‹ Bossuet et les saints peres, d'apres des documents originaux et inéditsChapitre 13 sur 42 · S XLI · texte numérisé non relu

S XLI

tome, Théodoret , Théodotion^ Aquila : Bossuet fait remarquer qu'il cite leurs noms en abrégé {Notae abbreviantes)^ tant il les cite souvent.

Aux Psatoncs l'évèque de Meaux a joint les Cantiques de l'Ancirn et du Nouveau Testament, V^teris et Novi Testament i Cantica, qui font partie de la psalmodie sacrée selon l'usage même de l'Église (1). Il commente donc savamment et toujours d'après les saints Pères : le Cantique de Moijse et des enfants d'Israël après le passage de la mer Rouge (2); le second Cantique de Moyse, au moment de sa mort (3); le Cantique de Debbora, la propliétesse , l'un des Juges d'Israël; le Cantique d'Anne, mère de Samuel (4); le Cantique d'Isaïe en mémoire de la délivrance de la captivité de Babylone (5) ; le second Cantique d'haïe , cantique de consolation et d'espérance; le Cantique d^Ézéchias, après la prolongation de sa vie (6); le Cantique des trois Hébreux, A7ianias, Azarias, Misael, dans la fournaise (7); le Cantique de Jonas dans le ventre de la baleine; le Cantique d'Habacuc\, prédisant les victoires du Christ et les triomphes du peuple de Dieu (8); le Cantique triomphal de Judith, après le meurtre d'Holoferne; enfin les trois Cantiques du Nouveau Testament, le Cantique de Marie, ou le Magnificat (9)^ le Cantique de Zacharie, ou le Benedictus (10), et le Cantique de Siméon, ou le Nunc dimittis (11).

Le Suppléme?it aux Psaumes, Supplenda in Psalmos, parut en 1693. — Le célèbre Grotius (12 , dont les savants écrits jouissaient d'une grande réputation, prétendait qu'il n'y a rien ou presque rien dans les Psaumes qui se rapporte

(1) « Ciim Cantica divinam speclent psalmodiam , etiam ex instituto Ecclesiae. ideo ciini Psalmis ea edcre. notisque simul illustrare visum est ». Préface. (-2) On le clianle aux l.au<les de la cinquième Férié. (.■J) On le dit aux Laudes du saniedi. (4) On le récite aux I.audes de la(|ualricme Férié. (.">) On le trouve aux Laudes de la deuxième Fcrie. (<>) Il fait partie des Laudes de la troisième Férié.

(7) Il est chanté aux Laudes du dintanclie et des fêles.

(8) Il est aux Laudes du vendredi.

(y) On le chante tous les Jours à Vêpres. (10) On le dit tous les jours à Laudes, f 1 1 ) On le récite tous les jours à Compiles.

(1-2) IIuKues ou Hugo de Groot, eu latin Grotius. érudil et p()liti(|ue hollandais n:iH;{-i(;',!i).

au Christ et que telle est la raison pour laquelle les Apôtres ne les ont jamais ou presque jamais cités. — Une si dangereuse erreur réveilla le zèle du grand évêque de Meaux et il la réfuta en quelques pages fortes et substantielles, qui sont un modèle achevé de controverse exégétique sur les passages des Psaumes relatifs à la divinité de Notre- Seigneur Jésus-Christ.

C'est d'abord le Psaume II, v. 7 (1), que Bossuet donne comme « un passage remarquable, presque unique dans les Psaumes , et où le Christ est vraiment, naturellement, proprement appelé Fils de Dieu : les mystères que contient ce passage forcent l'évêque de Meaux à l'exposer avec plus de soin et d'ampleur, d'après l'interprétation de saint Paul et des saints Pères après lui. Locus eximius ac prope singularis in Psalmis, quo Christus vere , naturaliler, ptroprie , Dei filius asseratur : quem locum diligentius et fusius exponere cogimur, propter mgsteria quae continet, interprétante Paulo ac post eum sanctis Patribus. » Bossuet cite tour à tour saint Basile, saint Grégoire de Ngsse, saint Cyrille d' Alexandrie , saint Athanase , saint Jean Chrysostome , Théophylacte , saint Augusti/t, Primasiiis , siaint Ambroise, saint Èpihpane , saint Isidore de Péluse , saint H i la ire, qui tous entendent le texte en question de la génération éternelle du Verbe incarné. Le grand évêque catholique ne craint même pas de recourir à l'autorité des anciens Juifs, signalés par Daniel Huet dans sa Démonstration évangéUque et par Edouard Poccock (2) dans ses Miscellana, et de citer les paroles du Rabbin Salomon Jarchi : Nec piget referre verba Rabbi Salomonis Jarchi (3).

C'est ensuite le verset 8 du Psau7ne XV (4-) que Bossuet explique comme se rapportant au Christ : il oppose à Théodore de Mopsueste tous les Pères et surtout saint Athanase, qui a excellemment parlé de ce passage dans ses Discours

(I) Dominus dixil ad me : Filius meus es tu; ego hodie (jenui te. (-1) Tliéologien anglais du dix-septième siècle (lOOi-KiOi). (•■i) lia vécu de lOiO à liori.

(4) Providebam Dominum in conspcctu mco semper, quoniam a dextris est mihi ne commovear.

contre les x\riens : Huic autan opponinius Patres iinirrrsos y iinpriniis vero Athanasium, a quo hic locus egregie jjei'traclafiis, Contra Arian., orat. 3, nitnc ora. l, 7i. 61, fit orat. 2, n. 16. »

C'est encore le verset 7" du Psaume XLIV, Sedes luu, Deus, In saecuhun saeculi , que Bossuet applique au Christ d'après Aquila, Eusèbe [Déinonstration évangèlique, liv. V). saint Athanase, Orighie, et le consentement unanime de tous les Pères : Consentiunt Patres una voce onines.

C'est aussi le verset 7" du Psaume L, Ecce enim in i?iiquitatibus conceptus sum, et in peccatis concepit me mater mea (ou bien et in peccato peperit me mater mea, comme traduit saint Jérôme, in utero aluit me mater mea, comme dit saint Augustin) , que Bossuet interprète admirablement, à propos du péché originel, d'après Origène, ou plutôt d'après ce que saint Augiistiu appelle la C haine des Pères, qu'il est défendu de briser : Hinc sequitur de nostro i:ersiculo auctore Angustino Catexa patrdm, quam perrumpere nef as. Cette Chaîne est formée par saint Hilaire, saint Grégoire de Nazianze, saint Ambroise, saint Chrgsostome, saint Jérôme, saint Augustin, Clément d'Alexandrie [Stromates) , pour ne citer que les plus illustres. Toutes les objections, toutes les raisonnettes, alléguées par Grotius et les contemporains, l'avaient été jadis par .lulien le Pélagien, que réfuta saint Augustin : En nostrorum ratiunculae a Juliano Pelagiano pridem allât ae et a S. Augustino confutatae. Bossuet renvoie surtout à Y Ouvrage achevé contre iulien ^ passi)n , et aux livres I et II de Y Ouvrage inachevé (chap. Lxxi).

