CHAPITRE IX
domonts de lu foi ciirélieiHic* par lexumen critique des textes ori;,nnaux qui sont perpétuellement allégués par rKj^lise comme la base de ses dogmes. Il comprit fort bien (|u'une science (lui repo^esur des témoignages écrits, ne doit invoquer que des textes parfaitement (!ontr(Mé.s au moyen de la connaissance des langues originales dans lesquelles ils ont été conçus ; et que ces textes doivent être rigoureusement interprétés par l'intelligence approfondie de ces langues. Assurément cette opinion était irréprochable en elle-même, puiscjuc rien n'est plus funeste que l'autorité accordée à un texte suspect ou mal compris, ou (jue des raisonnements appuyés sur des erreurs de leçon ou de traduction. La méthode de Richard Simon ne pouvait donc être (jue salutaire, s'il n'y eût point porté d 'arriére-pensées, et s'il se fût applicjué exclusivement à bien lire et à traduire correctement les livres qui renfermaient les principes mêmes du christianisme. Malheureusement une autre ambition le possédait, ambition analogue à celle des auteurs de la Réforme, celle de convaincre d'ignorance et d'erreur les auteurs qui faisaient foi dans l'Kglise, et de réformer les dogmes établis, en abattant le crédit des Pères et des docteurs les plus estimes. Ajoutons que, sans l'avouer, il inclinait au fond du cceur vers certaines doctrines i|ualiliees d erreur et d'hérésie par l'Kglise orthodoxe depuis plusieurs siècles, telles «pic l'arianisme, le pélagianisme et enfin le socinianisme. QueUpie peu confusément, sans doute, il était anti-trinitaire ; il avait sur la grâce des sentiments hétérodoxes; en un mol, <pioi(|ue prêtre, il était réellement anti-calholii|ue. Mais son grand savoir lit illusion à beaucoup dt» p(»r^o!ines, (»t les sectes
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réprouvées par rE«;lise, (juelles (lu'ellos fussent, se trouvèrent toutes portées à le favoriser, comme lui ù les relever. Sa critique et sa connaissance des langues lui assurèrent tout d'abord une réputation gui s'est étendue jusqu'à nos jours sur des préjugés peut-être légèrement transmis. Nous avons nous-même entendu dire publiquement par un protestant, homme savant, que Bossuet n'avait rien su répondre à Richard Simon; et personne alors n'a répliqué. Qu'entendait-on par ce mot rien ?
Voulait-on nier l'existence de l'ample traité qui a pour titre Défense de la Tradition et des saints Pères, ouvrage en treize livres^ qui n'a pas été publié du vivant de Bossuet, et dont le dernier livre même, quoique écrit tout entier de la main de l'auteur, n'a été imprimé que de nos jours (1) ? Ou bien ce mot rien n'estil qu'un jugement dédaigneux, prononcé sur la réfutation magistrale opposée par le grand évoque de Meaux à l'œuvre dangereuse de l'oratorien anti-catholique ; et veut-on dire que c'est comme si Bossuet n'avait rien fait ? Quoi qu'il en soir, sa défense existe, tout le monde peut la lire, et elle est digne de la plume de son auteur. Mais pour l'estimer selon son mérite, il faut être libre des préjugés de 11. Simon et des critiques de son école. Ce n'est pas tout de bien entendre le grec et l'hébreu : encore faut-il avoir approfondi les matières dont on parle; et lorsqu'il s'agit de théologie, il faut être théologien pour avoir le droit de censurer la doctrine des interprètes accrédités des croyances de l'Église. Le propre de Richard
(1) \o\T^Œuvres complètes de Bossuet, M. Vivi-s, I8f>2. l. IV, Bemnrqncs liistoriqnes, p. III-VI.
