‹ Bossuet et les saints peres, d'apres des documents originaux et inéditsChapitre 29 sur 42 · I) XXII · texte numérisé non relu

I) XXII

(i) Tract. -21 in Joan., n. I et scq.

core la distinction qui se trouve entre les personnes se rapporte à un seul principe qui est le Père, et même de ce côtélà se résout finalement à l'unité pure (xxxiv-xli). — Si M. Jurieu n'était point entêté des erreurs qu'il clierche dans les Ph-es, il verrait que ni Tertullien , ni saint Justin ne se sont égarés en comparant le Père et le Fils à deux flambeaux, au soleil et à ses rayons. « Tous Ips Pères sont uniformes sur la parfaite simplicité de l'Être divin, et Tertullien lui-même, qui, à parler franchement, corporalise trop les choses divines, ne laisse pas, en écrivant contre Hermogène, de convenir d'abord avec lui « que Dieu n'a point de parties et qu'il est indivisible. Il ne fallait donc pas imaginer dans la doctrine des Ph-es ce monstre d'inégalité, sous prétexte de ces expressions qu'ils ont bien su épurer et bien su dire avec tout cela que le Fils de Dieu était sorti parfait du parfait, éternel de l'élernel, Dieu de Dieu. C'est ce que disait saint Grégoire . appelé par excellence le faiseur de miracles; et saint Clément iV Alexandrie disait aussi qu'il était le Verbe , né parfait d'un Père parfait. » (XLV, XLVl.)

Bossuet parle ensuite il; des « prodiges d'égarement du ministre , qui veut trouver l'inégalité des personnes divines jusque dans le concile de Nicée » , sous prétexte qu'il y a dans ce concile des expressions tirées de Tertullien : « Le Fils est une lumière allumée à une lumière », ce qui veut dire inégalité. — S'il est vrai que le concile, en disant lumière de lumière , ait eu Tertullien en vue , bien éloigné d'avoir établi l'inégalité, il aura plutôt établi l'unité et l'égalité parfaite; car Tertullien ne prenait pas ces mots « dans leur dernière et plus basse grossièreté ». Donc, ou les Pères de Nicée ne songeaient point à Tertullien ; ou Tertullien ne prenait pas le terme de portion à la rigueur; ou saint Athanase (2), qui a tant aidé à composer le symbole de Nicée, ne savait pas qu'on y avait mis cette pensée de Tertullien

(I) li"- Avcrl.. Article M.

(-2) Hossuet cite son traité composé ex])r(!s pour expliquer le syinl)ole de Nicée, ol <iii le Porc est appelé t6 à[ji.£oè;, sans partie.

LKS SAINTS PERES ET BOSSUET POLEMISTE. 455

dans le dessein d'en faire un asile à l'erreur de l'inégalité. Saint Hilnire , son contemporain et un si docte interprète du symbole de Nicée, rejette aussi en termes formels avec horreur ce que les ariens imputaient au concile de Nicée, que « le Fils était une portion détachée du tout ». Eiisèbe de Crsaréf, qui était présent au concile, dans la lettre qu'il écrivit à son Ég-lise sur le mot de consubstantiel , raconte qu'en proposant les difficultés qu'il trouvait dans cette expression et dans celle de substance, on lui avait répondu que « sortir de la substance du Père ne signifiait autre chose que sortir de lui en telle sorte qu'on n'en soit pas une portion », si bien qu'en tout et partout ce fondement d'inégalité qu'on tire de Tortullien était banni du symbole ». D'ailleurs, « il ne parait pas que le concile ait songé (à Tertullien) plutôt qu'à saint Hippolijte, où Ton trouve la même expression, ou aux autres anciens docteurs et à la commune tradition », inspirée par le passage où saint Paul appelle le Fils « la splendeur et l'éclat de la gloire de son Père » : c'est à ce passage que ssini Athanase et les autres ont perpétuellement recours pour expliquer cette comparaison. Jurieu s'égarait encore en voulant trouver dans le concile de Nicée les deux prétendues nativités du Verbe (article VII). — C'est une découverte que personne jusqu'au ministre n'avait jamais faite, comme on peut le voir par ce que disent saint Athanase et saint Hilaire, répondant aux ariens : « Vouloir trouver un autre sens (que ces auteurs) dans les anathématismes du concile , c'est y vouloir trouver un sens que les Pères de ce temps-là et ceux mêmes qui y ont été présents, pour ne pas parler de la postérité, n'ont pas connu ». Les Pères de Nicée, disaient que le Verbe, étant tiré de la substance de son Père, était en tout et partout immuable et inaltérable comme lui. On trouve à toutes les pages de saint Athanasf la parfaite immutabilité de Dieu; il demandait aux ariens « quelles bornes ils voulaient donner à ses changements ». « C'est, continue ce Père, une impiété et un blasphème d'admettre dans le Fils de Dieu la moindre mutation, puisque la moindre, qui serait déjà