A propos du Psaume CIX, Diji t Dominus Domino meo, etc., Bossuet invo(|ue d'abord le témoignage de saint Jean Chrgsostome pour le verset 1(1), puis celui de « tous les Pères » et en particulier de saint Justin , de saint Athanase, « de ces théologiens éminents »., saint Basile, saint Cyrille d'A-

(1) l'racclarc du ysoslomus adversus Judaens : « Non dicit lioc Isaias, non Jereinias. nc.c (luisquani alius jjiivalae conditioais, sed ipsc rex (addidcrim ii)se parens David, etc.).

lexandrie, saint Jérôme et saint Augustin , pour établir que le verset 3, Tccumprincipiwn in die rirtutis tuae in splendoribus sanclonini : ex utero anle luciferum ijenui te, se rapporte à la génération divine et éternelle du Verbe , comme le verset 4, Tu es saccrdos i/i arternum secundum ordinem Melchisedech, a trait au Pontificat suprême du seul et véritable Rédempteur : quod ergo Patres omnes, nullo penitus e.Tcepto , de Christo ejusque divino atque immortali ortu [traedicant ,... idnovitii interprètes sir exponunt , etc.

Viennent enfin « divers passages des Psaumes : Foderunt manus meas et pedes meos; dinumeraverunt omnia ossa mea : xxi, 17; — Diviserunt sihi vesfinienta niea, et super vestem mearn miserunt sortem ;xxi, 19; — Bederunt incscani meani fel et in siti mea potaverunt me aceto : lxviii, 22; — Fiant dies ejus pauci et ppiscopatum ejus accipiat alter, cviii. — Bossuet prouve contre Théodore de Mopsueste (1) que les trois premiers versets se rapportent, non pas à David, mais au Christ seul, et que le dernier vise Judas , d'après saint Pierre lui-même.

ARTICLE ill

Les saints Pères

et les commentaii'es sur les Livres de Salomon : Les Proverbes, l'Ec-

(•l(''siaste,le Cantique des Cantiques, la Sagesse, rEcclésiasti(iue, 1693.

Les Notes de Bossuet sur les Livres sapientiaux , comme on les appelle ordinairement , parurent la même année que le Supplément aux Psaumes.

Ces Notes sont un travail moins original que le Commentaire sur les Psaumes, et il n'y a pas d'introduction magistrale comme la Dissertation sur les Psaumes, analysée plus haut.

La Préface des Proverbes en indique l'origine, la méthode, la force, l'élégance et la portée morale. — La Préface de V Ecclésiaste montre que ce livre se ramène à une

(I) Prêtre et tliéologien du cinquième siècle, accusé de pélagiaaisnie.

seule pensée : puisque tout n'est que vanité sous le soleil . craindre Dieu est tout riiomme (1) , ou « la piété est le tout deriiomme » (2i. — La Préface de la Sagesse contient des indications qui ne sont pas nouvelles sur l'auteur de ce livre, sur Tépoque à laquelle il a été composé, sur les deux parties qu'il faut y distinguer, et sur sa canonicité, ou son autorité divine, établie par les Conciles, par Origène, par saint Jérôme, saint Cyprien et saint Augustin. — La Préface de VEcclésiastique parle du titre , de l'auteur, de l'époque de la traduction des trois parties de ce livre et de son authenticité , en faveur de laquelle il y a des témoignages précis de saint Épiphane, (ï Or i gène, de saint Jean Damascène, de sa\n\ Je r(hne^ de saint Cyprien, de s^àwi Augustiii. — Bossuet donne les Préfaces de saint Jérôme et de saint Isidore fie Péluse pour les Proverbes , celle de saint Jérôme pour YEcclésiaste, et il cite souvent ces Pères de l'Église dans des Notes, qu'on a trouvées trop courtes de nos jours comme de son temps. Il s'en excusait {Préface des Prcjvei'bes, X, Notaruni nostrarum exciisatur in plerisque brevitas) en disant qu'il ne voulait entrer dans aucune recherche curieuse ou subtile et se bornait au nécessaire ; qu'il demandait un lecteur qui trouvât quelque chose par lui-même , et qu'il voulait moins rassasier l'esprit qu'exciter sa faim. Ces raisons n'ont pas convaincu le P. de la Broise : « A prendre pour règle, dit-il, que tout commentaire est trop court qui ne dit pas tout ce qu'il faut, on trouvera en plusieurs endroits les notes sur les Livres sapientiaux plus courtes que celles des Psaumes. » Dans les passages difficiles, « l'œil du lecteur se porte d'instinct vers le bas de la page , et c'est avec un vrai désappointement qu'il n'y rencontre rien. On remarque dans l'édition de Bossuet , un certain nombre d'endroits aussi obscurs où les notes manquent, d'autres où les notes trop concises ne suffisent pas à lever l'obscurité. S'il est permis d'insister sur les légers défauts de ce Commentaire, on peut reprocher encore à l'annotateur de ne

(1) Dcuni tinif el mandiila ejus observa : hoc est eiiim oiiiiiis liomo. Xll, \',\. (-) Oraison fioièhrc dv prince de Condc, Exortie.

pas faire efTort pour approfondir les questions et pour résoudre les difficultés, de proposer souvent deux ou trois explications, en les joignant par la conjonction vel, ou par alii vpvtunt, sans prendre parti pour aucune, sans indiquer une préférence et sans en donner la raison. Il est vrai que des discussions de ce genre auraient souvent entraîné l'auteur hors des bornes de son travail, et auraient nui à la brièveté qu'il s'était prescrite (1). »

Cette appréciation serait trop sévère, si l'on n'ajoutait qu'en somme le Commentaire sur les Livres sapientiaux est excellent pour le clergé auquel il est dédié et qui n'a pas besoin d'indications minutieuses comme le vulgaire, peu familiarisé avec l'Écriture,

D'ailleurs, c'est une œuvre tout à fait remarquable que le Commentaire sur le Cantique des Cantiques.

La Préface indique comment Bossuet comprend ce livre : il y voit (( l'union de Jésus-Christ avec l'Église et avec les saintes âmes représentée sous la figure et le mystère de l'amour conjugal ».

La plupart des commentateurs, depuis Orighie jusqu'à saint Bernard, pensaient que le Cantique des Cantiques n'est qu'une pure allégorie : pour eux l'Époux et l'Épouse n'avaient aucune réalité historique; c'étaient de purs symboles, comme l'époux et l'épouse qu'accompagnent les vierges sages et les vierges folles de l'Évangile ; le sens littéral du livre de Salomon se rapportait à Jésus-Christ. — D'après Bossuet , au contraire , le sens littéral se rapporte d'abord à Salomon et à la fille de Pharaon (2); le Christ et l'Église, le Christ et l'âme fidèle sont l'objet du sens figuratif (3). « Salomon, dit-il, se propose lui-même comme un modèle avec ses chastes amours pour la tille de Pharaon , son épouse ;

(1) Bossuet et la Bible, p. :!94-o.

