IX
(.3) 2' Averl., xn.
demi-pélagiens, et que l'Ég-lise romaine « tolère un pélagianisme tout pur et tout cru ». — Bossuet, sans partager l'opinion des molinistes, les défend contre Jurieu. « S'il avait seulement ouvert leurs livres, dit-il, il aurait appris qu'ils reconnaissent pour tous les élus une préférence gratuite de la divine miséricorde, une grâce toujours prévenante, toujours nécessaire pour toutes les œuvres de piété; et dans tous ceux qui les pratiquent une conduite spéciale qui les y conduit. C'est ce qu'on ne trouvera jamais dans les semi-pélagiens... Saint Augustiti est aussi du nombre des pélagiens, ajoute Bossuet ironiquement, puisqu'il répète si souvent, même contre ces hérétiques, que la grâce vient de Dieu, mais qu'il appartient à la volonté d'y consentir ou de n'y consentir pas [i], »
« Personne, je l'oserai dire, lit-on au début du Troisième Avertissement, n'a jamais plus indignement calomnié l'Eglise romaine que le ministre Jurieu ; et néanmoins on va le voir forcé à la reconnaître pour la cité de Dieu, puisqu'il l'avoue pour vraie Église qui porte ses élus dans son sein et dans laquelle on se sauve. Il nie de l'avoir dit et peutêtre voudrait-il bien ne l'avoir pas fait. Mais nous allons vous montrer, et cela ne nous sera point fort difficile , premièrement, qu'il l'a dit; secondement, qu'il faut qu'il le dise encore une fois, et qu'il justifie l'Eglise romaine de toutes les calomnies qu'il lui fait lui-même , à moins de renverser en même temps tous les principes qu'il pose et, en un mot , tout son système de l'Église. »
Voilà ce que Tévêque de Meaux établit avec une lumineuse éloquence. Il venge l'Église romaine de l'accusation d'idolâtrie, formulée par Jurieu, qui prétendait que, par le culte des saints, inconnu cent ans avant saint Léon, l'idolâtrie régnait dans le siècle de saint Basile, de saint Ambroise , de saint Chrysostome, de saint Jérôme , de saint Grégoire de Nazianze , de saint Augustin, qui honoraient les saints et leurs reliques. « Cette superstition, dit Bossuet, était-ce une
(1) De Spiritu et litl., c. xxxiii, n. 57 et ."i8.
idolâtrie, ou n'en était-ce pas une? Si c'en était une, ils sont damnés; et si ce n'en était pas une, nous sommes absous Quelle erreur de vouloir excuser les Pères et les
chrétiens des quatrième et cinquième siècles , sous prétexte qu'ils n'idolâtraient qu'en particulier, que l'idolâtrie n'était pas publique, pendant qu'on nous avoue quelle était i'rgiuml'', pendant qu'on la reconnaît dans les sermons de ces Pères, qui sans doute étaient publics?... « Qu'on mette, disait ^dimi Ambroi.'ie , ces triomphantes victimes (les martyrs et leurs reliques) dans le lieu où Jésus-Christ est l'hostie. » — « Les fidèles, dit saint Jérôme , regardent les tombeaux des saints martyrs comme les autels de Jésus-Christ. » — « Nous honorons leurs reliques, dit saint Angtfstin , ^usqu'à les placer sur la sublimité du divin autel. » — « Qu'on ne dise pas que ces Pères n'employaient point envers Dieu les mérites des saints; car, au contraire, on convient que c'est par là qu'on commença... Qu'on ne dise pas que du moins F Église n'avait pas été avertie de la prétendue erreur de ce culte; car elle l'avait été par Vigilance, que saint Jérôme mit en poudre dès sa naissance (1). »
L'Église romaine n'est pas plus antichrétienne qu'elle n'est idolâtre , et il ne faut point voir en elle la Babylone de V Apocab/pse ; car d'abord Luthériens et Zwingliens mettaient au nombre des saints les plus zélés défenseurs de l'Église et de la croyance romaine : xxnsdiini Bernard , un saint Bonaventure , un saint Franrois; et puis Luther reconnaissait en termes magnifiques le salut et la sainteté dans cette Église (2i; enfin, tous ceux qui cherchent la vérité reconnaîtront les avantages plus éclatants que le soleil de l'Église catholique romaine au-dessus de toutes les autres sociétés qui s'attribuent le titre d'Église (3). « Il faudrait y revenir pour assurer son salut, comme à celle à qui ses ennemis mêmes rendent témoignage, puisque les ministres, qui l'attaquent avec tant de haine, qui osent même donner
(1) :r Avcrt., IX.