^5(j BOSSUET ET LES SAliMS PERES.

en elle-même im grand mal, aurait encore celui de lui en attirer d'infinies... Telle est la doctrine que ces grands personnages, saint Ah'.iandrf' (V Alexandrie et saint Athanasr, alors son diacre et depuis son successeur, portèrent au concile de Nicée. Saint Hilnire n'en dit pas moins qu'eux », et les Pères de ce saint concile ont eu, comme les autres, une idée parfaite de l'immutabilité, (LVIII).

Jurieu , convaincu d'avoir calomnié et fait arianiser, non seulement des docteurs particuliers, les saints Pères et l'Église des trois premiers siècles, mais encore un concile œcuménique, celui que les chrétiens ont toujours le plus révéré, le concile de Nicée, auquel « il fait établir trois naissances du Fils de Dieu, au lieu de deux qu'il confesse, l'une du Fils comme Dieu et l'autre comme homme » (article viii), .lurieu est encore pris en flagrant délit de « mauvaise foi dans les passages qu'il produit des docteurs des premiers siècles » (article x). — Il y a là une discussion aussi savante que claire et précise, où Bossuet reprend un à un les textes allégués par son adversaire, textes àWt/iénagorc, « philosophe athénien et l'auteur d'une des plus belles et des plus anciennes apologies de la religion chrétienne » (LXIX), textes de SRint Hippo/f/fe, textes de saint Ci/prien, de saint Clémenl d" Ale.vandrie, où il n'y a pas un seul trait de l'erreur que lui prête Jurieu; il « conclut sans crainte que le ministre n'entend pas les Pères qu'il a cités, et que c'est par un aveugle entêtement de trouver des variations qu'il les implique dans l'erreur. » ( LXIV-LXXVIII. i

Bossuet montre aussi (article xi^ que Jurieu « tombe manifestement dans l'extravagance », en abusant de comparaisons et de métaphores employées par les Pères pour expliquer la génération du Verbe, et dans lesquelles il ne faut pas voir « des expressions précises et littérales ». Ainsi, « tous les Pères ont entendu, après l'Écriture, que le Fils de Dieu était son Verbe, sa parole intérieure, son éternelle pensée, et sa raison subsistante, parce que verbe, parole et raison, c'est la même chose... TerhilUen dit (jue cette prononciation extérieure où Dieu profère ce qu'il pensait, en

