présence de ceux qui l'auraient pu démentir, surtout quand il s'a«^MSsait de les mettre en garde expressément contre les accusalions contenues dans les Lettres pastorales (de Jurieu) aux protcslanis de France qui sont tombes par la force des tourmens ? Et il poursuit en ces termes :

« J'ontends diro la môiii»^ chose aux autres évoques ; mais pour vous, mes Frèrfs, je ue dis rien que vous ne disiez tous aussi bien que moi. Vous ôles revenus paisiblement à nous, vous le savez. Quand j'ai prêch»'- la sainte parole, le Saint-Ksprit vous a l'ait s»'nlir que j'étais votre pastour. .le vous ai vus autour de la chaire avec le môme empressement que le reste du troupeau, la sainte doctrine entroit dans votre avnr à m»»sun* (pi'on vous l'exposoil telle iju'elle ost ; et les doul»'S que rh:ibitud(» plus (pie la raison èlevoit encore dans vos esprits, cédoient peu à pou à la vérité. >

Voilà ce (jue l evôc|ue de Meaux no craignait pas de faire entendre dans un discours qu'il fit imprimer et distrihuor. Qui o.sera le soupçonner d'iinpo.sture ?

I\st-ce à dire (pi'il .^e permettait de tenir pour non avenus, ou de combattre ouvertement les ordres généraux (|ui venaient du roi ? Nous demandons encore (jui aurait eu cette audace ou cette témérité sous le régne de Louis XiV ? Kt d'uilleurs nous avons déjà montré (pt'il n'en désa|)prouvail pas le princij)e, tant s'en faut ; mais il voulait, dans la prali(|ue, de la ch-mence et «lu

(1) Tome XVII. p. i4i.

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discernement. C'est pouniuoi l'on peut observer, dans sa conduite, tantôt de la rip;ueur et tantôt de la patience et des adoucissements.

Ainsi, rendant compte, comme il y était tenu, au ministre Pontchartrain (1) de l'état de son diocèse par rapport aux réunis, qu'il évalue au nombre de deux mille quatre cents, et exposant les besoins spirituels de son peuple tant en prédicateurs qu'en maîtres et maitresses d'école, il désigne en môme temps des personnes qu'il serait bon, selon lui, d'enfermer aux Nouvelles- Catholiques de Paris, c'est-à-dire dans cette maison de correction et de conversion forcée que Fénelon dirigeait (2) : ce sont notamment deux demoiselles de Chalendoset deux demoiselles deMaulien.

Voilà les mesures de persécution dont l'évêque de Meaux est responsable : encore ne savons-nous pas pour quelles raisons particulières il croyait nécessaire^ de renfermer ca^ demoiselles « de condition ».

En revanche, nous savons, par les Mémoires de l'abbé Le Dieu (3), combien il s'appliquait à modérer les peines portées par les édits ; qu'il demandait souvent pour les délinquants des grâces que l'intendant ne lui refusait jamais, tout en se plaignant de sa « douceur » ; que, par les représentations qu'il soumit à la cour sur la consultation de M. de Basville et des évêques de Languedoc, il obtint de grands adoucissements au régime auquel les réunis étaient soumis ; enfin, qu'il apportait toutes les facilités possibles sur l'article des mariages, qui

(1) Tome XXVII, p. 99.

(2) Nous nous permettons de signaler notre ouvrage de Fénelov et Ihft^uei, tome I, livre I, cliap. II. où nous avons (K'veloppé cv sujet.

(.J) Kdit. Guettée, p. 190, 192.

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