(3) ;»'■ Ai'i;rt., XVI.
(3) xvn.
la préférence sur elle à une Eglise arienne , sont forcés par la vérité à la reconnaître ; qu'ils sont encore obligés à reconnaître dans certains points l'autorité infaillible de l'Église universelle et les promesses sur lesquelles elle est fondée (1). » Le Quatrirmc ArertisseuiPitt , La Saint été rf la concorda (lu mariage (lirétien violées; , parut en 1690. C'est le plus court de tous, et on y trouve condensée en quelques pages admirables la doctrine de l'Église sur l'unité et l'indissolubilité (2) du mariage chrétien, en réponse à Jurieu qui avait osé entreprendre l'apologie de Luther et de Mélanchton, autorisant , dans une consultation célèbre , le landgrave de Hesse à garder deux femmes à la fois comme épouses légitimes : Bossuet avait rapporté le fait dans le VP livre de Y Histoire des Variations , et les preuves authentiques étaient connues de toute l'Europe.
Le Cinquième Avprtissemfint , \q Fondement des empires renversé par ce ministre, 1C90, est un magnifique traité de politique toute moderne, où sont proposées aux méditations des philosophes et des hommes d'État les questions de l'autorité des rois, de la souveraineté du peuple, et les maximes éternelles que l'expérience des siècles a consacrées pour le repos du corps social.
Aux maximes séditieuses qu'a établies Jurieu et qui « tendent à la subversion de tous les empires et à la dégradation de toutes les puissances établies de Dieu », Bossuet oppose l'esprit de l'Église, tourmentée et persécutée jusqu'aux dernières extrémités durant trois cents ans : « C'est un miracle visible qu'on ne voie, durant tous ces temps, ni sédition, ni révolte, ni aigreur, ni murmure parmi les Chrétiens. » « Plus il y aura de chrétiens, disaient-ils (avec Tertullien) (3) à leurs persécuteurs, plus il y aura de gens
(1) xxxni.
(!2) Bossuet ne traite pas ex professa la question du divorce. Il dit seulement que c'est une règle inviolable de ne point permettre les secondes noces à l'une des parties qu'après que les preuves de la mort de l'autre sont constantes. On n'a point ègnrd auv captivités ni aux absences les plus longues : « L'Église parle toujours pour l'absent et ne permet pas qu'on l'oublie ni qu'on mette au rang des morts celui pour qui le soleil se lève encore ».
(3) ApoL, c. xxxvi et seq.
4iO liOSSUET ET LES SAINTS PÈRES.
de qui jamais vous n'aurez rien à craindre. » Il n'y a donc rien de plus opposé à l'ancien christianisme que ce christianisme réformé qui fait un point de religion de la révolte , tandis que l'autre en a fait un de l'ohéissance et de la fidélité (1). )>
« La Réforme n'est pas chrétienne , parce qu'elle n'a pas été fidèle à ses princes et à sa patrie » , voilà la thèse que Bossuet veut établir.
11 montre d'abord que la « maxime de M. Jurieu, qu'on peut faire la guerre à son prince et à sa patrie pour défendre sa religion », est née dans l'hérésie, comme on le voit par l'histoire (2) des manichéens, des donatistes. des fureurs de leurs circoucellions rapportées en tant de passages de saint Augustin, des albigeois, des vicléfites, des hussites, des taborites, des luthériens et des calvinistes. La Réforme est convaincue par des preuves authentiques, irrécusables (3). puisées dans les registres des villes, « d'avoir entrepris par maximes et comme par précepte divin les guerres qu'elle semblait détester au commencement ».
Bossuet discute ensuite la réponse qu'oppose M. Jurieu à l'exemple de l'ancienne Église, où « la soumission des premiers chrétiens, dit-il, n'était que de conseil, et en tout cas un précepte accommodé à un certain temps (i) ». « Il n'y a personne qui ne soit touché , quand on voit les martyrs dans leur passion, entre les mains et sous les coups des persécuteurs, les conjurer « par le salut et la vie de l'Empereur », comme par une chose sainte, de contenter le désir qu'ils avaient de souffrir pour Jésus-Christ. » Saint Jules se fait gloire d'avoir bien servi les empereurs à la guerre; cent autres en ont fait autant. Terliillieu, dont on aurait le plus à craindre des maximes outrées, n'hésite point à dire au sénat et aux magistrats de Rome, au nom de tous les chrétiens : « Nous sommes comme tous les autres citoyens
(1) :;» A)'erl.. I.
(3) Kpiiil. III ail Virlorian.