CHAPITRE VI
était l'un des plus cruels, pour ne pas dire des plus barbares et des plus funestes, de tout ce système de persécution.
Après cela, que le ministre Jurieu lance toutes les accusations les plus odieuses et les plus outrageantecontre ce convertisseur et ce persécuteur ; qu'elles soient mùme répétées et amassées par des écrivains ordinairement plus équitables (1) ; il demeurera toujours vrai que la conduite de Bossuet nedoit pas être jugée d'après les règles de la tolérance indifférente de notre temps : et ({u'un prélat moins respecté que Hossuet n'eût jamais pu impunément se montrer aussi indulgenique lui.
Surtout ne prenons pas pour juges de sa conduite des hommes qui n'ont jamais fait preuve d'aunin conraL'e au profit des persécutés de leur temps.
Enfin, pour sortir de ce triste sujet, rappelons ce i\UQ tout le monde sait, que sa méthode de conversion à lui, c'était la parole et la plume ; et qu'on serait moins animé contre lui, s'il avait fait moins de conquêtes par la voie de l'érudition et de l'élociuence. Cela ne lui sera jamais pardonné par certains ennemis, qui sont, beaucoup plus qu'ils ne s'en doutent peut-être, la postérité et les échos de Jurieu.
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans mentionner une des plus brillantes conquêtes de Bossuet. Nous parlonsdu grand chancelier d'E)cosse, le lordI*erth, qui, avant de déclarer sa conversion au catholicisme, crut devoir ^edt'mrttre de cette haute dignité, afin (jue s«*s
iliVoiriin ailirl.* ilo M. Knij. I ilu \i Janvier lK7ri. i|ui (>«l un t>rit HoMurt, Mn% \r titre de la l.é^fnéf 4e ¥féi—.
1V)() nOPPUET ET LE PROTESTANTISME
iiiDiifs iir pussent (Hr(3 suspecls. lUaisail lenir à Bossuet (sans doute en 1085) une lettre où on lit ceci (1) :
(i L'excellent livre de l'évoque de Meaux, de l'explication de la doctrine ôo l'E^dise, m'a été d'un si grand secours, que je voudrois en reconnaissance de ce que je dois à ce digne prélat lui baiser les pieds tous les jours ».
Ce seigneur devint un des correspondants habituels de révoque de Meaux ; il demeura attaché au roi Jacques II dans sa disgrâce et dans son exil.
C'était sans doute un des noms que Jurieu ne pouvait ^uère prononcer sans grincement de dents.
Tout portait Bossuet à poursuivre son héroïque controverse contre le principal écrivain du parti des réformés ; et en effet, pour répondre à un écrit de Jurieu, il écrivit son traité de la Communion sous les deux espèces, qui est comme une partie accessoire des Avertissements aux Protestants.
De la Communion sous les deux espèces.
Si, dans les querelles de religion, tout n'était pas important, en raison même de la passion des partis, on aurait peine à comprendre quelle utilité il y avait à justifier la coutume de la communion sous une seule espèce. C'était un des points sur lesquels les protestants zélés s'indignaient le plus contre l'Eglise romaine ; cet usage paraissait un obstacle insurmontable à des personnes qui se montraient d'ailleurs inclinées à revenir au catholicisme.
ii lOiiii' XX \ I, ]). :i'n.
CHAPITIŒ VI lui
Ilecevoir rEucliaristie sous les deux espèces du pain et du vin, comme les calvinistes, ou sous la seuleespcce du pain, comme les catholiques, voilà un sujet de division qui rendait les premiers irréconciliables. Mais au fond de cette question était toujours celle de lautorité de l'Église. Ceux qui réclamaient les deux espèces s'autorisaient des textes de l'Kcriture pour prétendre (pie les catholic^ues ne donnaient (ju'un sacrement imparfait, et (lue s'appuyer seulement sur la pratique de l'Eglise, c'était substituer des institutions humaines aux institutions divines. L'Eglise de itome était donc vouée au malheur de se voir toujours déclarée par les protestants impie, idolâtre ou héréti(iue. Le crime n'était pas nouveau ; mais il y avait (quelqu'un qui mettait sa conscience à réchautTer toujours les querelles.