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disant : Que la lumièrp soit faitp, et le reste, est la parfaite nativité du Verbe : le ministre conclut de là que le Verbe en toute rigueur est vraiment enfanté , que le Verbe change et acquiert sa perfection par cette seconde naissance;... qu'avant que Dieu eût parlé le Verbe était dans son sein , mais seulement comme conçu , au lieu que par sa parole, il a été vraiment engendré et mis au monde ». Voilà dans Tertullien tout le fondement de ces enveloppements tant vantés. . . Et parce que cet auteur a entassé comparaison sur comparaison, et métaphore sur métaphore, pour trouver parmi les anciens des variations plus que dans les termes, il faudra leur faire tout dire à la lettre et embrouiller toute leur théologie. » — Bossuet force Jurieu à convenir que le Verbe . ayant créé le ciel et la terre , d'après saint Jean , ne les a pas faits avant d'être lui-même, et que par conséquent il existait avant le Fiat lux. « Mais pourquoi, me dirat-on, ne voulez-vous pas que Tertullien ait pu penser des extravagances? Si c'était Tertullien tout seul, quoiqu'il n'y ait aucune apparence qu'il en ait pensé de si énormes, ce ne serait pas la peine de disputer pour ce seul auteur. Mais puisque vous ne voulez excepter de ces folles imaginations aucun auteur des trois premiers siècles, vous mettez en vérité trop d'insensés à la tête de l'Église chrétienne. » Jurieu, en effet, croit trouver les erreurs de Tertullien dans Lactance , saÀni H ipjjolty te , Théophile d'Antioche. « Mais at-il pris au pied de la lettre les expressions de ces Pères? Point du tout;... on le voit bien par l'absurdité excessive d'un sentiment qui ne peut jamais être tombé dans une tête sensée. Pourquoi donc ne pas ouvrir les yeux à de semblables absurdités qu'il attribue lui-même à ces Pères? » Pourquoi ne pas reconnaître, comme le fait Bullus, qu'ils ont parlé par figure? Pourquoi prêter une « folie consommée », non à trois ou quatre inconnus, mais à tous les Pères des trois premiers siècles? Pourquoi prendre toujours à la lettre Tt^rtallien , « le plus figuré, pour ne pas dire le plus outré de tous les auteurs? » Jurieu lui-même l'appelle « un esprit de feu . qui ne savait garder de mesure en rien

et qui outrait tout. » Il ne faut donc pas « vouloir trouver de la justesse dans une imagination qu'on suppose si échauffée... Tertullien se sera contredit, oublié : il n'y aurait pour cette fois qu'à « laisser là ce dur Africain , sans faire un crime à toute l'Eglise des obscurités de son style et des irrégularités de ses pensées ».

Comme ce serait là presque une exécution d'un Père auquel il doit tant, Bossuet ajoute aussitôt (1) : « Je ne parle pas en cette sorte de Tertullien , dans l'opinion de ceux qui s'imaginent avoir droit de le mépriser,, à cause que son style est forcé et qu'il s'abandonne souvent à sa vive et trop ardente imagination ; car il faut avoir perdu tout le goût de la vérité pour ne pas sentir dans la plus grande partie de ses ouvrages , au milieu de tous ses défauts , une force de raisonnement qui nous enlève, et sans sa triste sévérité, qui à la fin lui fit préférer les rêveries du faux prophète Montan à l'Église catholique, le christianisme n'aurait guère eu de lumière plus éclatante. Je ne l'abandonne donc pas en cet endroit, et je croirais, au contraire, pouvoir faire voir, s'il en était question, que tout ce qu'il a de dur dans son livre contre Hermogène, il ne le dit pas selon sa croyance, mais en poussant son adversaire selon ses propres principes. Maintenant il me suffit de démontrer l'injustice de notre ministre, qui ne cite de bonne foi aucun (h^s Ph-ps qu'il produit, et qui renverse lui-même le témoignage qu'il tire de Tertullien, en voulant le prendre à la lettre dans un endroit où il avoue qu'il est outré au-delà de toute mesure. » Ij's Pères ont très bien compris et exposé la génération éternelle du Verbe (XCVlj.

Mais voici « les fourberies, la friponnerie de l'évêque de Meaux » , au dire du bouillant Jurieu. Bossuet le renvoie au P. Petau et à Bullus tout ensemble, pour apprendre les vrais sentiments des Pères des trois premiers siècles : or, Bullus est le grand ennemi du P. Petau. Quelle épouvantable audace que de faire aller ensemble des auteurs si op-

(I (i' Avorl., \(;v.

posés! — Mais, répond Bossiiet, BuUus réfute le second tome des Do(jtnes théologiques du P. Petau, et je ne cite qu'une Préface postérieure, dont BuUus ne parle qu'une fois et en passant , et où le savant Jésuite « enseigne la vérité à pleine bouche », (G, CI, II) en montrant même dans Origène a la divinité de la Trinité adorable », dans saint Dmis d'Alexandrie « la coéternité et la consubstantialité du Fils », dans saint Grégoire Thaumaturge « un Père parfait d'un Fils parfait, un Saint-Esprit parfait, etc., tout le substantiel de la foi bien avant la dispute, avec moins de précaution dans le discours, comme disait saint Jérôme , mais demeurant le même jusque dans Tertullieii , dans Novatien, dans Arnobe, dans Lactance même et dans les auteurs les plus durs. »

