‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 81 sur 96 · I.ullur •. C isi biiii. L-a j|i[)jrcnro, Vf ' oii.jur · texte numérisé non relu

I.ullur •. C isi biiii. L-a j|i[)jrcnro, Vf ' oii.jur

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(Il 1. XVII. p. ^ii.

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fasse mention; importflnto et par la pjravité du sujet, puisqu'il s\ij;issait de la conciliation de deux religions, et par les personnes qui soutenaient ce commerce épistolaii'e. Bossuet et Leibniz, qui furent tous deux sans rivaux de leur temps, l'un dans l'Ej^lise catholicjue. l'autre dans les différents ordres de la science.

Ne devait-on pas espérer qu'une négociation de paix religieuse entreprise par de tels hommes avec le zèle le plus sincère de part et d'autre, ne pouvait manquer d'aboutir aux fins souhaitées pour tous les gens de bien? Par quel malheureux prodige ces mémorables négociations échouèrent-elles? Nous n'en pouvons voir qu'une raison vraisemblable : c'est par l'excès des exigences des protestants. Ils voulaient bien se réunir aux catholiques, mais en les absorbant, en les pliant, en les amenant à reconnaître par le fait que c'était l'Eglise romaine qui au XVI*^ siècle avait eu tous les torts, et qui se résolvait enfin à faire amende honorable et à les expier par une sorte de soumission définitive et par une perpétuelle humiliation.

Les protestants ne manquent pas de répliquer que c'est l'entêtement et la roideur de Bossuet qui ont fait rompre les négociations. Il est vrai qu'il n'a pas voulu consentir à toutes les conditions qu'on prétendait lui imposer : il n'a pas pu consentir à conduire l'Eiïlise catholique humiliée et vaincue aux pieds de ses orgueilleuses rivales. Voilà son entêtement, son orgueil, son humeur de domination.

Il a tout d'abord loué cordialement les intentions de l'abbé Molanus ; il a mis le Projet de réunion en fran(;ais. poui' en faire la base d'un arrangement entre des théologiens autorisés des deux partis ; mais il a cru néces-

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saire de présonter de son cùtéses observations, afin (ju'il ne put y avoir de malentendu sur les choses qui étaient accordées de part et d'autre. Car les théologiens de Hanovre proposaient qu'une assemblée préliminaire fût réunie par l'empereur pour convenir des choses accordées ; après quoi un concile serait convoqué pour dé<ider de ce qui n'aui-ait pas pu être concilié dans Pas-enisemblée préliminaire.

Mais c'est à propos du futur concile que les dissentiments éclatèreni après une longue correspondance. Comme Leibniz fut le prinf^ipal auteur des difficultés qui surgirent, c'est sous son nom que nous rapporterons les opinions dont il se fit l'interprète : car c'est au moins lui qui les a présentées et soutenues, s'il ne les a pas fait naître.

Les protestants avaient naturellement en horreur !«• concile de Trente : c'était celui (jui avait condamné leurs doctrines. Deux vices en détruisaient, selon eux, toute l'autorité. [Premièrement il n'était pas œcuménique ; second(îment il avait condamné les réformateurs sans les entendre. Il fallut donc aviser pour (jue le futur concile ne fût pas entaché des mêmes causes de nullil»*.

I^a correspondance entre Leibniz et Bossuel avait commencé soi;s les meilleurs auspices. Ces deux gramls hommes s'entretimvnt d'abord avec la considération ({u'ils se devaient mutuellement. Mais la (}uestion du concile les brouilla.

