CHAPITRE VII Jll
il se trouvent arrêtés. Il instruit encore son cler;;é et ses diocésains sur les moyens créclairer les esprits rebelles et de lléchir la résistance des cœurs; il entend (lue tout le monde contribue à cette tâche sacrée.
« L»j saint iravail de l'Église pour enfanter de nouveau en Notre-Seigneur ceux (ju'elle a perdus dans le schisme du dernior siècle, est l'eiïort commun do tout le corps mystique de Jt'stis-(>hrist; tous les fidèles y ont part selon leur état et l«'ur vocation ; et nous nous sentons ohlig»!' à vous «'xposor, mes chers Frèros, comment chacun de nous y doit contribuer.
tt Vous donc avant toutes choses, vous qui ôtes ohlitréî; à les instruire, ne vous jetez point dans les contentions où so mêle l'esprit d'aigrour; avertiftsez-les. avec saint Paul. « de ne se point attacher à des disputes do itarolcscpii ne sont bonn«'8 qu'à pervertir ceux ((ui écoutent »>. Exj)Osez-l''ur la sainteté do notre doctrine, si irréprochable en elle-même (pion n'a pu ratta<iuer ((u'en la déguisant, et Taites-leur aimer l'Église en leur pro|»osaiil les immortelles itrnnu'sses (jni lui servent de fondement »•.
Tel est le pro^^Tamme tracé sommairement, aussi bien aux simples fidèles qu'au clergé du diocèse, pour gaf^ner ceu.\ qui résistent à l'appel de la charité, (|ue le prélat leur fait entendre de tant de manières différentes, tout en discutant lesobjectionsopiniAtres de leurs ministres.
Voici d'abord (avril 1T(M)) une exposition pathétique
des promesses de Jésus-Christ, sur le.squelles repose la
loi de ri'];îlise catholique. Ce sont ces promesses qiu.
selon la doctrine du prélat, ne ^'udressent qu'à elle
seule, (jui la soutiennent dans toutes ses épreuves, et qui
lui confèrent Ir titre le plus certain pour réclamer
l'autorité dans tous les cas où des liérésies s'élèvent
«'«mire elle. Isn vain des esprits audacieux, peut-être
brillants de lumières autant (jue de zèle, s'érigent en
relormateurs de la foi des peuples, et prétendent opj)oiiosbUET m Lt: i-iiuriibiA.MisMK. 16
ser une doctrine plus pure à celle qui est consacrée par l'adoption et la prati(iue de la multitude des chrétiens, (.'e n'est pas à eux qu'il a été promis par la parole divine qu'ils ne pourraient faillir; c'est au corps même de l'Église ; et ainsi, par cela même qu'ils se séparent d'elle, ils sont dans l'erreur; et l'Eglise a toutes les qualités nécessaires pour les i-eprendre et les remettre dans la bonne voie.
« 11 y a deux sortes de promesses : les unes s'accomplissenl visil)lementsur la terre ; les autres sont invisibles, et le parlait accomplissement en est réservé à la vie future. « L'Église sera glorieuse, sans tache el sans rides » {Ephés., V, 27), éternellement heureuse avec son Époux, dans ses chastes cmbrassements, « où Dieu sera tout en tous » (I Cor., XV, 28) : c'est ce que nous ne verrons qu'au siècle futur ; mais en attendant, l'Église sera sur la terre » établie sur le fondement des apôtres et des prophètes, et sur la pierre angulaire qui est Jésus- Christ ». {Ephés., II, 19). Les vents soufUeront, les tempêtes ne cesseront de s'élever, l'enfer frémira par toutes sortes de tentations, de persécutions, d'impiétés, d'hérésies, sans qu'elle puisse être ébranlée, ni sa succession visible interrompue d'un moment : c'est ce qu'on verra toujours de ses yeux, et un objet si merveilleux ne manquera jamais aux fidèles. »
En peu de mots, Fauteur de VInstruction pastorale a donné un démenti formel aux allégations des réformateurs, qui ont prétendu que la vraie Eglise était interrompue lorsqu'ils sont venus pour redresser la foi chrétienne;et que leur réforme était nécessaire. Or, c'est ce qui ne pouvait arriver, selon la foi de Bossuet, puisque Jésus-Christ n'a jamais cessé d'être avec son Eglise et de la remplir de la vérité qui vient de lui ; et qu'il ne cessera jamais d'y être selon sa promesse formelle. Donc ils ont usurpé un rôle qui ne leur appartenait nul-
( HAPITRE VU "213
leinent : iis se t^ont élevés contre Jésus-Chnsi en s'élevanL contre l'Kj^lise : et en s'in^^érant d'être ses interprètes, ils n'o[it fait que parler contre lui, et substituer des doctrines humaines à la parole de Dieu, laquelle >e trouvait dans l^glise, et ne pouvait se trouver ailleurs.