Jurieu croyait avoir écrasé Bossuet en le mettant aux prises avec deux savants auteurs catholiques, le P. Petau et le célèbre Huet, et en lui disant que, « s'il avait traversé comme eux le pays de l'antiquité , il n'aurait pas fait des avances si téméraires, mais qu'il ne savait rien d'original dans l'histoire de l'ÉgUse, etc. » — L'évêque de Meaux répond avec une noblesse admirable à cette attaque du ministre : « Quelle preuve nous donne-t-il de leur grand savoir dans les ouvrages des Pères? J'en rougis pour lui; c'est qu'ils les ont faits ce qu'ils ne sont pas, de son aveu propre ; c'est-à-dire le P. Petau formellement arien, et M. Huet guère moins... Pour moi, je ne veux disputer du savoir ni avec les vivants ni avec les morts ; mais aussi c'est trop se moquer de ne les faire savants que par les fautes dont on les accuse et de ne prouver leurs voyages dans ces vastes pays de l'antiquité que parce qu'ils s'y sont souvent déroutés. Je lui ai montré le contraire du P. Petau par sa savante Préface (1). Pour ce qui regarde M. Huet, avec lequel il veut me commettre , il se trompe. Je l'ai vu dès sa première jeunesse prendre rang parmi les savants hommes de son siècle, et depuis, j'ai eu les moyens de me confirmer dans

(I) l,e P. Petau y dit que « les anciens Pères conviennent avec nous, dans le fond , de la substance du mystère de la Trinité. "

460 liOSSUEï ET LES SAINTS PERES.

l'opinion que j'avais de son savoir, durant douze ans que nous avons vécu ensemble. Je suis instruit de ses sentiments, et je sais quil ne prétend pas avoir fait arianiser ces saints docteurs, comme le ministre l'en accuse... Il entreprend de faire voir « dans les locutions les plus dures de son Oi'iyciir même, comme sont celles de créature, et dans les autres qu'on le peut aisément justifier ». (CIII.)

Voilà donc les Ph-rs des premiers siècles admirablement vengés, et Bossuet peut conclure : <( Je n'ai plus rien à dire. Que M. Jurieu réplique ou se taise, je garderai également le silence. Assez de gens le réfuteront dans son parti, si on y laisse la liberté de le faire; et il ne sera pas longtemps sans se réfuter lui-même. Que dirais-je donc à un homme à qui la faiblesse de sa cause , autant que son ardente imagination, ne fournit que des idées qui s'effacent les unes les autres? Qu'il dogmatise donc , à la bonne heure, et qu'il prophétise tant qu'il lui plaira; je laisserai réfuter ses prophéties au temps et sa doctrine à lui-même; et il ne me restera qu'à prier Dieu qu'il ouvre les yeux aux protestants pour voir ce signe d'erreur qu'il élève au milieu d'eux dans l'instabilité de leur doctrine. » (CXVI).

Avant de publier ses trois derniers Avertissements aux Protestants , Bossuet avait fait paraître son Explication de rApocabjpse en 1689, pour répondre à Y Accomplissement (les prophéties (1686) du fougueux Jurieu, qui ne se vantait de rien moins que d'y avoir prédit la Révolution de 1688 en Angleterre.

Deux autres adversaires s'élevèrent bientôt contre V Histoire (les Variations. — Ce fut d'abord Burnet, esprit souple et sceptique , devenu , grâce à d'indignes intrigues, évêque anglican de Salisbury, et auteur d'une Histoire de la Héform.ation dWnglclfirr : Bossuet n'avait pas voulu puiser à d'autres sources les témoignages sous lesquels il accable la Uéforme anglicane. Blessé au vif de l'usage que l'évèque de Meaux avait fait de son Histoire . Burnet l'attaqua dans un petit écrit de trente-six pages. Critique des Variations, où il annonçait au public « qu'on préparait une dure ré-