.lurieu exerça donc sa plume entlammée, dans un Examen de l'Eucharistie : liossuet, de son ccHé, crut devoir prendre la sienne pour apaiser le bruit. Telle fut 1 (M'igine du Traite de la Communion sous les deux espèces (1082).
Les protestants étaient forts des textes de l'Évangile, et c'est ainsi (|u'ils soutenaient que, pour recevoir le sacrement de l'Eucharistie, il faut nécessairement participer au pain et an vin. comme .lésus-Christ l'a ordonné : «< Mangez » « Huve/. . . . >.
Les catholiiiues croyaient (jue, puisqu'en recevant le pain les fidèles re(;oivent la chair môme de Jésus-Christ, en recevant le vin ils re(.'Oivent son sang: dans les deux cas ils !'e<;oiveni toute la grAce attachée aa sacritice du Fils do Dieu ; (|u'ainsi la seconde espèce ne fait (pi'ajouterà ce (|Ue la première avait dijà complètement donne ; et que p.ir eons«'»juenl on peut. >elon les cir-
19"^ BOSSUET ET I-K riiOl ElàTAMl^.ML
constances, prendre ou les deux ou une seule, sans (jue le sacrement change pour cela de nature et d'elïet. Ainsi l'avait entendu l'Église dès les temps les plus anciens :
13ossuet résume parfaitement le débat en ces termes:
« Je ne m'étonne pas que nos réformés, (jui ne reconnoissent (juo de simples signes dans le pain et dans le vin de leur cène, s'atl;iclient à les avoir tous deux; mais je m'étonne (lu'ils ne veuillenl pas entendre qu'en meltanl, connue nous faisons, Jésus- Christ entier sous chacun des sacrés symboles, nous pouvons nous contenter de l'un des deux (1). »
Qu'importaient à Jurieu les raisons des catholiques? Il ne songeait nullement à se réunir à eux : il n'avait donc cure des conséquences que pourrait avoir une telle réunion : il voulait seulement poursui\re le procès contre rÉglise romaine, et entretenir l'horreur que ses coreligionnaires éprouvaient pour elle. On voit donc que le plaidoyer de Bossuet s'adressait à d'autres (lu'à ce ministre. Il dit en effet :
« J'écris ceci pour un juge éclairé, qui sait que, pour entendre l'ordonnance et en bien prendre l'esprit, il faut savoir comment elle a toujours été prise et pratiquée: autrement, comme chacun raisonne à sa mode, la loi devient arbitraire (2). »
En effet, pour lui, la question n'est que de savoir comment l'Église universelle (latine et grecque) a toujours entendu la communion. Et il démontre abondamment, avec force témoignages et discussions d'auteurs, que l'Eglise a, de temps immémorial, en Orient comme en Occident, juscju'à la réforme de Luther, admis, comme
(1) Traite delà Communion^ l'ail. 11, ii" x, loiiic XVI, p. 31'.».
CHAIMTRL VI l'Jo
chose indillérentc, que la comiuunion pouvait être administrée sous deux espèces ou sous uqc seule, et que le choix était déterniiné par des circonstances de temps, de lieux, de commodité ou de convenance. 11 entre même scrupuleusement dans l'analyse historique de ces circonstances, savoir, des moyens que l'on avait pour administrer le sacrement, et môme des (|ualités physiques de la matière dont les espèces étaient fermées : quels incorwénients tirent renoncer liahituellenient il l'usage du vin; comment il fallait s'y |)rendrc pour faire avaler à des malades du pain consacré déjà depuis un certain temps et durci, etc.; comment enfin ce fut par prudence et par des raisons de bienséance (lue l'on se relâcha peu à peu de l'administration du vin, trop diilicile à conserver sans altération, et trop facile ù répandre ; comment on tinit par le supprimer entièrement pour les tidèles. Tout cet histori(iue paraft fort intéressant à ceux qui aiment à connaître toutes les raisons des choses, et met en lumière la prudence de ritlglise et sa sagesse pour s'accommoder aux nécessités extérieures, sans préjudice de l'essentiel.