(2) Bossuet montre que « l'auteur du Psaume LXIV a tracé par avance le dessein (le cet aimable Cantique, lorsqu'étant inspire de Dieu, il a poussé de son cœur cette excellente parole, où, à l'occasion du mariage de Salomon, dont il fait l'épitlialame, il chante sous la même figure les noces de Jésus-Christ et de l'Eglise »

(3) Le P. de la Broise fait remarquer que « cette manière de voir, sans être regardée comme contraire à l'orthodoxie, est moins commune parmi les interprèles catholiques. »

et, dans une histoire véritable, faisant entrer les mouvements qui conviennent à un amour très ardent, il se sert de cette agréalile fiction pour mieux exprimer des amours même célestes et l'union de Jésus-Christ avec l'Église. Ce qui fait dire à saint Bernard, dans son Sermon sur le Cantique : « Le roi Salomon sage, pacifique, comblé d'honneurs et de biens, inspiré de Dieu, a chanté la gloire de Jésus- Christ et de l'Église et le mystère de leur alliance éternelle. L'esprit enivré dune sainte joie, il a composé leur épithalame d'un style délicieux et toutefois figuré, se couvrant la tête d'un voile comme Moyse, parce qu'alors peu d'âmes étaient capables de contempler cette gloire à découvert. » Paroles où ce saint peint Salomon dans sa majesté, représentant Jésus-Christ, et où il nous explique toute la conduite de ce poème. »

Bossuet ne le comprend pas, ne l'interprète pas comme venait de le faire l'abbé Cotin , qui . dans sa Pastorale sacrée, voulait de vive force qu'on regardât le Cantique des Cantiques comme « un Poème dramatique, ou une Poésie représentative ». ou même une pièce en cinq actes, sans prendre garde que, d'après Cotin lui-même, l'intrigue se noue au troisième acte et commence à se dénouer au quatrième , ce qui n'est peut-être pas selon toutes les règles d'Aristote et de d'Aubignac (1). Bossuet parle en théologien, qui connaît les ouvrages des Pères et la science sacrée, en humaniste intelligent et délicat, qui cite, avec discrétion et bon goût, Théocrite (2), Homère et Virgile (3), ou plutôt en artiste, qui, s'appuyant sur la coutume hébraïque de célébrer pendant sept jours les fêtes du mariage, partage « cette églo-

(1) Saint Marc Giranliii dans son Cours de littcrnture dramatique, t. HI, p. \i% dix il étudie le Commentaire de Rossuet, celui de Cotin et celui de Godeau [Idylles spirituelles), se montre trop indulgent pour les fadaises de la Pastorale sacrée.

(•>> I,a WHI" idylle de ce poète est mentionnée jusqu'à six fois dans les notes et signalée dans la Préface {l\\). — On sait que c'est l'opithalame d'Hélène et de Mém-las.

(:») iJossuet remarque que les vierges de la Palestine étaient chasseresses, comme celles de T>r, que Virgile dépeint portant le carquois :

Virginibus Tyriismos estgestare pharetram.

g'ue pastorale » en sept journées (1), dont il donne Tordre et les détails dans quelques pages délicieuses : Abrégé et conclusion de cet ouvrage.

Mais en Bossuet l'artiste et le poète n'étoufTent jamais le savant nourri des saints Pères. Aussi est-on charmé de l'entendre réfuter à l'avance les polissonneries de Voltaire et indiquer les commentateurs dont il a suivi les traces. « Quiconque veut entrer dans l'intelligence de ce Cantique, dit-il, doit, en suivant le dessein de Salomon, rapporter au saint amour les chastes transports de l'Époux et de TÉpouse, et comprendre à la fois toute la nature de l'amour céleste et de l'amour humain; car la comparaison de ces deux amours en est le dénouement : où il y a sujet de craindre que les sens, se laissant aller aux attraits, quoique passagers , de l'amour terrestre , ne détournent l'esprit de la contemplation divine. C'est pourquoi, selon la remarque à'Origène et de saint Jérôme, la lecture du Cantique était interdite aux jeunes gens trop enclins aux plaisirs. Loin d'ici donc ceux qui n'ont de goût que pour les choses de la terre, et ces hommes charnels qui n'ont point l'esprit de Dieu! Approchez-vous, âmes pudiques, puisque, enflammées du saint amour, vous ne vivez plus qu'en union avec Dieu , qui est l'amour même. Que ceux aussi qui l'expliquent soient eux-mêmes de saints et de chastes interprètes , éloignés de toute pensée terrestre , passant légèrement sur les sentiments de l'amour humain, pour exciter dans les cœurs le goût de l'amour céleste. Semblables aux chevreuils et aux cerfs du Cantique^ ils doivent à peine toucher la terre, afin de s'élever à l'instant au-dessus des sens pour se perdre dans le sein de Dieu.

« Tels ont été les interprètes de ce livre que Jésus-Christ a donnés à l'Église : Origène en est le chef, et saint Jérôme, qui a fidèlement traduit son Commentaire .sur le Cantique, dit de lui avec raison : « Origène ayant surpassé tous les interprètes dans tous les livres de l'Écriture, s'est surpassé

(1) Au point de vue purement exégétique, ces divisions sont fort contestables, comme l'a remarqué le P. de la Broise. Bossuet et la Bible, p. :2'J8, note I.

lui-même dans l'interprétation du Cantique. » Philon de Carpathe, évêque du quatrième siècle, vient après; et saint Bernard a suivi principalement leurs interprétations, ayant lui-même l'onction céleste qui lui enseignait toutes choses. Ce sont aussi ceux auxquels nous nous sommes le plus attachés, quoique nous n'ayons pas négligé Théodoret, ni saint Grégoire le Grand, Aponius, le vénérable Bède, saint Thomas d'Aquin, qui s'accorde en tout avec eux; ni entre les modernes Gaspard Sanctiifs (1), théologien delà Compagnie de Jésus; Libert Fromont, docteur de Louvain; ni le Père Louis de Léon, augustin, professeur d'Écriture sainte dans l'Université de Salamanque, qui en notre siècle a expliqué le Ca)ilique avec autant de piété et d'élégance que d'érudition. Entin nous n'avons pas oublié les remarques de saint Ambroise , où, sur des endroits choisis de ce livre, il inspire la tendresse et l'onction de la piété. Après avoir une fois nommé ces auteurs, il serait inutile de les nommer partout (2). »

Nous savons, d'ailleurs, par l'abbé Le Dieu, Mémoires, p. 49, que M. de Meaux a « pris à'Origène une infinité d'endroits aussi doux et aussi tendres (qu'un passage sur les tourterelles offertes pour Notre Seigneur), que l'on peut voir semés à toutes les pages du Commentaire de ce prélat sur le Cantique des Cantiques ».

Fort d'un si beau cortège de Pères et de docteurs, Bossuet s'avance à travers « cet ouvrage vraiment délicieux, jonché de fleurs, abondant en fruits, orné de toutes sortes de très belles plantes; où règne un beau printemps avec des campagnes fertiles, des jardins verts, arrosés d'eaux, de sources et de fontaines ». Les Notes sont plus abondantes que de coutume : il veut faire lire avec édification par des religieuses le sublime poème où l'homme sensuel peut ne voir et n'entendre qu'un vulgaire chant d'amour, mais où FEsprit-Saint a célébré l'ineffable mystère de l'union du Christ et de son Eglise, de Dieu et de l'Ame humaine rache-

(1) On «Jil ordinairement Sanchez.

(2) Préface sur le Cantique des Cantiques, IV.

tée par le Christ. C'est dans ce Commentaire surtout qu'on trouve « des clefs ou des observations générales, comme dit l'abbé Le Dieu (i), qui répandent une lumière admirable dans les esprits et une onction ineffable dans les cœurs pour leur donner l'intellig-ence et le goût des saintes Écritures ».

ARTICLE IV

Les saints Pères et les Élévations sur les Mystères (1696) , — les .Méditations sur FÉvangile (1695), — le De Excidio Babylonis (1701-1702), — l'Explication de la prophétie d'Isaïe sur l'enfantement de la sainte Vierge et du Psaume XXI (1704).