LES SAINTS PÈRES ET I50SSUET POLEMISTE. 4G1

ponse à M. de Meaux » , — Cette réponse fut celle de Basnage, Français réfugié en Hollande, homme érudit, modéré, qui essaya de démontrer la perpétuité et l'unité de la doctrine des réformés , en même temps que les erreurs et les prétendus changements de l'Église romaine, par les deux volumes in-8 de son Histoire de la religion des églises réformées , dans laquelle on voit la succession de leur Église, la perpétuité de leur foi depuis le huitième siècle , rétablissement de la Ré formation, et la persévérance dans les mêmes dogmes jusqu'à présent , avec une histoire de l'origine et des principales erreurs de l'Eglise Romaine , pour servir de Réponse à l'Histoire des Variations des Eglises protestantes dr M. de Meaux (Rotterdam, 1()90!.

Cette réponse contenait (( toutes les duretés que Burnet avait promises. Mais les injures et les calomnies sont des couronnes à un chrétien et à un évêque » , dit Bossuet, dans sa Défense de l'Histoire des Variations , contre la réponse de M. Basnage, ministre de Rotterdam (1), qui parut en 1691 avec le Sixième et fleruier Avertissement.

La Défense fait justice des mensonges et de l'audace des plaignants. Elle démontre comment Burnet a vainement et gauchement essayé de voiler aux yeux du public les crimes de la Réforme, et comment Basnage a fait d'inutiles efforts pour les excuser et les justifier [Les Révoltes de la Réforme mal excusées. Vaines récriminations sur le mariage du Landgrave. M. Burnet réfuté).

Dans cette discussion historique , il n'y avait guère place pour des citations des saints Pèves. Pourtant, Bossuet invoque leur autorité pour établir que l'Eglise protestait solennellement qu'elle regardait dans les princes une seconde majesté. (( Que si M. Basnage a voulu penser que l'Eglise du IV siècle, et sous Julien l'Apostat, eût dégénéré de cette sainte doctrine , il eût fallu nous alléguer un saint Basile, un saint Grégoire de A'azianze, un saint Amhroise , un saint Chrgsostome , un saint Augustin et les autres saints

(I) Elle porte le titre de Premier discours; l'intention de l'auteur était donc d'en faire un second; mais il n'a jamais paru.

évêques quelle reconnaissait pour ses docteurs , dont aussi le sentiment unanime réglait celui de tous les fidèles. » L'évèque de Meaux cite alors des témoignages de saint Augustin, quelques-uns nouveaux, d'autres déjà allégués dans le Cinquième Avertissement : « Non poteraf non redtli /lo/ios ei debitus potestati. — Un homme de bien qui, en combattant, suit les ordres d'un prince impie et ne voit pas manifestement l'injustice de ses desseins,., peut innocemment faire la guerre en gardant l'ordre public. — Jésus-Christ ne permet pas à saint Pierre de tirer l'épée pour le défendre, et répare par un miracle la blessure qu'il avait faite à un des exécuteurs des ordres injustes qu'on avait donnés contre lui ; il montrait en toutes manières à ses disciples... qu'il ne leur laissait aucun pouvoir ni aucune force contre la puissance publique, quand ils en seraient opprimés avec autant d'injustice et de violence qu'il l'avait été lui-même. — Il avait bien ordonné d'acheter des épées ; mais il n'avait pas ordonné qu'on en frappât, et même il reprit saint Pierre d'avoir frappé de lui-même et sans ordre. — Quoique le nombre de ses martyrs fût si g-rand que , « s'il avait voulu en faire des armées, et les protéger dans les combats, nulle nation et nul royaume n'eût été capable de leur résister », il a voulu qu'ils souffrissent, pour ne pas renverser avec l'autorité des princes le fondement des empires. Et saint Augustin , qui a établi cette vérité (que les g-uerres civiles , sous prétexte de résister à l'oppression, sont des attentats) par de si beaux principes, n'a été que l'interprète de saint Paul. »

§ V. — Èclaiixissement sur le reprocJie d'idolâtrie, 1689- 90. — Explication de quelques difficultés sur les prières de la messe, 1689. — Lettre sur Vadoration de la Croix, 1691-1692.