Mais tout cela ne suflit pas à Jurieu etù ses collègues: ils reviennent infatigablement à ce reproche, que ce sont là des raisons purement humaines, et que la tradition de l'Kglise n'est pas une autorité pour eux, bien au contraire :
H Us iiuus disent (juu l'autorilt' que nous donuons a la tradition souiiiot l'Kcriluro aux pens«'*eH dus lionunus, et la déclare impurfuilo. »
« Ils so iruin|)(ia \ isiMeinent, repri>iul Hosiiuei. L'Kcrilure (3l la iradilioii no font unsomblo qu'un même onrps de doclrine rèvi-lcu (le hiou ; ul hicii l<>tn i|uu l'oltliguttoii d'iulorprt^tur l'Ècn-
194 nOSSUET ET I.E PROTESTANTISME
Inre i<ar la tradition soumette l'Écriturt' aux pensées des hommes, il n'y a rien (|ui la mi'tte plus au-dessus (1). »
Mais sur ce point, les i)rotcstants sont irréductibles. Ils prétendent puiser la véi-ité à sa source même, sans aucune intervention humaine. Fort bien ; mais ils ne s'aperçoivent pas de l'intervention, apparemment humaine, du Réformateur ou du pasteur qui leur lit et leur explique les textes de TÉcriture.
» Quand on permet aux particuliers, dit Bossuet (2), comme font nos prétendus réformés, d'interpréter chacun à part SOI l'Ecriture sainte, on donne lieu nécessairement aux interprétations arbitraires ; et en efïet on la soumet aux pensées des hommes, qui la prennent chacun à leur mode : mais quand chaque particulier se sent obligé à la prendre coaime la prend et l'a toujours prise toute l'Église, il n'y a rien qui élève plus l'autorité de l'Écriture, ni qui la rende plus indépendante de tous les sentimens particuliers. »
Quand Bossuet écrivait ainsi, il devait s'attendre à être rudement démenti par tous les protestants, autant qu'il y en avait et qu'il y en aura jamais dans le monde. Cependant les faits lui donnaient raison, et ce débat n'est pas près de finir.
Mais que pouvaient-ils répondre à un argument ad homincm comme celui-ci ? Voub prétendez que l'Église romaine altère la vérité de la religion en substituant des pensées humaines aux oracles de l'Écriture Sainte. Mais que faites-vous vous-mêmes, et ne vous écartezvous pas en certaines choses, dans votre discipline, des
1) Page 30'.».
(2) Page 309.
«HAPITIlE VI 195
prescriptions de iKcriture? Et il leur montre qu'en un certain nombre de points essentiels, tels que le bapt»''me et la Cène, ils ont adopté des prati(jues (|ui ne sont pas conformes à la lettre de TÉcriture, tant il est nécessaire quelquefois de l'interpréter par des décisions humaines (I); et en cela ils ont suivi l'exemple de la Syna^rof^ue elle-même, qui a souvent fait fléchir la loi de Moïse, pourtant si minutieuse et si rij^oureuse.
Cette partie du traité de la Communion forme une réplique bien pi(iuante et bien forte aux prétentions de ces rigoristes protestants, qui traitaient de si haut l'Kylise catholique.
Bossuet semble presque se divertir, (|uand il discute contre les ministres l'usage qu'ils font, dans leur théolof^'ie, de certaines figures de rliétori(|ue, telles (juc la S!/necdo(iuc, (2) comme si l'intelligence de TÉoriture sainte tenait à une synecdoque.
Kncore était-il oblij^é de traiter sérieusement ces sujets épisodi(|ues. Quel plaisir c'eût été pour les nombreux adversaires ameutés contre l'évoque de Meaux, s'ils avaient pu surprendre ce grand homme entrain de badiner ' Ils trouvaient bien sans cela moyen do l'injurier.
Il ne tenait cependant qu'à lui, s'il l'eût jugé convenable, d'ajouter (piolques grains de sel à l'énuméralion des inconséquences qui se dissimulaient sous leurs Acres censures. Ils ne pouvaient passer, par exemple, à l'Kglise caiholn|ue de ne pas imiter de tout j)oini, dans la communion, les circonstances de la Cène des
(1) Dr la roMWNMioN. Pari . Il, i>* \>u. |MKrs 3il-J3D. ri) V. «.l.
DOStttbl El LK l'HOTkbTANTIHMK 14
ApcMres ; nuiis le faisaient-ils eux-mêmes ( La celébraient-ils le soir, et après un repas ? Us s'en seraient bien gardés, et avec raison. Mais où avaient-ils pris le droit de changer ainsi les circonstances de l'institution du festin eucharistique V Ils substituaient donc des raisons humaines à la volonté divine ?