Leibniz, grand historien et grand jurisconsulte, tenait très fort à prouver (|ue les protestiints ne j)ouvaient C>irc considérés comme ayant été condamnés par le concile de Trente, et «lu'ils n'étaient pas h<Téliques. Car, disait-il en .se prenant sans doute lui-raéme pour

254 IIOSSUET F.T LK PIIOTEST ANTFSMK

exemple, on est catliolicjiic tunl (lu'on ;i l'intention de l'être, et l'on n'est pas héroticjue tant (ju'on ignore invinciblement qu'une opinion (jue l'on professe a été définie comme une erreur par un concile. Or, on est dans une ignorance invincible par rapport au concile (le Trente, puis(iue ce concile n'a jamais existé régulièrement et qu'il n'a jamais été reconnu. Premièrement il n'a pas été convoqué ni tenu régulièrement ; on ne peut donc le considérer comme un concile universel, ([/historien érudit allègue ici des protestations qui se sont fait jour dans le sein du concile). Et en définitive, il n'a point été reconnu officiellement par les nations catholiques, et notamment par la France. C'est cependant cette assemblée illégitime qui a condamné les protestants sans les entendre ; c'est-à-dire que ceux-ci ont, contrairement au droit naturel, été jugés par leurs adversaires.

A ces reproches Bossuet répond pertinemment et point par point.

Les protestants n'ont pas été entendus ? Mais c'est qu'ils ont refusé de se présenter, quand ils ont été cités.

Ils ont été jugés par leurs adversaires ? Mais par qui ceux qui se séparent de l'Eglise peuvent-ils être jugés, si ce n'est par ceux qui lui sont demeurés fidèles ? Autrement il ne pourrait jamais y avoir de jugements ecclésiastiques.

Le concile de Trente n'a pas été reconnu par les puissances? C'est une erreur : il est bien vrai qu'une partie de ses décrets n'a pas été reçue, notamment en France ; mais ce sont ceux qui ne regardent que la discipline, sur laquelle les nations peuvent \arier. Mais quant à ceux qui regardent la foi, ils sont reconnus et observés partout dans le monde catholique.

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CHAIM IKt VIII Z^O

fieibniz ré|)li(|ue par une ample et savante histoire (lu courile, ou il nic^ibsolinncnl la rôceplion des décret^ (lu concile, soutenant (jue si sa doctrine est re(;ue dans l'Église, c'est pour cette doctrine prise en elle-même, et non comme impos(!'e par un concile.

En somme il s'obstine à traiter ce concile comme non avenu ; et cependant il demande comme une condition de la paix à intervenir et à établir par un concile à réunir, (^ue les actes de Trente soient suspendus, et que les anathéraes prononcés par cette assemblée soient déclarés sans efTet.

Mais ici Bossuet se redresse et résiste énergiquemcnt au nom de l'Eglise catholi(iuc. Sans tenir compte de cette nullité hypothéti(iue des actes de Trente, il pose en principe (lue l'Eglise ne saurait déroger elle-même à l'autorité de ses conciles, dont l'ensemble forme une suite de doctrine qui se développe et se confirme par le temps et par l'appui (jue les uns prennent dans les autres, et en professant toujours que c'est le Saintl'iSprit (jui, selon la promesse de .lésus-Clirist, parle par la voix de l'I'^^lise assemblée. L'autorité du Saint-Esprit ne saurait être disi.utée ni suspendue ; ou bie[i l'infaillibilité de l'Eglise n'existe plus, la tradition n'est (|u'un mot, nulle doctrine ne lient plus, et la garantie de la toi devient illusoire par les changements perpétuels des opinions humaines.

Bossuet se trouvait là sur un terrain ou il ne pouvait plus céder, sans abandonner tout dans la cause de l'Eglise. Leibniz s'obstine cependant à le pousser. Il allègue de prétendus exemples de conciles réformés les uns par les autres, un surtout sur le(iuel il msiste opiniâtrement. Le concile de Hàle, dit-il. c^t rcNcnu.cn faveur

2*)() JJOSSUKT KT Li: IMIOTKSTANTIS.MK

des Bohémiens, sur un décrcL de celui de Constance, (jui avait aboli la communion sous les deux espèces. Bossuet prouve que la concession faite à Bâle n'est point du tout un démenti au décret de Constance, mais seidement une faveur accordée à une certaine nation, sous la condition préalable de la reconnaissance de l'autorité du premier de ces deux conciles, qui par consé- (luent n'est nullement entamée, mais plutôt consolidée.