VEclaircisseuwnt su/- le reproche d'idolâtrie et sur V erreur des païens, publié seulement par Le Roi en 1743, fut composé à la même époque que les premiers Avertisse-

mf'iits aux Proteslanis, en 1089 et 1690, puisqu'il a pour sous-titre où la calomnie des ministres est réfutée j^ar euxntériu's, Avertissement aux Protestants , e\ que Bossuet dit dès le début : « Quoique j'aie fait voir dans le dernier Avertissement (le IIPi qu'assurément il n'y eut jamais d'idolâtrie plus innocente que la nôtre , je démontrerai, par des principes avoués des ministres mêmes, que Faccusation d'idolâtrie formée contre nous ne peut subsister... Dieu donne; les saints demandent... C'est dans cette confiance que saint Augusiin, un si sublime docteur, un théologien si exact, loue la prière d'une mère qui disait à saint Etienne : « Saint martyr, rendez-moi mon flls. Vous savez pourquoi je le pleure , et vous voyez qu'il ne me reste aucune consolation. » (Il était mort sans baptême. ) Saint Basile ^ demande les prières des saints quarante martyrs et les appelle « notre défense et notre refuge , les protecteurs et les gardiens de tout le genre humain ». Saint Grégoire ^ évèque de Nysse, son frère , prie saint Théodore « de regarder d'en haut la fête qui se célébrait en son honneur... Saint Astrre , évèque d'Amase , contemporain et digne disciple de saint Chrysostome, introduit dans son discours un fidèle qui prie ainsi saint Phocas : « Vous qui avez souffert pour Jésus-Christ, priez pour nos souffrances et nos maladies;... maintenant (jue vous possédez, donnez-nous. » Saint Grégoire de Xalianze a prié saint Cgprien et saint Athanase « de le regarder d'en haut, de gouverner ses discours et sa vie, de paitre avec lui son troupeau, etc.. Les autres Pères ont parlé de même. Si ces grands saints ignoraient que Dieu donnait toutes choses et croyaient les recevoir des saintes âmes autrement que par leurs prières, ils ne sont pas seulement, comme le veut le ministre, des antechrists commencés , mais des antechrists consommés ou quelque chose de pire. » (V).

c< Les prières qu'on adresse aux saints, loin de nous détourner de Dieu, nous y unissent (\II)... Saint Basile ne croyait pas détourner les peuples de prier Dieu , en les invi-tant à prier les saints : « Que vos prières, disait-il, se ré-

464 liOSSUET ET LES SAINTS PEKES.

pandent devant Dieu avec celles des martyrs. » Le dessein de glorifier. Jésus-Christ est toujours le principal et le plus intime motif qui anime ces prières; c'est aussi ce qui faisait dire à saint Chn/sostome : « Où est le sépulcre d'Alexandre le Grand? Mais les tombeaux des serviteurs de Jésus-Christ sont illustres dans la ville maîtresse, etc. Le même saint Chri/sostome dit encore ailleurs : « Allons souvent visiter ces saints martyrs; touchons leurs châsses, embrassons avec foi leurs saintes reliques, etc. » Ce passage touchait profondément Œcolampade. Bossuet prouve ensuite (XV) « que les saints docteurs n'ont point hésité à attribuer la connaissance de nos prières aux âmes saintes » . par l'autorité de saint Grégoirf de Xijssc , de saint Augustin , de saint Paulin, disant à saint Félix : « Vous savez tout ; vous voyez dans la lumière de Jésus-Christ les choses les plus secrètes et les plus éloignées, et vous comprenez tout en Dieu, où tout est renfermé. »

La médiation de Jésus-Christ est admirablement expliquée (XIX) par tous les anciens Ph'cs et surtout par saint Gré- (foire (le Xazianzr et par saint Augustin : « Les Chrétiens, dit-il, se recommandent aux prières les uns des autres; mais celui qui intercède pour tous, sans avoir besoin que personne intercède pour lui, est le seul et véritable médiateur. »

VExplication de quelques difficultés sur les prières de lu messe, à un nouieuu catholique , éditée pour la première fois en 1689, est un admirable traité dogmatique sur le saint sacrifice de nos autels, et en même temps un livre rempli d'une suave onction. Bossuet y invoque presque à chaque page le témoignage des saints Pères : celui de saint Isidore, « disciple de saint Chrysostome , et une des lumières du quatrième siècle (1) » ; celui de saint C grille de Jéruscdem (2), celui de saint Ambroise et du rite ambrosien (3), celui du Sacramentaire de saint (irégoire (4),

il) Kdit. Bar-le-Diic, t. IV. p. 'éi«.