Kt que dire du baptême ? Le conféraient-ils comme saint Jean l'avait donné au Christ ; c'est-à-dire en plongeant le corps tout entier du catéchumène dans Teau d'un fleuve, afin que le vieil homme fût lavé des pieds à la tête et entièrement noyé dans l'eau baptismale ? On sait pourtant que, durant plusieurs siècles, cette coutume fut conservée dans TEglise, qu'on plongeait le nouveau chrétien dans une cuve pleine d'eau, et qu'il en était levé par le parrain et la marraine. Voltaire, qui n'avait pas les mêmes scrupules que Bossuet, s'est souvenu de cette forme de baptême j)Our en tirer une scène burlesque dans son roman de VIngénu (1). En etïet, le Huron qu'il s'agit de baptiser, et qui ne connaît en fait de religion que le Nouveau Testament, et non la tradition, veut être plongé dans la rivière, conformément à ce qu'il a lu. C'est un catéchumène entêté, qui raisonne d'après les principes des ministres protestants, rigides observateurs de la lettre de l'Écriture sainte. On ne voit pas au juste qui Voltaire a voulu tourner en ridicule ici ; mais on entrevoit bien quels inconvénients ont pu faire abandonner le baptême par immersion, pour y substituer peu à peu la simple aspersion. Cependant, parce fait encore, les protestants dérogeaient à la forme primitive du
1) L liKjenu, cliap. IV.
CHAPITKK VI |y7
sacrement ; et l'on iiurait pu en sourire, si ion avait eu le mauvais goût d'un Jurieu, qui se complaît on une description fort hiide et ridicule de certains communiants plongeant une longue barbe sale dan> la coupe sacrée de la Cène (1). Mais Bossuet, quoicju'il se permette quelquefois de fortes ironies et des appréciations sévères des fautes de ses adversaires, jusquà mettre en (juestion leur bonne foi, ne fait en cela que tirer des conséquences de l'argumentation ; cependant il ménage leurs personnes, et il respecte son sujet assez pour garder toujours la gravité dont personne n'aurait jamais dû sortir, même dans de telles discussions, qui sentent plus la chicane que le souci de la vérité religieuse. Au reste ce sage écrivain n'oublie jamais son dessein capital, qui est, en réfutant les ministres, d'attirer les peuples protestants au catholicisme, et non pas de les divertir par des mouvements de gaitc (|ui seraient déplacés dans un tel sujet. On devine chez lui (iuel(iuefois comme une ébauche de sourire en présence de certaines erreurs énormes, mais il ne va pasjuscju'à la raillerie insultante. Le protestantisme n'y f)erd rien en fait de réfutation, puiscjuil est bien et dûment convamcu de se dispenser quand il lui plaît des règles qu'il prétend imposer au catholicisme avec tant d'arrogance.
Son traité sur la Communion ayant amené deux réponses, qui parurent simultanément en l("»83, il rrul devoir, pour terminer la controverse sur la question des deux espèces, a laquelle les protestants, selon son avis, attribuaient uiir importance exagérée, joindre à
.1) l)f ta l'ommHHtoH, clr., l. XVI, p. Ji>l.
I'»8 nOSSUET KT LE PROTESTANTISME
ce truite une exposition décisive, intitulée : la Tradilion défendue sur la matière de la Communion sous une espèce: car cette (juestion était le point où les défenseurs de la religion réformée paraissaient concentrer leurs dernières difficultés, disant « qu'on pourrait s'accommoder sur tout le reste». Desdeux réponsesci-dessus mentionnées. Tune avait paru sans nom d'auteur : Bossuct désigne cet écrit sous le titre de VAtionipne; l'autre était, selon toutes les apparences, de M. de la llo(iue, « fameux ministre de Rouen a. auteur d'une Histoire de l'Eucliaristie.
