CHAPITRE VI
V Exjdication de (/uelfjites di/ficultés sur les Prières de In Messe (1).
Il s'agit encore ici de ces interprétations malignes par les(iue!les les ministres de la Reforme s'appli(]uaieiri à rendre odieuses les pratiques de l'Kglise catholique, et à y trouver matière ii ces accusations d'idolâtrie et d'impiété dont ils étaient prodigues envers l'Kglise, comme si ell«' était vraiment abominable dans son culte.
Il est clair que la plupart de leurs adeptes éprouvaient de l'horreur pour la messe sans trop savoir pour(|Uoi, bien qu'ils répétassent les termes injurieux sous lesquels leurs pasteurs désignaient les objets particuliers de leurs accusations. Nous avons d'autant plus de peine à entrer dans leurs sentiments, que nous ne saisissons pas toujours cequils veulent dire. Aussi ne saurions-nous bien entendre, dans ces matières, ce qui a jamais pu justifier chez eux ces mouvements d'indignation et celte haine amère que rien n'a pu dissiper. (Qu'ils n'aientguère cessé pourde telles raisons de regarder les catholiques à peu prés comme les Israélites regardaient les Kgyptiens et les Moabites, c'est ce qui nous échapp»* entièrement ; à moins qu'on ne suppose que, comme le peuple de Jéhovah, ils ont été dotés en naissant d'un instinct de haine «jue rien ne saurait as.souvir, et dont ils ont fait leur gloire ci le caractère distinctif de leur peuple.
Nous ne mettons donc pas notre e:>|>t ii ii l.i torture pour nous rapprocher de leurs sentiments : il nous suflit de voir l'énumération de leurs griefs contre la inc^^se,
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'?04 BOSSDET ET T.F PROTESTANTISME
telle que Hossuet la donne d'après les plaipjnants qui s'adressaient à lui de bonne foi et dans le désir d'être éclairés (1). Assurément il n'y oublie rien, puisque son désir profond est de ne rien laisser sans réponse, et de satisfaire entièrement celui qui le consulte personnellement, et par suite tous ceux qui pourront chercher dans ses explications la résolution des difficultés qui les arrêtent.
« Vos difficultés, dites-vous, ne regardent i»ns le commencement de la mpsse. qui no contient autre chosf ((uo des psaumes, de pieux cantiques, d«' saintes lectures de l'Ancien et du Nouveau Testament. »
On comprend très aisément que les protestants ne soient pas arrêtés par des actes (jui ressemblent à la plus grande partie de leurs offices, et qui n'ont évidemment pas le caractère dun culte propre à une confession particulière : car des musulmans pourraient s'y joindre aussi bien peut-être que des chrétiens.
« Vos difficultés, dites-vous, commencent à l'endroit qui s'appelle proprement le sacrifice, la liturgie et la messe, c'est-àdire à l'endroit de l'Oblation ou de l'Otferte et à la prière (\m s'appelle Secrète. «
Nous y sommes : les objections contre la messe commencent avec la messe même, et « elles se continuent dans toute la suite, c'est-à-dire dans le Canon et dans tout le reste qui regarde la célébration de l'Eucharistie... » c'est-à-dire dans tout ce qui est en effet l'essentiel de la messe. Voilà ce que l'on entend aisément. Mais ce sont les raisons de cette aversion que Ion a
(r \'oir tome X\'Tf, page l-fi. .
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bien de la peine à deviner, sinon que tout cela constitue précisf'inent la profession de la foi romaine, et que les ennemis ijuunaient bien répétera l égard des catboliques ce que dit Esther dans Racine en parlant des Persans :
... Je mets au rang des profanations
Leurs tables, l«Mirs festins ci l«Mirs libations ;
en un mot que ces chrétiens rafbnésont pour tout ce qui est catboli(jue l'iiorreur la plus profonde qu'il soit possible à des hommes de concevoir pour quelcjue chose d'abominable, de hideux et de sacrilèfçe. Voilà ce (jue nous ne sentons (jue trop bien ; mais les raisons tbéologi(lues «lui inspirent à des chrétiens une telle honeur pour d'autres chrétiens, c'est ce que nous ne saisissons pas aussi aisément.
Laissons-donc Bossuet discuter avec patience les reproches {|u'ils adressent au sacrifice de la messe, et faire a ce propos nn(^ exposition d(» ce sacrifice, telle que lui seul peut-être était capable de la faire. (,>ue les protestants pensent de cette explication tout ctMju'il leur plaiia : sans doute elle naura sur eux aucune intluencc. mais sans doute aussi elle instruira les catholiques qui prendront la peine de la lire, et qui ne savent ptis tous parfaitement la >i;^'niticati()n de ces cérémonies. IVutétre comprendront-ils aussi un certain malentendu (|ui est depuis l'ori/^ine entre les protestants et les cathnliques.
Kn f^énéral les protf»stants ont eu un double souci : ils ont voulu ramener le christianisme à la pureté de sa première institution, et en même temps on interpréteî- la doctrine dans le sens (jui leur paraissait le plu«;
satisfaisant pour la raison liuinaine ; c'est-à-dire qu'ils ont appelé la pliilosopiiie naturelle à commenter la religion révélée, et à rendre la foi plus facile aux intellii;ences raisonneuses.
C'est ainsi qu'au sujet de la présence de Jésus-Christ dans le sacrement de l'Eucharistie, leurs docteurs ont imaginé diverses explications pour reconnaître que le Fils de Dieu est dans ce sacrement sans y être réellement ; pour les uns, il y est en figure, pour d'autres il y est sensible par la foi ; mais en somme ce n'est pas son vrai corps et son vrai sang que les fidèles y reçoivent, y consomment physiquement et s'y incorporent. Ces actes physiques, pris en leur sens propre, répugnent par différentes raisons à la philosophie naturelle. Au contraire, les parfaits catholiques acceptent simplement cette croyance, qu'ils mangent la chair et boivent le sang du Fils de l'Homme crucifié, ei que c'est toujours la même chair et le môme sang qui leur est donné chaque fois et en quelque lieu que la communion se renouvelle. Ainsi les uns acceptent au sens littéral, sans aucune réserve, le mystère que les autres n'entendent que d'une manière plus ou moins arbitraire et toujours symbolique : les premiers sont des ci'oyants absolus ; les autres sont des philosophes qui mêlent plus ou moins la croyance avec la défiance.
Comme le sacrifice de la messe est tout entier conçu, ordonné, accompli en raison de la croyance catholiciue, il clio(iue en différents points la doctrine des protestants; il en est la réfutation en acte et en paroles, bien qu'il n'y soit fait aucune allusion à cette doctrine ; il renouvelle à tout moment l'opposition à leurs idées ; il ne peut donc que leur être importun et odieux. Aussi ont-