(-2) Mrme page ei pages i.">.}, Wi", '»"!•. (:t) Pages '.r» et «ii, Wii. — ('») l'âge Vm.

LES SAINTS PEKES ET BOSSUET POLEMISTE, 465

celai de la messe qui porte le nom de saint Chn/sostome (1), celui de l'ancien missel de saint Gélase (2), celui du Sacramentaire de saint Léou, et des auteurs renommés (3) qui ont travaillé aux Sacramentaires de l'Eglise gallicane , saint Hilaire , Mus(his , Salvieii , Sidonius , auteurs dont le plus moderne passe de plusieurs siècles Paschase Radbert, du neuvième siècle, auquel les protestants font remonter le dogme de la présence réelle ; celui des Pères , dans les œuvres desquels on trouve toutes les parties de la messe et mot à mot tout ce qu'on en a produit (4) ; celui de saint Chrfjsostome , disant « que les anges étaient autour de l'Eucharistie comme les gardes autour de l'empereur (5) » ; celui de saint Aiu/ustin affirmant à propos de la chair de Jésus-Christ « que personne ne la mange qu'il ne l'ait premièrement adorée (6) » ; celui de saint Jrràiur, « un si grand docteur, louant Théophih' (V Alexandrie de ce qu'il avait soutenu contre Orir/ène que les choses inanimées étaient capables de sanctification, afin, dit-il, que les ignorants apprennent avec quelle vénération il faut recevoir les choses saintes et servir au ministère de l'autel de Jésus-Christ, et qu'ils sachent que les calices sacrés, les saints voiles et les autres choses qui appartiennent au culte de la passion de Notre-Seigneur ne sont pas sans sainteté, comme choses vides et sans sentiment, mais que par leur union avec le corps et le sang de Jésus-Christ elles doivent être adorées avec une pareille majesté que le Seigneur même (7) »; celui des Pères les plus anciens, Tertullirn et Origène , qui reconnaissaient qu'un ange présidait à l'oraison et à l'oblation sacrée (8j ; celui de toutes les Églises en Orient comme en Occident, qui sont convenues de commencer le sacrifice par ces paroles : Sursum corda, le cœur en

(I) Pages WO, 47Î).

(-2) Page 4.V2.

CM Page «.-;.

(4) Page «(i.

(.■>) Do Sacerdof., lib. VI, n. i.

(()) Pages Wiri. ««i, 'n», wo. il dit aussi que. « lorscju'on récite à l'autel le nom des martyrs, on ne prie pas pour eux. mais on prie pour les autres morts. »

(7) Page Vil.

(8) Page 'Kii».

haut, à cause qu'il faut s'élever au-dessus des sens et de toute la nature pour concevoir Jésus-Christ présent sous des apparences si vulgaires (1 ) ; celui de saint Basile , à qui les Grecs attribuent encore aujourd'hui leur liturgie la plus ordinaire et qui affirme que les paroles de la consécration se composent «" de paroles rapportées par l'Apôtre et les Évangiles, auxquelles nous en ajoutons d'autres devant et après, comme ayant beaucoup de force pour les mystères, lesquelles nous n'avons apprises que de cette doctrine non écrite » , la Tradition ( -2) ; celui enfin de tant de Pin-cs grecs et latins, qui ont cru au dogme divin de la présence réelle de Notre-Seigneur au sacrement de nos autels.

