XI.VII
(4) 1"' Anert.. XI.VIII.
Claude et Jurieii, selon la doctrine des Quakers. Tout le parti protestant exclu du titre d'Eglise par Jurieu , parurent en novembre et décembre 1680. Ils ne sont que le développement de ces paroles de Bossuet : « Vous avez vu, mes chers Frères, selon ma promesse, dans un premier Avertissement , le christianisme flétri et le socinianisme autorisé par votre ministre. Vous avez été étonnés de ce qu'il a dit en faveur d'une secte qui se vante d'avoir porté la Réforme à perfection , en niant la divinité du Fils de Dieu et en affaiblissant tout le christianisme. Mais cessez de vous arrêter à tant de choses étrang^ess, que vous avez vu qu'il a avancées sur le sujet des sociniens : il en a dit de plus essentielles contre lui-même et contre toute la Réforme, puisqu'il l'a chargée d'erreurs capitales , et dans son commencement et dans son progrès. » — Voilà l'objet du Deuxième Avertissement — (( Il en a dit encore Aq plus importantes en faveur de VEglise catholique , puisqu'il a dit qu'on peut se sauver dans sa communion. » — C'est le sujet principal du Troisième Avertissetuent.
Il est évident que les Pères n'étaient plus en cause , quand il s'agissait d'établir, d'après Luther dans son livre De Servo Arbitrio et d'après Mélanchton dans ses ouvrages, que « Dieu fait les hommes damnables nécessairement par sa volonté, et que l'adultère de David et la trahison de Judas ne sont pas moins l'œuvre de Dieu que la conversion de saint Paul ». Jurieu a beau se récrier, dire qu'il n'est jamais convenu que Luther et Mélanchton eussent professé une pareille doctrine, et citer Bossuet au tribunal de Dieu comme un insigne calomniateur. Bossuet montre au ministre (1) qu'il avait entièrement oublié un écrit adressé par luimême, quelques années auparavant, au ministre luthérien Sculter et où il avoue tout ce dont il se défend maintenant, « que, d'après Luther et Mélanchton, Dieu préordonne aux péchés, que Dieu pousse aux péchés, qu'il est en quelque sorte cause du péché ».
(1) '!<' Avert., II-VHI.
« M. de Meaux, disait Jurieu (1 ), devrait bien nous apprendre comment la prédétermination physique des thomistes subsiste avec l'indifférence de la volonté. Il devrait nous faire comprendre comment la grâce efficace par elle-même, que lui-même défend, n'apporte à la volonté aucune nécessité. » — L'objection était spécieuse; mais Bossuet n'a garde de confondre avec les vérités de foi une opinion Jibre comme celle de mint TJiomas sur la conciliation du libre arbitre et du concours divin. « Il voudrait, répond-il à Jurieu (2), que je lui apprisse comment s'accorde le libre arbitre, ou le pouvoir de faire ou de ne pas faire, avec la grâce efficace et les décrets éternels. Faible théolog-ien, qui fait semblant de ne pas savoir combien de vérités il nous faut croire, quoique nous ne sachions pas toujours le moyen de les concilier ensemble. Que dirait-il à un socinien qui lui... demanderait (ï expliqiun- comment l'unité de Dieu s'accorde avec la Trinité?. . . Que sert d'alléguer ici la grâce efficace et les thomistes? Ces docteurs, comme les autres catholicjues, sont d'accord à ne point mettre dans le choix de l'homme une inévitable nécessité, mais une liberté entière de faire et ne faire pas. »
Gomment ne pas admirer la charité sereine avec laquelle Bossuet conclut : « Souvenez-vous maintenant, mes Frères, des outrageantes paroles dont a usé M. Jurieu, en m'appelant déclamateur, calomniateur, homme sans honneur et sans foi, devant Dieu et devant son juste jugement. Vous voyez qu'il avait tort , et il employait cependant pour vous tromper, non seulement les expressions et les injures les plus atroces, mais encore ce qu'il y a de plus saint et de plus terrible parmi les hommes. Pour toute réparation de tous ces excès, je vous demande seulement, mes Frères, de le bien connaître et de ne plus vous laisser émouvoir à ses clameurs, lorsqu'il se plaint qu'on le calomnie (3). »
Jurieu objectait encore que les molinistes étaient des