‹ Bossuet et les saints peres, d'apres des documents originaux et inéditsChapitre 28 sur 42 · VII · texte numérisé non relu

VII

(3) VIII et IX.

pas là blasphémer en termes formels contre le Père et le Fils, je ne sais plus ce que c'est. »

Bossuet met ensuite en lumière « l'erreur du ministre, qui ne veut voir la parfaite immutabilité de Dieu ni dans les Pèi'ps ni dans FÉcriture même... S'il avait lu posément le seul livre de Tcrtullicn contre Praxéas, il y aurait trouvé ces paroles sur la personne du Fils de Dieu : « Étant Dieu , il faut le croire immuable et incapable de recevoir une nouvelle forme , parce qu'il est éternel. »

L'auteur du LiiTe de la Trinité , qu'on croit être Nuratien , suit les idées de Tertullien et déclare comme lui que « tout ce qui change est mortel par cet endroit-là. » « Ce qui fait Dieu, dit encore Tertullien , c'est qu'il est toujours ce qu'il est. » Théophile (VAntioche procède de même : « Parce que Dieu est ingénérable, c'est-à-dire éternel, il est aussi inaltérable. » Athénagore dit aussi que « la Divinité est immortelle, incapable de mouvement et d'altération. » Les autres anciens ne parlent pas moins clairement; et si, occupé de toute autre chose que de l'amour de la vérité , le ministre ne veut pas se donner la peine de la chercher où elle est à toutes les pages, « BuUus (1) et son Sculter lui auraient montré dans tous les auteurs qu'il allègue, dans saint Hij)poh/te , dans saint Justin , dans Athénagore , dans saint Théophile d'Antioche et dans saint Clément (V Aie. r and rie , que non seulement le Père . mais encore nommément le Fils est inaltérable , immuable , impassible , incapable de nouveauté, sans commencenu'nt . <> Il ne veut pas que Tertullien, lorsqu'il dit avec tant de force que « Dieu ne change jamais, ni ne peut être autre chose que ce qu'il était, à cause qu'il est éternel », ait puisé cette belle idée de l'endroit où Dieu se nomme lui-même : Celui qui est . Il ne veut pas (2) que les anciens aient entendu la belle interprétation que le prophète Malachie a donnée de cette parole : Celui qui est , lorsqu'il fait encore dire à Dieu : .le suis le Sei-

(1) Uossuel l'appelle • le plus savant des prolestants » en matière de patrolo- Kie (VII).

(-2) Article II, XIV.

LES SAINTS PEUES ET BOSSUET POLEiVIISTE. 453

(jnpiir, le Jéhovah , celui qui est et ne change point. » Bossuet établit aussi (article m) « que le ministre détruit non seulement l'immutabilité , mais encore la spiritualité de Dieu ». Car il s'agit de savoir, non pas si nous tirons bien les conséquences de la doctrine des Pèrps , mais « si les Pères ont pu dire au sens littéral, comme veut M. Jurieu, que Dieu se dérelopput ei descendit sans en faire un corps (1). Ce n'est pas moi qui harcèle la théologie des anciens ; c'est lui qui la fait absurde et impie. » — Jurieu fait aussi « la Trinité véritablement informe en toutes façons » par un blasphème et une erreur, qu'il attribue aux Pères (article iv). L'inégalité que quelques Pères ont semblé mettre dans la faconde parler entre les personnes divines, à cause de leur origine et de leur ordre, est supportable en un sens, puisque le Père est et sera toujours le premier, le Fils toujours le second, et le Saint-Esprit toujours le troisième. Mais cet ordre immuable n'emporte point d'inégalité de perfection ni de culte, « comme le reconnaissent saint Clément dWlexandrie , saint Athanase et saint Augustin (2), parlant de l'autorité de principe, qui semble attribuer au Père quelque chose de plus grand , quoique le Père ne soit pas plus grand que sa sagesse, que sa raison, que son Verbe et son éternelle pensée. « Vous paraissez étonné de ce que saint Justin a dit que le Fils de Dieu est engendré par le conseil et la volonté de son Père : ne parlez point de Dieu , ou avant que de lui appliquer les termes vulgaires, dépouillez-le auparavant de toute imperfection » , comme les Pères ont eu soin d'entendre ces paroles : « Faisons Ihomme » , comme Tertullien, comme les anciens docteurs ont épuré le mot de ministre appliqué au Fils qui est par rapport auPère, ainsi que parle saint Clément d'Alexandrie, « sa volonté toute-puissante », son commandement, au même titre qu'il est sa parole. » Selon la remarque de saint Athanase, non seulement Dieu est un par l'unité de son essence, mais en-

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