Le dessein de Bossuet , au dire de l'abbé Le Dieu , était de donner au public les Notes rédigées au Concile, « et non seulement sur les livres qu'on vient de dire (les Psaumes , les Livres sapientiaux et le Cantique des Cantiques) , mais encore sur tout le corps de la Bible et aussi bien sur le Nouveau Testament que sur l'Ancien (2) ». On voit par la Lettre au clergé de Meaux , qui est en tête des Psaumes et par la Préface sur l'Ecclésiastique , qu'après les Psaumes et les Livres sapientiaux , il aurait édité les Prophètes, qui suivent dans la Vulgatc , cum jam ad Prophetas promissa nostra nos vocent (3) ; il serait ensuite revenu aux autres parties de l'Ancien Testament, et aurait fini par le Nouveau. Seqiientur autem postea, nusquam interruptis operis, nostrain Prophetas ac totum Testamentum Vêtus : per haec , si vita, si mens bona adfuerit, Deo auctore ac duce deveniem,us ad Novum (4).

Le privilège placé à la fin des Psaumes et daté du 1" septembre 1689, porte : Notas in universam sacram Scripturam, a Jacobo Benigno Bossuet. Une Lettre à Nicole, du 17 aoi!it 1693, oi'i est discutée la question des Notes lon-

(I) Mi'inoires, t. 1, p. I(i8.

(û) Ibidem.

('^) Préface de V Ecclésiastique .

(t) Epist. ad Clerum Meldensem.

giies OU courtes et où Bossuet prend parti pour les Notes courtes, déclare « qu'il ira son train » dans cette voie : comme cette lettre est postérieure aux Commentaires sur les Livres de Salomon, c'est évidemment dans l'explication des Prophètes qu'il voulait « aller son train ».

« C'était donc là ce qu'il avait le plus à cœur, dit Le Dieu (IV Mais d'autres occupations et surtout la réfutation du Quiétisme l'ont détourné de ce travail. Il était prêt de le reprendre, s'il avait plu à J)ieu de lui prolonger ses jours, parce que plus il s'est appliqué à la réfutation des erreurs de M. Simon et des autres judaïsans, plus il a vu la nécessité de venir au détail de chaque livre de la sainte Écriture, pour arrêter, s'il est possible , le cours des fausses interprétations. »

Bossuet avait certainement rédigé des Notes ou Coi)i))ient aires bibliques, aujourd'hui perdus. Le P. de la Broise établit très bien contre M. Lâchât, d'après lequel tous les Commentaires rédigés par Bossuet seraient imprimés (2), qu'il existait, dans la première moitié du dix-huitième siècle, au moins deux exemplaires manuscrits de Notes sur la Genèse et sur les Prophètes : l'un de ces manuscrits contenait aussi le livre de Job. Le privilège accordé, en 1727, au neveu de Bossuet pour la publication des œuvres encore inédites de son oncle porte : Notac in libros Genesis et Prophetarum (3). Ces manuscrits ont malheureusement disparu. Des recherches faites à Rome et à Bologne (V) n'ont eu aucun résultat. « Peut-être, dit le P. de la Broise (5), les Commentaires inédits ont-ils péri maintenant. Peut-être , s'ils n'ont pas de titre et s'ils sont écrits de la main de Fleury ou Le Dieu, ou de quelcpic secrétaire inconnu, dorment-ils, dans quelque bibliothèque d'Italie

(1) Mémoires, t. I, p. Hi.

(•2) Édition Lâchât, 1. 1; Remarques hislori(jnfs, p. vri.

(:i) Le libraire Albrizzi de Venise en parle dans une lettre du i'J avril na*; à révcque de Troyes. — T,e P. Desmolels. dans la Itihliollii't/ue sacrée du P. Le Lons?, signale une copie des Notes sur Job, Isaie et Daniel, existant chez Le Hoi, n-27.

d: Lu manuscrit de Lei>elletier des Forts, vendu à Barrois, puis à M. de Mazau- Kues, passa dans la l)ibliothc(|ue de l'évùque de Carpentras, qui, dit-on, le donna à Bcnoii \iv. itenoil XIV laissa tous ses livres à l'Oratoire de Bologne.

(.'i) liijHSuet cl la Bible, p. 3(I3.

LES SAINTS PÈRKS ET BOSSUET EXEÇETE. 247

sans que rien révèle qu'ils sont l'œuvre de Bossuet (1), »

Heureusement pour la postérité , les religieuses de la Visitation de Meaux ont été des dépositaires plus fidèles que Févêque de Troyes des trésors qu'elles devaient à Bossuet.

(( Je vous adresse, mes Filles, ces Rcfle.riom sur VÈran- (jilc i^), leur écrivait-il le 6 juillet 1695, comme à celles en qui j'espère qu'elles porteront les fruits les plus abondants. » C'est le Commentaire du Sermon de Notre-Seigneur sur la montagne , des Sermons ou discours de Notre-Seigneur depuis le dimanche des Rameaux jusqu'à la Cène et de la Cène elle-même avec ce qui s'est passé aans le Cénacle et ce qui a eu lieu depuis la sortie du Cénacle jusqu'à l'arrivée au jardin des Oliviers.

Les Élévations sur les Mystères furent composées en grande partie dans le courant de l'année 1696, comme l'indiquent les Lettres de Bossuet à la sœur Cornu.au , 20 mai et 3 octobre. Elles n'ont été publiées qu'en 1727 par Le Dieu et Févêque de Troyes (3). Quoique postérieures aux Méditations, elles en sont logiquement le préambule, puisqu'elles font passer sous nos yeux la très Sainte Trinité, la Création, le péché originel, la loi et les prophéties, l'Annonciation et l'Incarnation, la Nativité de Notre-Seigneur, les mystères de son enfance, sa vie cachée jusqu'au baptême, la prédication et le témoignage de Jean-Baptiste.

« Jésus-Christ attendu et Jésus-Christ donné , c'est la di-

(1) Inutile de signaler les Notes apocryphes publiées , en 1748, sur saint Luc et saint Jean, et les Fragments inédits attribués à Bossuet en 1880 {Revue des sciences ecclésiastiques , mai, juin et août) : ce ne sont que des notes prises par des religieuses du dix-huitième siècle copiées sur les ouvrages de Bossuet. — Mais en 1895, M. l'abhé 0. Rey, du clergé de Paris a publié dans l'Université catholique de Lyon, mars, avril, juin, août, etc., des Remarques inédites de Bossuet sur la Genèse, l'Exode, le Lévitique et les Nombres. Les Pères y tiennent comme toujours une grande place.

i-î) C'est l'évêque de Troyes qui. éditant, en 1731 , l'ouvrage de Bossuet, jugea à propos de substituer le titre de Méditations à celui de réllexions. — Plût à Dieu que les méfaits du neveu réviseur se fussent bornés là! Mais la confrontation de son édition avec ce qui nous reste de l'œuvre manuscrite accuse des audaces et une ini((uité littéraire, qu'on ne dénoncera jamais assez haut à quiconque vénère la mémoire et le génie de Bossuet. Heureusement, la deuxième partie du manuscrit a pu échapper aux profanations.

