M) XVII
('») T/icof/., III. Ki.
l'Église, VOUS ne vous rendiez coupable d'un grand crime. Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ; ainsi ni Tempire ne nous appartient, ni l'encensoir, ni les choses sacrées ne sont à vous ( 1 j. » Saint Athanase n'avait point d'autre sentiment, lorsqu'il protestait au même empereur de lui être toujours obéissant et lui déclarait que lui et les catholiques dans toutes leurs assemblées lui souhaitaient une longue vie et un règne heureux. Tous les évèques lui faisaient de pareilles déclarations et même dans les conseils. Ce courageux confesseur de Jésus-Christ, saint Lucifrr de Cagliari , adressa à cet empereur un livre dont le titre était : Quil ne faut point épargne)' ceux qui offensent Dieu en reniant son fils; toutefois, il y établit comme un principe constant « qu'on demeure toujours débiteur envers les puissances souveraines, selon le précepte de l'Apôtre »; de sorte qu'il n'y a rien à faire contre l'empereur que « de mépriser les ordres impies qu'il donne contre Jésus-Christ, et tout au plus lui dénoncer librement qu'il est anathème (2) ». Saint Athanase , accusé d'avoir aigri contre Constance l'esprit de ses frères, s'en défend comme d'un crime , en faisant voir à Constance , dont il était sujet, qu'il ne lui avait jamais manqué de fidélité. Saint Basile rendit à Modeste, que l'empereur lui envoyait, toutes sortes de devoirs (3). Eusèbe de Samosale , craignant quelque émotion populaire contre celui qui lui portait l'ordre de se retirer, l'avertit de prendre garde à lui et lui récita ce précepte apostolique « qu'il faut obéir aux rois et aux magistrats (4) ». Saint Ambroise était le plus fort dans Milan, lorsque l'impératrice Justine, arienne, y fit faire tant de violences en faveur des hérétiques; mais il n'en fut pas moins soumis, ni n'en retint pas moins tout le peuple dans le respect, disant toujours : « Je ne puis pas obéir à des ordres impies, mais je ne dois point combattre; toute ma
(1) Apiid Athanas.. Histor. Arian.. n. 4't. (•2) Athan. Epis t. de Syn.
(3) Greg. Naz. Oral. -20.
(4) Ibidem.
force est dans mes prières, etc (1). » Et quand le peuple disait : « 0 César, nous ne combattons pas , mais nous vous prions », saint Ambroise s'écriait : « Voilà parler, voilà agir comme il convient à des chrétiens. » Sous l'impitoyable persécution des Genséric et des Hunéric , ariens , les catholiques résistèrent, dit saint Gélasp, mais ce fut « en endurant avec patience les dernières extrémités (2) », Saint Fulqence , l'honneur de l'Afrique comme de toute l'ÉgHse d'alors, écrivait à un de ces rois hérétiques (3) : « Quand nous vous parlons librement de notre foi, nous ne devons pas pour cela vous être suspects ou de rébellion ou d'irrévérence , puisque nous nous souvenons toujours de la dignité royale et des préceptes des Apôtres qui nous ordonnent d'obéir au roi. »
« Ainsi, conclut Bossuet. fort de l'autorité des Pères des cinq premiers siècles de l'Eglise, ainsi l'opposition entre les premiers chrétiens et nos chrétiens réformés est infinie. »
Mais Jurieu a produit des exemples « en faveur des guerres civiles de religion », et d'abord celui de Jésus-Christ même disant à ses Apôtres , le soir de la Cène : « Prenez vos épées. » — Bossuet répond que le Sauveur, en déclarant aux Juifs « qu'il était tous les jours au milieu d'eux et qu'ils ne l'avaient pas arrêté » , leur en reconnaissait le droit et qu'il avait repris saint Pierre d'avoir frappé des soldats. Il faut donc conclure de ce passage, comme fait saint Chrijsoslonie, « qu'on doit souffrir les persécutions avec patience et douceur, et que c'est là ce que le Sauveur a voulu montrer (4) ».
Les autres exemples apportés par Jurieu et tirés des Machabécs et de David ne sont pas plus concluants que le premier. Il en est de même des raisonnements du ministre en faveur des guerres de religion : « Le droit de la propre conservation est un droit inaliénable », dit-il. Mais les chré-
(I) Oralio de Basil., episl. 3-2. nunc -21.
{'.i) Ad Trasim. lib. I, c. ii.
('*) lloviil. 83 in Joan.
tiens persécutés n'ont jamais songé à ce prétendu droit à l'insurrection. Antioche n'y pensait pas, lorsqu'elle fut menacée d'être ruinée par ïhéodose le Grand, dont elle avait renversé les statues. Saint Chrijsostome met cette raison dans la bouche de Flavien, qu'il n'était pas juste de punir toute une ville de l'attentat de quelques particuliers; mais il ne venait à la pensée de personne qu'il fût permis de défendre sa vie contre le prince; au contraire, on ne parlait à ce peuple que de révérer le magistrat. « C'est ce que saint Chri/sosto)ii(' inculquait sans cesse, et ce Démosthène chrétien fit sur ce sujet des homélies, dignes, par leur éloquence, de l'ancienne Grèce , et dignes, par leur piété, des temps apostoliques (1 ).
« J'ai achevé ma démonstration, dit Bossuet (2i, et la Réforme est convaincue d'avoir eu, dès son origine un esprit contraire à l'esprit du christianisme et à celui du martyre ; à quoi on peut ajouter les assassinats concertés visiblement par le parti , tel qu'a été celui de François , duc de Guise... Les Protestants ne peuvent se réclamer que des donatistes, dont la fureur, dit saint Aiir/ustin, longtemps déchargée contre les catholiques, se tourna enfin contre eux-mêmes. »
Bossuet traite alors (c de la souveraineté du peuple , principe de la politique de Jurieu »; il montre à « quelle profanation de l'Ecriture » le ministre s'est livré « pour l'établir ». Telle est pourtant la hauteur et la largeur de vues de l'évêque de Meaux que M. Lanson lui rend hommage en termes éloquents et montre qu'il n'y a pas « tant de quoi se scandaliser, quand on voit Bossuet nier la souveraineté absolue du peuple , c'est-à-dire le prétendu droit à l'insurrection, qui n'est qu'une pernicieuse utopie (3 ) » et la cause infaillible de la révolution en permanence, ou plutôt de l'anarchie. Il ne censure ni ne blâme aucune forme de gouvernement (Vj, et il est bien éloigné de croire que tous les
(1) 5'= Avert.. XXXI.