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lutte contre les Protestants. Commencée dès le temps de Metz où il remplit, en 1654, les fonctions de grand archidiacre, — il a vingt-sept ans, — commencée, dis-je, par la Réfutation du Catéchisme du ministre Paul Ferri, la controverse se continuera presque sans interruption pendant cinquante années, puisque la correspondance avec Leibnitz et les négociations avec l'abbé de Lockum pour la réunion des Protestants se terminent en 1701, et qu'à la rigueur, on peut considérer comme un chapitre détaché de la grande controverse les Dernières Instructions de l'Evêque de Meaux sur la « Version du Nouveau Testament » de Richard Simon (1702), — il meurt en 1704.
La seule énumération des écrits de polémique serait fastidieuse. Un simple coup d'œil jeté sur une édition des œuvres de Bossuet vous suffira pour vous donner luie idée de la place qu'ils tiennent dans l'œuvre entière. Cependant, outre les ouvrages que j'ai déjà cités, — VHistoire des Variations des Églises protestantes et tous les écrits qui pullulent autour d'elle. Défense de l'Histoire des Variations et Avertissements aux Protestants, au nombre de six — , Bossuet lance de temps à autre des opuscules qui, plus rapides et plus ramassés, portent mieux et plus loin : tels sont : la Conférence avec Monsieur Claude, qui amena la conversion de la nièce de Turenne M""^ de Duras, — tenue en 167tS, elle ne fut publiée qu'en 1682, — puis Y Exposition de la Doctrine Catholique sur les matières de controverse, en 1671, — puis
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le Traité de la communion sons les denx espèces (IQ82), — puis la célèbre Instruction pastorale sur les promesses de l'I£(j lise (1100), — enfin la Correspondance avec Leibnitz (1678-1701); j'en passe, el non des moindres, pour ne pas fatiguer inutilement votre attention.
La forme de ces écrits est digne de Bossuet, ou plutôt elle révèle un Bossuet peu connu. Toujours éloquent, cela va sans dire, c'est là surtout qu'il est l'éloquence même, c'est-à-dire la parole au service de la pensée, et non la pensée au service de la parole. Comme vous le devinez, la véhémence, qui est l'àme de la logique de Bossuet, ne fait pas défaut aux traités, histoires, lettres, réfutations, défenses, expositions, dans lesquels le rude batailleur combat pour la pureté de la foi. Orateur, jamais Bossuet ne l'est davantage qu'en plaidant la cause qui lui tient le plus à cœur : la tradition catholique. Quel admirable avocat, plus fertile en ressources à mesure que l'adversaire se montre plus redoutable et plus subtil !
Sa parole, car son style est toujours une parole, sait prendre tous les tons, depuis l'ironie la plus légère à faire envie au Pascal des Lettres Provinciales jusqu'au mouvement des sermons et des oraisons funèbres. Tour à tour vif et insinuant, calme et emporté : tour à tour il expose et il argumente; il supplie et il accable tour à tour : il enveloppe et il étreint; tantôt il suit avec patience l'adversaire dans le labyrinthe de ses idées, tantôt il lui fait violence
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dans son parti pris, il le réveille de ses illusions, il le pousse à bout dans ses faux-fuyants, et il ne lui laisse d'autre alternative que la soumission absolue ou une invincible obstination.
L'érudit et l'orateur sont moins grands devant Dieu que l'apôtre : Bossuet controversiste ne laisse pas d'être un apôtre. La vivacité de la polémique, poussée parfois jusqu'aux extrêmes limites de la charité, ne lui fait jamais oublier le zèle des âmes, l'amour de la vérité et le sentiment de la justice. Certes, il a pour objet de vaincre, mais de convaincre plus encore.
L'impartialité n'est que le moindre de ses mérites. Au surplus, il ne se pique pas d'indilTérence : « Pour le fond des choses, écrit-il dans la préface de ïHistoiie ({es Variations, on sait bien de quel avis je suis ; car, assurément, je suis catholique aussi soumis qu'aucun autre aux décisions de l'Eglise, et tellement disposé que personne ne craint davantage de préférer son sentiment particulier au sentiment universel. Après cela, d'aller faire le neutre et l'indifférent, à cause que j'écris une histoire, ou de dissimuler ce que je suis, quand tout le monde le sait, et que j'en fais gloire, ce serait faire au lecteur une illusion trop grossière : mais avec cet aveu sincère je maintiens aux Protestants qu'ils ne peuvent me refuser leur croyance, et qu'ils ne liront jamais nulle histoire, quelle qu'elle soit, plus indubitable que celle-ci : p«ui,sque dans tout ce que j'ai à dire contre leurs Églises et leurs auteurs, je n'en raconterai rien qui