(3) Ils osèrent les « corriger », c'est-à-dire les profaner. Deforis, en 177-2, put. d'après les manuscrits retrouvés, ajouter à Tœuvre imprimée une série d'errata , qui remplit dix-sept pages in-'/" sur deux colonnes en caractères serrés. Et encore n'appelait-il pas errata les impertinences de Le Dieu.

2i8 BOSSUET KT LES SAINTS PERES.

vision même de la Bible en Ancien et Nouveau Testament; c'est aussi la division de l'œuvre historique (1) et de l'œuvre ascétique ou exégétique de Bossuet. Les éditeurs ont donc raison de placer les Élévations et les Méditations, non dans leur ordre de composition, mais dans leur ordre logique (2). Ainsi disposées, elles forment véritablement un tout. « C'est toute la religion, dogme et morale, que Bossuet nous représente là, dit M. Lanson (3). Mais il ne fait point œuvre de science. »

il cite bien , sans,doute , « les saints interprètes et entre autres saint Augustin (4) » , « ce grand et saint docteur (5) », dont l'autorité lui est si chère, dont l'enseignement et les ouvrages lui sont si familiers, saint Bernard (6), saint Basile (7), saint Athanase (8), saint Ambroise (9), Tertullien (10), Orighie (11), saint Jean Chrysostome (12), saint Cypricn (13), saint Grégoire le Grand [ik], Josèp/ie [ib], Ammicn Marcellin (16) et le Concile de Trente (17). — Mais ces citations sont très rares, puisque saint Augustin ne parait que six fois dans les Méditations (18) et saint Chrysostome qu'une seule fois (19). D'ailleurs, Bossuet reproduit plutôt « la doctrine des saints, la tradition constante de l'Église

(I) Il dit dans le Discours sur l'Histoire unii^erselle , deuxième parlie, cliap. i: • Jésus-Clirist attendu ou donné a été dans tous les temps la consolation et l'espérance des enfants de Dieu ».

{■2) On ne sait vraiment pas pourquoi l'édition de Bar-le-Duc les a séparées et mis les Méditations au tome II, parmi les œuvres sur l'Écriture sainte, les Elévations au tome VIII, parmi les œuvres de piété.

(3) liossiœl, p. 488.

(4) 6'- semaine, F" Elévation.

(.)) Même semaine, XV^ Élévation, et ailleurs, passim.

(0) 4"" semaine, ///" Élévation.

(7) 12'"" semaine. A' F'" Élévation.

(8} Même Elévation.

{*.)) li™» semaine, ///" et VIII" Élévations; IC.'"' semaine, //" Élévation.

(10) IC™» semaine, F///« Élévation.

(H) 18"'" semaine, IV'^ Elévation.

(12) 21"" semaine, III" et F/P Élévations.

(13) La Cène, deuxième partie, Wll'^ Jour.

(14) 2-'»""' semaine, F/" Élévation.

(i:i) Méditations : Sermon sur la montagne, Mil' jour, et du dimanche des Rameaux à la Cène, I.XVII' jour.

()(i) Même jour.

(17) La Cène, première partie, L.\IV"= jour.

(18) Kdiiion de Iiar-le-Duc, t. Il, p. 'i!)", ."ios,!;;!;;, (;r,(;. (i-'(.(i!M!. (lii) l'a^c tion.

catholique (1) » que la lettre même des Pères, dont les excellentes religieuses de la Visitation se préoccupaient beaucoup moins que des élans mystiques de l'admirable piété de leur grand évêque.

Il ne faut pas dire avec M. Lanson que « cette fois seulement, en faveur de ses chères religieuses, le sévère théologien a épanché toutes les tendresses de son âme et laissé déborder la vive source de lyrisme que recèlent les grands lieux de la philosophie morale et la méditation de la destinée humaine ». — Bien des fois déjà, nous avons surpris ces épanchements d'une àme aussi pieuse que sublime et qui , au dire de l'abbé Le Dieu, reproduisait dans ses Commentaires sur l'Ecriture « la tendresse d'Origène »). Bien des fois nous avons admiré les élans lyriques de ce prophète au verbe inspiré, comme David ou Isaïe. Mais dans lesElérations sur les Mystères et les Méditations sur l'Evangile, plus encore que dans les Sermons, les Oraisons funèbres et ses autres ouvrages, Bossuet a devancé la poésie lyrique du dix-neuvième siècle pour l'expression personnelle, puissante et magnifique des misères, des désirs et des espoirs de l'homme, en face du néant de la vie et de l'infinité de Dieu (2).

C'est dans les Elévations sur les Mystères qu'on peut voir, au dire de M. Brimetière — V Évolution de la poésie lyrique, I, p. 117, note 1, — (( trois choses avec une entière clarté : 1° ce qu'il y a de lyrisme dans l'éloquence de Bossuet; 2" quelles sont exactement les limites, quelle est la ligne de partage ou de séparation de l'éloquence et du lyrisme; 3° ce qu'il y ade l'orateur, et même de l'orateur de la chaire, dans tous les grands lyriques ». — Il y a là, sans doute, quelque exagération , inspirée par l'esprit de système à M. Brunetière; mais Bossuet n'en est pas moins un grand lyrique.

« Il a fait, avec tout son cœur, le poème de la religion : métaphysique , morale , récits touchants et tableaux pittoresques, tout l'incompréhensible et tout le sensible de la

(1) Méditations, p. (iTiS-G,-;!).

(2) Voir Deschancl, le Romantisme des classiques, tome I.

religion s'y trouvent réunis; et si Bossuet a donné dans d'autres ouvrages la mesure de sa vaste intelligence, nulle part il n"a mieux révélé cette intensité de sensation et cette profondeur d'amour, qui se dérobaient d'ordinaire en lui sous les formes austères du raisonnement (1). » Vlmifatioti de Ji'sKs-Christ , « le plus beau livre qui soit sorti de la main des hommes » , n'a rien de comparable aux coups d'aile superbes, aux envolées vers l'infini que l'on admire dans les deux premières Semaines des Elévations, où Bossuet s'élance, avec toute l'ardeur d'un génie inspiré par la foi, jusque sur le seuil des impénétrables mystères de l'adorable Trinité (2). Où trouver une tendresse mystique plus saine et d'un effet plus puissant que celle qui respire dans la partie des Méditations consacrée à la Cène et à l'Eucharistie ? Après avoir signalé les miracles et les merveilles réalisés parle Verbe pour nourrir les hommes de sa chair sacrée et les abreuver de son sang adorable , Bossuet se demande : « Et comment tout cela s'est-il fait? « Dieu a tant aimé le monde! » Il ne nous reste qu'à croire et à dire avec le disciple bien-aimé : « Nous avons cru à l'amour que Dieu a eu pour nous (3). » La belle profession de foi! Le beau symbole! Que croyez-vous, Chrétien? Je crois à l'amour que Dieu a pour moi. Je crois qu'il m'a donné son Fils; je crois qu'il s'est fait homme ; je crois qu'il s'est fait ma victime; je crois qu'il s'est fait ma nourriture et qu'il m'a donné son corps à manger, son sang à boire, aussi substantiellement qu'il apris et immolé l'un et l'autre. Mais comment le croyezvous? C'est que je croisa son amour, qui peut pour moi l'impossible, qui le veut, qui le f;iit. Lui demander un autre comment, c'est ne pas croire à son amour et à sa puissance. » On pourrait multiplier les exemples de ce que M. Lanson appelle « un mysticisme d'une tendresse qui n'énerve pas, qui ne fond pas les énergies du cœur, mais qui, au con-

n) l.anson, lio.ssuet, p. 48fi.