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Simon est d'attaquer l'autorité des saint Augustin, des saint Grégoire de Nazian/.e, des saint Jean Chrysostorae, pour favoriser les opinions des péla^^Mcns et celles des sociniens. Bossuet se trouve suffisamment armé de la science nécessaire pour combattre la critique de ce savant {^ratnrnairien ; et ce ne sont pas quelques difficultés fcrammaticales (jui peuvent l'empôcher d'avoir raison contre un prêtre catholique qui semble avoir })ris à tâche d(^ ruiner le catholicisme dans ses principaux auteurs. Il nt; craint pas de se railler des prétentions élevées au nom de l'érudition j^rammaticale par les amis du nouveau criti(iue. 11 prévoit bien qu'on l'accusera d'être prévenu contre la science qu'il ne possède pas, et de prnncr ri«znorance. Il répond à cette objection par des emprunts faits à saint Auj^ustin(l), (jui n'était certes pas ignorant dans les lettres antiques ; et de lui-même il ajoute :
• Je me réjouis, aussi bien que M. Simon, de la politesse que l'étude des belles lettres et des langues a ramenée dans le monde, et ie souhaite que notre siècle ait soin de la cultiver. Mais il y a trop de vanité et troj) d'ignorance à faire dépendre de là le fond de la science, et surtout de la science des choses sacrées. Kt pour ce i\\.\\ est de la scholastique et de saint Thomas, que M . Simon voudrait décrier à cause du siècle barlwire on il a Nccu, je lui dirai en deux mots, que ce qu'il y a à considérer, dans les scholasticpies et dans saint Thomas, est ou le fond ou la métluKle. !*e fond, (pn .'■ont les décrets, les dogmes et les maximes constantes de IKoolc, ne sont autre chose que le pur esprit de la tradition cl
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(les Pères : la méthode, qui consiste dans cette manière contentieuse et dialectique de traiter les questions, aura son utilité, pourvu qu'on la donne, non comme le but de la science, mais comme un moyen pour y avancer ceux qui commencent.... On voit aussi par expérience que ceux qui n'ont pas commencé par là, et qui ont mis tout leur fort dans la critique, sont sujets à s'égarer beaucoup, lorsqu'ils se jettent sur les matières tbéologiques. Erasme dans le siècle passé, Grotius et M. Simon dans le nôtre, en sont un fçrand exemple. . . Que le critique se taise donc, et qu'il ne se jette pas sur les matières théologiques, où jamais il n'entendra que l'écorce ».
Les adversaires de Bossuet ne manquent pas de lui reprocher qu'il se retranche derrière la théologie pour dissimuler son insuffisance dans les langues savantes ; mais en cela ils lui font tort. On voit bien qu'il était exempt de prétention sur ce point ; mais on exagère son ignorance. S'il n'était ni orientaliste ni grand helléniste, il trouvait autour de lui, ou bien il cherchait là où ils étaient tous les secours dont il avait besoin (1); et
(1) < Sans atteindre à la perfection de la science des langues, je ne dis pas un saint Augustin, un si grand génie, mais tout homme judicieux oî de bon esprit peut en écoutant ceux ([ui les savent ft en piolilaiit de leurs travaux, et enfin par tous les secours (|u'on a dans les livres, arriver ii prendre le Koiit des lanj,'ues originales, et enttiidre les propriétés de leurs mots jusqu'à un degré sut'Iisant, non seulement pour comprendre, mais encore pour soutenir invincil)icment la vérité. C'est ce qu'a fait saint Augustin. Il ne faut (|ue voir comment il s'est servi du travaii de saint Jérôme sur l'hébreu, et comment il en a tiré des avantages (jue saint. îérônic lui-même pourrait n'avoir pas tirés... Nous serions bien mallieureux, si pour défendre la vérité et la légitime interprétation de l'Ecriture, surtout dans les matiîres (\c foi, nous étions à la merci des hébraïsans ou des grecs, dont on voit ordinairement en toute autre cliose le raisonnement si faible; et je m'étonne (jue M. Simon, qui l'ait tant l'habile, ail l'esprit si court (ju'il veuille faire dépendre la perfection de la victoire de l'Eglise sur les pélagiens de la connaissance du grec, s (T. IV, p. 2.'j2; De/, de ta rrfl(/., partie II, liv. VII, ch. vu).