Leibniz ne cède rien, il poursuit son procès contre le concile de Trente, et reproche durement à Bossuet de faire échouer par son inllexibilité les projets de réunion si heureusement menés jusque-là. C'est qu'en dépit de son admirable génie, Leibniz ne veut pas comprendre qu'on ne peut pas rétablir 1 unité de l'Eglise en détruisant sa stabilité, et réunir les protestants et les catholi(iues dans une même foi en faisant de ceux-ci les humbles serviteurs des intérêts et des variations de ceux-là. Car c'était de cela qu'il s'agissait : il fallait que l'Eglise catholique se reniât elle-même dans le passé et pour toujours ; en un mot qu'elle devint protestante.

En réalité, l'antagonisme était plus insurmontable (lu'on ne l'avait cru. L'Église catholique croyait ouvrir des bras maternels à des enfants qui revenaient à elle ; les protestants prétendaient la forcer à se soumettre à eux. On ne pouvait donc pas s'entendre. La sage Mme de Brinon avait fort courageusement et justement écrit à Leibniz (18 avril 1692) (1) :

" Je lui dis que revenant à l'Église dans l'unique motif de se rôunir à son chef, et de cesser d'être schisinatique, il fallait imiter l'enfant prodigue, dire simplement: «J'ai péché, et je ne

(1) T. XVIII, p. l.VJ.

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suis pas digao dVître appelé votre enlanl », ce qui serait propre à «îXcilL'r notre mère à tuer le veau gras eu leur faveur, c'esl-à-dire à leur accorder avec charité tout ce qui ne choquerait pas la religion en chose essentielle «.

Bonne Mme de Brmoii î Conseiller aux proiestani» de faire acte de soumission et de piété filiale envers l'H^lise catholi(iue î Avait-elle si mal compris l'esprit hautain des enfants de Luther et de Calvin 1 Même ce grand Leibniz. (}ui affecte tant la modestie et même riiumilité dans certaines de ses lettres, n'a au fond du cœur qu'une modestie feinte, celle des hommes chez (jui le manque d'estime à l'éj^^ard des autres se déguise en politesse exagérée.

De part et d'autre on sentit quon ne pouvait pas aller plus avant : le commerce épistolairc ces>a après s'être prolongé jusqu'en 1701, sans résultats pratKjues. C'est encore à Mme de Hrinon que nous emprunterons les paroles (jui conviennent le mieux pcjur résumer l'action de iiossuct :

u (^uand do tout ce que vous avez fait, écrivit-elle à l'évèquo de Meaux (18 juillet 1004), il n'en résulterait que la conversioa d'une ànie, Dieu vous en tiendrait aussi l)i«'n romple qui» si vous aviez chanjié toute rAlleiiiagUf, puisque vous avez assez travadié pour que tous les hérétiques se reodeut catholiques. Mais l)i«'u s<'ul qui peut ruiner leur orgueil, «jui les em|H'che de se soumettre a l'Église, à laquelU* il> deinandeul drs conditions onéreuses pour s'y rejoindre, peut donner l'accroissenieut a tout ce que vous avez semé ».

(^uant à liebini/, il avait laissé échapper des propos ai;^rcs contre liossuet, comme s'il craignait d'être dupe des |)restiges de son élotiueuce, dont ou connaît pouri.ini l.i in.ik' -simplicilr, ou de se trouver compromis

258 iJOssuET i:t r.i: imiotestantisme

par (les procédés de controverse peu loyaux, dont personne n'a Jamais su montrer des exem|)les en Hossuct. Mais c'était là les défaites de ses adversaires protestants, (juand ils se sentaient trop pressés par sa lo{^i(iuc. Pourtant on regrette de voir, par de telles échappatoires, Leibniz se placer à coté de Juricu. 11 y eut ce|)en- (lant des lettres dignes de ces deux antagonistes, des discussions qu'on a lieu d'admirer, tout en déplorant 1 insuccès d'une si belle entreprise.