(-2) Le P. de la Broise, Bossuet et la Bible, p. -Xii-i'ir;, signale ces passages on • lîossuet, par moments, semble entrer dans la nuée et de là répéter à la terre les paroles qu'il entend. »

(.'i) Saint Jean., iv, l(i.

traire, le trempe pour le combat de la vie, et qui parla contemplation enivrante de la perfection de Dieu, par la réflexion amère sur le néant de la créature, met en nous un principe fécond et fort d'activité morale et de volonté tendue au bien? Voilà par où ces deux ouvrag-es de Bossuet (les Élévations et les Môflilafions) sont parmi les plus excellents livres d'édification qu'on ait jamais écrits, par où ils participent au mérite singulier de ses Lettres de direction ; voilà comment, à les lire , on oublie presque la merveilleuse poésie de la forme pour y cueillir tant de vérités fortifiantes , capables de soutenir encore aujourd'hui les âmes que n'enchante plus la consolante espérance dont l'Église catholique récompense ceux qui croient à ses mystères. »

Ce que M. Lanson ne dit pas , ce qu'aucun critique n'a fait remarquer en dehors du P. de la Broise, c'est que Bossuet s'inspire, dans les pages admirables des Elévations et des Méditations, des ouvrages de saint Aiir/iisfin. Il a pris l'élan et le ton inspiré de ces Réflexions , de ces Colloques , de ces entretiens entre son âme et Dieu, non pas tant dans les Confessions et les Traités sur rÉvangile de saint Jean, dont parle le P. de la Broise (1) , que dans les Soliloques de saint Augustin , que Bossuet ne cite pas, mais dont il reproduit l'onction et la piété, avec une grâce et un essor lyrique que n'a pas eus l'évèque d'Hippone. L'évèque de Meaux, d'ailleurs , est plus constamment biblique que son modèle : il explique les Livres saints par les Livres saints , et les pages des Élévations et des Méditations sont surchargées de notes qui renvoient continuellement aux textes de l'Ancien et du Nouveau Testament , si familiers à celui qu'on pourrait appeler « l'homme par excellence de la Bible ».

« Il me redemanda cet ouvrage I les Méditations] avant sa mort, dit l'abbé Le Dieu (2). 11 se l'est fait lire et relire plusieurs fois. Ce fut sa consolation et sa joie dans ses douleurs : il y trouva un avant-goùt des joies éternelles. »

Le De Excidio Babylonis fut composé par Bossuet du

(1) Bossuet et la Bible, p. 250.

[•2) Mémoires, p. iCJ.

6 novembre 1701 ou 2 février 1702 par manière de délassement, à Germigiiy, à Versailles et à Paris (1).

Cette année-là, Jacques-Christophe Iselin, en latin Iselius, avait soutenu à Bàle une thèse latine (2) pour combattre VExplication de F Apocalypse publiée par Bossuet en 1689 et appliquant la prophétie de saint Jean à Patmos à la chute de Rome et de l'empire d'Occident. Un professeur de l'Académie de Bàle, Samuel Verensfels, inspirateur de cette thèse, à la soutenance de laquelle il avait présidé , la fit parvenir à Bossuet, L'évéque de Meaux reprit, à douze ans d'intervalle, les idées qu'il avait émises sur VApocalypsf , et il les renouvela avec une fécondité de génie admirable. « S'il y a quelque surabondance dans les exphcations de l'auteur, c'est un heureux défaut, surtout en un sujet obscur comme l'Apocalypse, que l'excès de la méthode et de la clarté (3). »

Il faut donc remercier et féliciter Dom Deforis , qui , plus soucieux que l'évêque de Troyes (i) de la vraie gloire de Bossuet, a publié en 1772 le De Excidio Baby/o/u's.

Dans cet ouvrage, comme dans VExplication de t Apocalypse, l'évêque de Meaux ne marche qu'à la lumière des doctrines exposées par les P/V<«.s et les docteurs de l'Eglise. — Dans sa Préface , il s'élève contre « les auteurs de la nouvelle réforme qui, après les explications et les décrets de tant de saints Pères et de l'Église tout entière , n'attribuent que bien peu d'autorité à la révélation de saint Jean et ne reconnaissent pas sa divinité. Ecce , post lot sancfonan Patrurn fotius(/ue adeo Ecclesiae elucidationes ac décréta, novae reformât ioiiis aactores... qaam parinii tribuant re-

(1) Le Dieu, Journal, t. IV, j). i">.

(2) Disserlatio philolotjica-theolor/ica in sententiam Jacohi Benigni Bossuet i Condomotsis olim, nunc Meldensis episcopi, viri clarissimi , de Babylone. hestiù lie merilrice Apocalijpsis, quam, fnvente Dec, praoside viro venerando atque erudilionis et ingenii gloria rrlc/ierrimo D. Samuelc Verras felsio, sacrae theologiae doclore locoruni commiiniiiin cl ((iiitroversiaruin inofcssore , in die -l't junii anni 1701, doctorum disriuisitioni siilijicit Jacolnis Cliristoplionis Isclius.

f't) P. de la Broise, Dussucl et la Uihlc. p. -iSC.

{'•) Il avait bien vu le nianiiserit paiini les papiers laissés enlre ses mains : mais l'écriture lui en avait paru ilillicile à lire et il n'avait pas voulu se donner la peine de déchiffrer une dissertation latine, intéressante seulement, pensait-il, pour les érudits.

velationi Joa/inis ^' nrr rj/zs <livinitatem agnoscant ». — Dans ]a Première (létnonstralion , qui a pour objet d'établir « que la Babylone de saint Jean ne porte aucun caractère de l'Église Romaine ou de n'importe quelle Église chrétienne », Bossuet cite V Apologie de TertulUen et la Préparation Évangêlique à'Eusèbe. — Dans le premier des quatre Appendices qui suivent cette Démons/ rai ion (1), il invoque, à propos du culte des saints dans l'Église , le témoignage de saint Ambroise, de Théodoret, « le plus éminent peutêtre de tous les théologiens de son temps, unus omnium sut aevi theologus vel praestantissiinns » , de saint Jérôme dans son écrit contre Vigilance et il ajoute : « Qiiis autem hos Patres , quis eis assentientes Gregorin/n Nazianzennm, Basiliiwi Magnum, Augusfinum , alios Ecclesiarum in Oriente juxta ac Occidente praesides , idololatras appellavit? Nempe Julianus im/)iu.s, Eunapius sophista Graecus, Eunomius haereticus , de nique Manichaeus. Qui donc a appelé idolâtres ces Pères et ceux qui sont du même avis, Grégoire de Nazianze, Basile le Grand, Augustin, les autres évêques des Églises d'Orient et d'Occident? C'est Julien, un impie, Eunape, un sophiste grec, Eunome, un hérétique, enfin Manès. » Dans les premiers siècles de l'Église, ce mot de saint Athanase était en honneur : « Nous, fidèles, nous n'adorons pas du tout les images des saints, comme les païens leurs dieux : loin de nous une telle pensée! Nous manifestons seulement les sentiments et l'amour de notre àme envers une image. » — Dans le second Appendice , saint Prosper, saint Cyprien, un grand nombre de Papes et de Conciles sont cités pour établir que « saint Jean chante seulement les martyrs qui ont souffert avec lui-même sous l'empire romain et combattu les idoles anciennes et connues (2) ». — Le troisième (3) et le qua-

(1) Quod idololatria Uomanae urbi a Joanne imputata non sit, aut esse possit aliud quam idololatria niere et proprie dicta antiquae urbis Romae, ((uae ejusdem apostoli tempore vigebat, ac deorum eo tenipore notissiinorum cultus; non auteni cultus sanctorum, aut aliud quodquam quod Christianismum sapiat.