Le point de doctrine à établir était précisément ce priviièj^e de l'E^^'iise, que les protestants ne pouvaient à aucun prix admettre, puisque le reconnaître c'était avouer rilkgitiniité de la lléfurme et se réduire à la nécessité logique de rentrer dans l'Église, dont ils s'étaient résolument séparés, liossuet emploie donc toutes les forces de son ;;énie à rendre manifestes les consétjuences des paroles du Sauveur, (|ui déclare (ju'il sera toujours avec les successeurs légitimes des apôtres. H n'y a en réalité, dans toute la controverse contre le protestantisme, que ce point qui soit décisif : on le sent bien des deux côtés, et c'est pourquoi les protestants traitent de sopfiisines tous les arguments de Bossuet : car s'il a raison, leur cause est condamnée sans ressource. Ils auront beau prétendre (juils entendent mieux que l'Hglise la doctrine de Jésus-Christ, ils n'en pourront jamais donner aucune mar(]uc ; et l'Kglise leur répliquant qu'elle n'enseigne rien (jui ne lui vienne du Saint-Ksprit toujours présent au milieu d'elle, ils n'auront rien do solide à opposer à une telle autorité. Il ne s'agit plus pour eux d'argumenter sur tel ou tel texte de récriture, mais de se révolter ouvertement contre la parole vivante de Dieu parlant par la voix de l'ICglisc.
Or, on le sait, les promesses, (|uelles qu'elles soient, faites à ri*]glise, ils se les appli(|uentà eux-mêmes : car c'est eux qui sont, à leur dire, la véritable Église : celle de Komc, (jui se proclame catholique, n'e^l ({u'unc
fausse église. Ainsi, selon eux, quand on parle d'iiéi'ésic dans le canij) catholifiue, on oublie que c'est là niênie (lu'est l'hérésie, c'est-à-dire l'erreur et l'antichristianisnie ; et que loin d'avoir le droit de condamner les réformés comme hérétiques, les papistes demeurent condamnés par la vraie Église, (lui est la leur. La conviction étant égale des deux côtés, comment mettre fin à ce débat ? Les catholiques font un acte de foi, en s'appliquant les promesses de Jésus-Christ ; mais leur foi ne saurait s'imposer aux protestants. Comment Lossuet réus>sira-t-il à faire perdre à ces derniers leur confiance .^
Il les ramènera d'abord aux textes de l'Ecriture, qui sont, selon leur prétention, l'unique autorité, (ju'ils no peuvent par conséquent récuser. Ensuite, il leur montrera par le raisonnement que ces textes ne peuvent s'appliquer qu'à l'Eglise qui possède la succession des apôtres : c'est là toute la substance de son argumentation.
« Considérez, mes chers Frères, (dit-il aux fidèles de son diocèse), et faites considérer aux errans non seulement les promesses (le Jésus-(>hrist, mais encore la clarté des paroles qu'U a choisies i)our les exprimer ; en sorte qu'il ne peut rester aucun doute sur sa i)cnsée... (1).
« Revenons à ce dernier Jour, où en formant son Eglise par la commission qu'il donnait à ses apôtres, ...il continua ainsi son discours : « Toute puissance m'est donnée dans le ciel et sur la terre : allez donc, enseignez les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder toutes les choses que je vous ai commandées. Et voilà, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles (.V«//// . XXVIII, !8-20) (2) ».
(2) P.bC.