On peut bien conclure enlin que là où Bossuet et Leibniz n'ont pas pu s'accorder, tout espoir d'entente était irrévocablement perdu. Au lieu d'une heureuse unité, qu'on avait lieu d'espérer, il ne restait à attendre dans l'avenir, comme on l'a vu malheureusement depuis, que l'oppression d'un côté, et de l'autre, des ressentiments invétérés et des désirs inextinguibles de revanche, dont nous subissons encore les conséquences.

Entre les questions soulevées par la critique pénétrante de Leibniz, on peut remarquer que l'authenticité des livres de l'Écriture sainte fut débattue entre ce savant universel et le défenseur zélé de la tradition ; et cela, à propos des décisions du concile de Trente. Leibniz, abusant de sa vaste érudition, accusait cette célèbre assemblée d'avoir introduit des dogmes nouveaux, en se prononçant pour quelques livres considérés, dans des siècles antérieurs, et enfin par les protestants, comme apocryphes ou suspects, tels que la Sagesse, VEcclésiastiquc, les Machabées, etc., dans l'Ancien Testament; et dans le Nouveau, VÉpUre de saint Jacques et ÏÉpUre aux Hébreux etc. (L). Bossuet, comme toujours,

(l) Lcllics (lu 11 cl (lu -Ji mai 17U0.

CHAl'MUL VIII J.VJ

ju.-Lilia le concile, <;q alléj^'uantdes ari^iinients tirés ingénieusement de l'histoire et de prali(|ues anciennes (1). Ces (juestions d'authenticité ont été renouvelées dans le siècle où nous sommes par des méthodes nouvelles, ainsi (|u'on le sait; mais il est bon de se rappeler (juc l'ébranlement causé aux bases de la foi chrétienne par la critique des sources a été inauj;uré par Jurieu, énergi(iuement continué par Leibniz; et que Bossuet, de son cùté, a donné l'exemple de l'attachement invincible aux traditions, dont la perpétuité constitue en grande |)artie la solidité des croyances catholiques. C'est ainsi (jue ces deux grands hommes de génies si dilTercnts se dressent comme deux colonnes lumineuses à la tôtedes doux partis opposés. On peut dire, selon les sentiments dont on est prévenu, que l'un préside à la science qui marche en avant, et l'autre à celle qui résiste et maintient ses positions. Les représentants de ces deu.\ écoles peuvent bien s'injurier mutuellement, et mêmiabuser de leurs avantages temporaires; mais (|ui décidera (lélinitiNCmr'iit de la (|uerolle ? Ni anticjuité m nouveauté ne sont des signes certains de vérité.

(1) Lcllrcsdu n cl du 17 aoùl 17U1.

HOSSUKl F.l l.b fllOTbblAMTISMK 18

'J(îO HOSSUET KT LV: PIIOTESTANTISMK

iCHAPlTRE IX.

Bossucl et Richard Simon. — Conclusion.

Tandis que Bossuet faisait tous ses efTorts pour rallier les protestants à la foi catholique, un danger nouveau et inattendu menaçait non seulement cette foi, mais en même temps toutes les croyances chrétiennes. C'était la critique appliquée aux fondements de la religion, cette critique savante qui, prodigieusement développée dans notre siècle, et surtout par les protestants d'Allemagne, a contribué, beaucoup plus peut-être que l'incrédulité philosophique du dix-huitième siècle, à répandre le doute sur les origines du christianisme, et à faire considérer ce qui reste dans le monde de foi religieuse comme étant la marque d'esprits rebelles aux progrès de la science (1).

L'homme par qui fut inaugurée cette critique meurtrière pour la religion fut, après des protestants tels (jue Jurieu, Leibniz et Bayle, un prêtre catholiciue, un membre de la pieuse et savante confrérie de l'Oratoire, nommé Richard Simon. S'étant appliqué à l'étude des langues anciennes et particulièrement des orientales, il se crut appelé à renouveler la science des fon-

(1) Il faut remanjucr ([uc c'est vers le même temps que le Traité Théoloijuo-'poUlique ric Spinoza se répandit en France à la faveur d'une traduction fram.aisc iiurtsj.

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