(2) Quod sanctus Joaunes eos tiintum canat martyres, (jui sub iniperio Romano cum ipso Joanne passi sint, et adversus vetera ac nota idola decertarint.

(3) De Ronia idolis inhaerente sub piis quoquc principibus.

ti'ième (1) Arcrtissrments, qui précèdent la seconde et la troisième l>('))i()ns/ration , sont remplis de textes de Zozime, de Sozomène, du prêtre Orosc, de saint Augustin et de Salrif'tt. Pour prouver que la Babylone de saint Jean, la Rome païeune, a été vraiment brûlée et détruite par Alaric, Bossuet cite, « comme premier témoin », saint Augustin et ses Sermons: « comme second témoin », saint Jérôme, ses Lettres à Démétriade, à Agéruchia, à Gaudentius, etc.; comme « troisième et quatrième témoins » , Socrate et 3Iarcellin; « comme cinquième témoin », le prêtre Orose, dont il donne de larges extraits. — Ce sont les mêmes auteurs qu'il invoque à l'appui de sa seconde Démonstration, où il établit « que la Babylone de saint Jean porte le caractère de la ville de Rome, mais de la Rome antique, qu'on voyait au temps de saint Jean , qui commandait aux nations, persécutait les saints, tenait aux fausses divinités, et avait été pour cela même détruite avec son empire si cruel et si superbe ». La Cité de Dieu de saint Augustin et V Histoire unircrselle du prêtre Orose fournissent à Bossuet les éléments nécessaires pour établir les quatre caractères des dix rois signalés dans Y Apocabjpse et qui ne seraient autres que les chefs des Barbares , (t Visigoths , Ostrogoths , Vandales, Huns, Hérules, Lombards, Burgondes, Francs, Suèves et Alains ». Saint Jérôme nommait « les Quades, les Vandales, les Sarmates, les Alains, les Gépides, les Hérules, les Saxons, les Burgondes, les Alamans, les Pannoniens ». On peut appliquer aux uns et autres ces caractères : 1° ils « n'auront pas de royaume » , puisqu'ils ont parcouru l'Empire entier dans leurs courses vagabondes; 2" ils « livreront à la bête leur force et leur puissance » , puisqu'ils ont tous servi Rome comme alliés , avant d'être ses vainqueurs; 3** « ils combattront contre l'Agneau, mais l'Agneau les vaincra », puisque de païens ils sont devenus enfants du Christ et de l'Église; V « ils recevi'ont de la bote la puissance comme rois, pendant une

(1J Uualo luluruiu csset oxcidiuin uibis et quaiulo coinbusta sit.

heure » , puisque Rome leur avait accordé à tous des provinces à ses frontières. — Dans la troisième Démonstration , où Bossuet prouve que « son interprétation s'adapte et s'harmonise avec le texte et les événements historiques, de manière à être à l'abri de toutes les objections de l'auteur » en question, Verensfels, on voit d'abord saint Irénéc , « disciple de saint Polycarpe, disciple lui-même de saint .(ean », Clément d' Alexandrie, Tertidlien, Eus<)be, saint .A^rome, saint Épiphane, cités à propos de l'époque à laquelle a été écrite V Apocalypse : la fm du règne de Domitien. C'est ensuite saint Epiphane , Théodoret, saint Athanase , Clément d'Alexandrie surtout, que Bossuet invoque pour expliquer dans Y Apocalijpse les sept sons de la trompette , les étoiles tombant du ciel, les sauterelles et la fumée du puits de l'abime. Le traité de Lactance, De la mort des persécuteurs, sert à l'évêque de Meaux pour rendre compte des six visions qui concernent la vengeance des nations et la persécution de Dioclétien. « Écoutons, dit-il, Lactance, qui connaît ces choses intimement, en homme nourri dans le palais de Grispus César, et compagnon de jeunesse de ce fils de Constantin le Grand : Andiamus Lactantium , qui haec intime novit y nutritus in palatio et admotus Jiwentuti Crispi Caesaris, Constantini Magni filii. » Bossuet ne néglige pas les autres Pères et, à propos de la persécution de Julien, il dit : « Tous les historiens sont d'accord pour affirmer avec les Pères^ Grégoire de Nazianze, Sozomène, Théodore/ , Orose , que cet empereur avait voué aux dieux le sang des Chrétiens, s'il était revenu vainqueur de sa guerre contre les Perses (1) ». Enfin, à propos du règne de Jésus-Christ avec les âmes bienheureuses (2), Bossuet s'écrie : « En faveur de cet événement si beau , nous avons invoqué des témoins qui ne sont pas des hommes vulgaires et obscurs, mais tout ce qiiil y a de très saints Pères, Basile,

(1) « Itaque consentiunt omnes historici et Patres. Gregorius Nazia. orat. 3 et 4 Sozomenus, Tlieodoretus, Orosius, devotum al) ipso Cliristianorum sanguinem, si voti compos ex Persico bello rediisset ». Demonstratio IIl', art. W.

(2) Même Démonstration, art. XXXV.

les (leur Grégoire, A7nbroise, Chrysostome , Jérôme, Augustin f't les autres, sans aucune exception, qui ont été les plus célèbres au quatrième, au cinquième siècle et dans les siècles suivants, et qui sont les plus recommandables par leur piété et leur doctrine. Hujus auteni pulcherrimi éventas testes adhihai?nas, )ion vulgares , non obscaros hommes, sed quotquot exstiterunt sanctissimos Patres , Basilium, Gregorios, Ambrosiu)n , Chrysostomum , Hierony- 7num, Augustinum , et reliquos, exceptione nulla, quarto, quinto et secutis saeculis memoratissimos , pietateque et doctrina commendatissimos. » Fort de l'autorité de ces grands hommes, dans le commerce desquels il fait ses délices , Bossuet confond les protestants , Grotius , Iselius , Verensfels, et il termine sa dissertation De excidio Babylonis par le cri que saint Augustin rapporte comme s'échappant de la bouche des chrétiens de son temps, en présence des merveilles dont ils étaient les témoins : « Gloire au Christ! Louanges au Christ! Gloria Christoî Christo laudesl »

La dernière œuvre exégétique de Bossuet, c'est V Explication de la prophétie d'Isaïc sur F enfantement de la sainte Vierge et du Psaume XXI : « dictée de son lit (1) », (décembre 1703-janvier 1704), dans l'intervalle des souffrances que lui causait la maladie de la pierre, dont il devait mourir (2), elle fut publiée le 25 mars ITOi.

Il faut laisser à Bossuet lui-même le soin de nous dire avec une admirable simplicité comment sortit de son cœur, autant que de son génie , cette œuvre qui est comme le testament de sa science et de sa piété : « Pendant que je m'occupais à découvrir les erreurs des critiques judaïsants, dit-il (3), je sentais mon esprit ému en soi-même, en voyant des Chrétiens, et des Chrétiens savants, qui semblaient même zélés pour la religion, au lieu de travailler, comme ils le devaient, à l'édification de la foi , employer toute leur subtilité à éluder les prophéties sur lesquelles elle est ap-

(1) Le Dieu, Mémoires, t. I. p. -213.