{( Au surplus, dit Bossuet, « j'avouerai que ces Réponses sont tontes deux de bonne main, toutes deux vives, toutes deux savantes... Ils ont recherché l'un et l'autre tout ce qui servoit à leur cause; ils ont déterré toutes les anliquilés, et je puis dire que la matière est épuisée. Ainsi leur travail et leur diligence a épargné à ceux qui cherchent de bonne foi la vérité, toute la peine qu'ils auroient à remuer tant de livres (l). »
« Il s'agit donc de savoir si, pour faire une communion parlaite selon l'institution de Jésus-Christ, il suffit de recevoir l'une des deux espèces, ou s'il est nécessaire et essentiel de recevoir toutes les deux. Voilà l'état de la (lueslion. »
Et il pose la thèse suivante, comme étant celle des catholi(iues :
« Nous croyons i|ue la communion sous l'une des deux espèces, quelle (ju'elle soit, n'est en sul)stance qu'une nit'-me chose avec la communion reçue sous les deux ; de sorte que communier de l'une ou de l'autre manière est une chose indifférente (2). »
Il est fort éloigné de blâmer la communion sous les
;1) Tome XVI, p. ;v>~.
ruAPiTiu: VI 199
doux espèces; il soutient seuletnent (lu'ii n'y a pa? de « commandement de Notre Sei«^neur (|ui oblij^e tous les lidcles à recevoir l'une et l'autre espèce. » Et là-dessus il rapproche les propres paroles de Jésus-Christ dans saint Mathieu et dans saint Marc, et en tire les conséquences (1). Le Sauveur ayant dit fniles ceci, il faut savoir ce qu'on doit comprendre dans ce commandement ; et l'on ne peut « savoir déterminément sa voloiilé que par le secours de la tradition. - C'est toujours ramener la détermination à l'autorité de l'Eglise, que les protestants n'admettent pas. ou n'acceptent (^uesous bénéfice d'inventaire. Quoi qu'il en soit, Bossuet se ttatte de montrer (jue « la tradition de tous les siècles, dès
• rori<;ine du christianisme, établit constamment la « liberté d'user indilléremment d'une souIe espèce' ou
• des deux ensemble (2). »
Après une prièreà • Celui (|ui sait tourner les cœurs comme il lui plaît; • prière émise dans l'intérêt deses adveisaires, dont le salut « nous est, dit-il, plus cher qu'à eux-mêmes; » il entre en matière.
Ce nouvel ouvrage n'est, dans son fond, «lu'une ample conlirmalion du Traité de la Cov^munion sous les deux espèct's \ l'auteur démontre ici, par l'historique, la faiblesse des deux réponses de l'Anonyme et de M. de la Uo(iue ; il se voit donc obligé de réfuter toutes |i»s objections (ju'ils ont opposées à son Traité dr la Cominuninn. Il nous sutlirail de mentionner cet écrit dans la suite des ouvrages de Hossuet, s'il n'y avait lieu d'y admii'cr un nouvel exem[)le tle son génie pour la con tro verse.
11 avait alVaire à deux adversaires aussi liabilns qun savants. Tous douxavaientdéployé toutes les ressources duiKî critique également ingénieuse et passionnée, pour le prendre en défaut dans une discussion sur des points extrêmement délicats, et où le plus souvent les opinions n'étaient appuyées que d'indices et de conjectures qu'il fallait tirer d'une multitude de documents dispersés dans l'immense littérature de l'Eglise depuis les temps les plus reculés. C'était dans les bibliothèques peu fréquentées des vieilles églises et des cloîtres qu'il fallait déterrer de ci de là des livres antiques, où l'on pouvait lire quelque témoignage enfermé par aventure dans un débat théologique, dans un rituel, dans une anecdote pieuse. Encore ce document était- il souvent quelque peu énigmatique : la science et la sagacité d'un bénédictin n'étaient pas de trop pour ledécouvrir et pour en tirer parti. Comment les ministres protestants avaient-ils été mis sur la voie de ces découvertes? Quant à Bossuet, nous savons qu'aux ressources de son immense érudition personnelle il joignait au besoin le secours des bénédictins et des grands érudits ecclésiastiques de son temps, tels que l'abbé Renaudot, le P. Mabillon, et autres : il faisait faire toutes les recherches nécessaires sur un texte, sur une leçon, sur une édition d'un livre, sur toutes les matières qu'il avait à traiter ; il ne négligeait pas le moindre détail.
Il n'a jamais, dit-il, recherché la réputation d'homme érudit : cependant, pour qu'on ne le soupçonne pas de traiter légèrement des questions qui peuvent avoir leur importance, il fait quelquefois assistei- son lecteur à des comparaisons d'éditions et de leçons ; et c'est dans une