(-2) Les premiers symptômes du mal apparurenl vers la fin de 1701.

(3) Averlisscmenl de VExpUcation de la prophétie d'Isaie.

puyée; et, plus dangereux que les rabbins, leur fournir des armes pour combattre les apôtres et Jésus-Christ même. Les Sociniens avaient ouvert cette dispute, et la licence augmentait tous les jours. Il me paraissait qu'une courte interprétation de quelques anciennes prophéties pouvait être un remède aussi abrégé qu'efficace contre un si grand mal; et alors il arriva qu'un de mes amis m'ayant proposé ses difficultés sur la prédiction d'Isaïe, où l'enfantement d'une vierge était expliqué, j'avais tâché d'y répondre avec toute la netteté et toute la précision possible, et néanmoins en faisant sentir la force des preuves de la mission de Jésus- Christ et un caractère certain de sa divinité.

« En même temps , je me souvenais d'avoir prêché , il y a deux ans, une Explication (Jti Psaume XXI, où j'avais démontré d'une manière sensible à toute àme fidèle, la passion, le crucifiement, la résurrection de notre Sauveur et sa gloire , qui devait paraître dans la conversion des gentils.

(( Je me sentais aussi sollicité, durant une convalescence qui ne me permettait pas tout à fait l'usage de mes réilexions, d'entretenir mon esprit de saintes pensées, capables de le soutenir, et c'est ce qui a produit ces petits écrits .

<( Dieu ayant mis dans le cœur de plusieurs personnes pieuses d'en demander des copies, on a eu plus tôt fait de les imprimer, et les voilà tels qu'ils sont sortis d'une étude qui n'a rien eu de pénible. Qui sait si Dieu ne voudra pas se servir de cet exemple pour exciter des mains plus habiles à donner de pareils ouvrages à l'édification publicjue, et apprendre aux Chrétiens, non pas à disputer contre les Juifs, ce qui ne produit que de sèches altercations, mais à poser solidement les principes de la foi? »

Il faut toute l'édifiante modestie d'un Bossuet pour faire ainsi appel à « des mains plus habiles » que les siennes : la postérité les attend encore, et quoique « la tentation », que l'évêque de Meaux avec son coup d'œil d'aigle prévoyait comme « venant peut-être dans la suite à s'élever par le

DO^SUET ET I.F.S SUNTS PÈnES. 17

discours des libertins, aussi remplis d'ignorance que d'inconsidération (1) », n'ait pas manqué de se produire, il n'y a pas eu d'autre Bossuet pour la « prévenir heureusement par une doctrine établie sur la pierre, qui empêche non seulement les orages et les tempêtes , mais encore qui déracine jusqu'aux moindres doutes », de telle sorte « que nous marchions, d'un pas ferme, comme ont fait nos pères, sur le fondement des apôtres et des prophètes (2) ».

C'est par trois lettres que Bossuet répond aux difficultés élevées par Grotius à propos de la prophétie d'Isaïe : Eccc Virgo concipiet et pariet Filiuin , et vocabitur )uji)irn rjits Emmanuel (3). Ces difficultés se ramènent à ceci : « Selon la prophétie, le Messie doit naître d'une Vierge. Les Juifs voient Jésus-Christ, fils d'une femme mariée, sans avoir aucun moyen de juger quelle est vierge. Le Messie doit s'appeler Emmanuel : Jésus-Christ a un autre nom. Donc, les autres Juifs ont eu raison de croire, aux termes de cette prophétie, que Jésus-'Christ, fils de Marie, femme de Joseph, n'était pas le Messie ». — Bossuet répond que la prophétie d'Isaïe n'avait aucun besoin d'être connue par les Juifs comme réalisée : « Les preuves indicatives de la venue du Messie devaient être distribuées de manière qu'elles fussent connues chacune en leur temps. Celle-ci a été révélée quand et à qui il a fallu : la sainte Vierge l'a sue d'abord; quelque temps après saint Joseph, son mari, Fa apprise du ciel, et l'a crue, lui qui y avait le plus d'intérêt; saint Matthieu la rapporte comme une vérité déjà révélée à toute l'Église (4). » Bossuet montre par analogie que « c'était une marque pour connaître le Christ qu'il devait convertir les gentils », et cependant il défendait à ses apôtres « d'entrer dans la voie des gentils » ; la plupart des prophéties n'étaient pas connues durant sa vie; celle de l'enfantement virginal est de ce nombre; plusieurs de ses disciples l'ont ignorée et il ne

(i) Averlissement de VExplicntion de la p7-ophvtic d'Isaïe, clc.

(2) yU'me Avertissement.

(3) VII, \'t.

(4) Première Lettre.

s'est pas pressé de les instruire sur ce point non plus que sur beaucoup d'autres; il était du conseil de Dieu que le mystère de l'Incarnation s'accomplit sous le voile du mariage (1). '.( Il me resterait à vous avertir, conclut Bossuet, qu'il serait facile de rous jwourfr jtar les Pères, et surtout par saint Clu'ijsostonfe, principalement dans ses Homt-lies <Jf' l'obscurité des prophéties , et par saint Jérôme en divers endroits, la doctrine avancée dans cette lettre : mais je ne crois pas ce travail nécessaire , puisque la chose est si constante par les Écritures. »

Voilà bien, pris sur le fait, les sentiments intimes de Bossuet : l'Écriture, d'abord, la Tradition et les Pères ensuite pour expliquer l'Écriture, dans les cas où elle ne peut pas s'éclairer par elle-même , comme le Psaume XXI sur la Passion et le délaissement de Notre-Seigneur (2) s'éclaire par les Évangiles. « Dieu a voulu composer exprès d'obscurité et de lumière (le tissu des Écritures) , afin , comme dit saint Augustin, de rassasier notre intelligence par la lumière manifeste et de mettre notre foi à l'épreuve par les endroits obscurs. En un mot, il a voulu qu'on ait pu faire à l'ÉgHse de mauvais procès; mais il a voulu aussi que les humbles enfants de l'Église y pussent assez aisément trouver les principes pour les décider; et s'il reste, comme il en reste beaucoup, des endroits impénétrables, ou à quelquesuns de nous, ou à nous tous dans cette vie, le même saint Augustin nous console, en nous disant que, soit dans les lieux obscurs , soit dans les lieux clairs , l'Écriture contient toujours les mêmes vérités, qu'on est bien aise d'avoir à chercher, pour les mieux goûter quand on les trouve; et où , si l'on ne trouve rien , on demeure aussi content de son ignorance que de son savoir, puisqu'après tout il est aussi beau de vouloir bien ignorer ce que Dieu nous cache que d'entendre et de contempler ce qu'il nous découvre (3) ».

(1) Sommaire de la Deuxième Lettre.

(-2) Bossuet n'y cite qu'en passant les saints Pures, §11.

(3) Fin de la Troisième Lettre.

Quel admirable exégète, et comme on est ravi de voir tant d'humilité s'allier à tant de génie dans le grand évêque , que La Bruyère , « parlant d'avance le langage de la postérité », appelait « un Père de l'Église (1)! «

(1) Discours de réception à l'Académie, 1603,

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