La Lettre sur radoration de la Croix, à Frère (Armand), moine de rahhaije de (La Trappe), converti de la religion protestante à la religion catholique , datée de Versailles, le 17 mars 1691. n'était pas destinée à la publicité; mais comme elle pouvait servir à bien des nouveaux convertis, qui ne s'accoutumaient point à l'adoration de la croix, qu'e.xpliquait d'une manière admirable « un prélat religieux el savant », des éditeurs la publièrent en 1692. Grâce à eux — si elle n'a pas servi au destinataire, gentilhomme français à l'imagination et au cœur ardents, qui avait quitté les camps du prince d'Orange pour la Trappe et qui quitta bientôt la Trappe pour Genève où il prit femme — elle sert du moins à la postérité qui y trouve un monument du zèle et de la doctrine de Bossuet. Il montre que les Pères, en suivant les expressions de l'Écriture, ont dit qu'on adore la crèche, le sépulcre, la croix du Sauveur, les clous qui l'ont percé, etc. Dieu seul est adorable, et ce n'est qu'en lui , ce n'est que par lui, ce n'est que par rapport à lui que les créatures sont adorables. Saint Ainhroisr, ce grand docteur, dit que sainte Hélène, ayant trouvé la vraie croix où Jésus-Christ avait été attaché, adora le Hoi, et non pas le bois (3j. « Saint Thomas attribue à la croix le culte de latrie, qui est le culte suprême;

(I) l'ago 'i-\. — (■>} Page '.-•;. - Ci) l'age '.s:!.

LES SAINTS PKllES ET HOSSUET POLÉMISTE. 467

mais il s'explique en disant que c'est une latrie respective, qui dès là en elle-même n'est plus suprême et ne le devient que par rapport à Jésus-Christ. Le fondement de ce saint docteur, c'est que le mouvement qui porte à l'image, est le même que celui qui porte à l'original, et qu'on unit ensemble l'un et l'autre [1). »

sj VI. — Projrl de rétinJoii ou Rccup'tl de Dissertations rt de Lettres relatives à la réunion des protestants d'Allemagne à l'Eglise catholique , 1666-1701.

Ce n'est pas ici le lieu de refaire l'histoire des tentatives généreuses de Bossuet pour ramener dans le g'iron de l'Église catholique « des frères errants » : le cardinal de Bausset, dans le livre XIP de son Histoire de Bossuet, a donné tous les détails nécessaires pour l'intelligence de négociations, inspirées par le zèle le plus pur, la charité la plus active, et dans lesquelles il ne faut pas voir avec M. Lanson « la seule chimère peut-être qui soit entrée dans cet esprit si net et si sensé (Bossuet), l'espérance de faire rentrer les peuples indociles dans l'unité hors de laquelle on ne sera point sauvé » (2). — Cette prétendue « chimère » serait devenue une réalité, si la politique, qui devait en faciliter le succès , n'avait été l'écueil où vinrent se briser les plus belles espérances.

Il n'y a rien à dire de la Première Section du Recueil , qui contient les Lettres échangées en 1666-1667, entre Bossuet et Ferry, Maimbourg, etc., et les Récits faits par le doyen de Metz et le ministre protestant de la même ville , « concernant un projet de réunion des protestants de France et r Eglise catholique », projet qui n'aboutit pas; car quand on s'était mis d'accord sur un point, on ne s'entendait pas sur cet accord même, et rien ne pouvait se faire.

h?i Seconde Section, avec ses deux Parties, contient des pièces plus intéressantes sur le i< projet de réunion des protestants d'Allemagne à l'Église catholique ».

(I) Page iS3. — (i) Bossuet, p. 3:iO.

Dans la Prpmièrr Partie, il y a \e?, Dissertations faites par Bossuet , Molanus ou Van der Muelen , abbé luthérien de Lokkum, et Leibniz (164G-1716 1, le célèbre théologien, géomètre, mathématicien, métaphysicien, jurisconsulte, politi(iue, conseiller intime et historiographe du duc de Bruns^vick-Hanovre.

Lorsque, le 20 mars 1G91 , l'empereur Léopold eut donné plein pouvoir à l'évêque de Neustadt, en Autriche, pour travailler à la réunion des protestants d'Allemagne, plusieurs théologiens de la Confession d'Aug-sbourg arrêtèrent avec ce prélat ([uelques articles qui pouvaient faciliter raccommodement. Ces Règlrs touchant la réunion générale des chrétiens et dont l'abbé de Lokkum parait avoir été le rédacteur, furent communiquées à Bossuet par Févèque de Neustadt; en même temps la duchesse de Hanovre, dont la sœur était abbesse de Maubuisson, où s'était retirée M'"" de Brinon, ancienne directrice de Saint-Cyr, sollicitait l'intervention du prélat, dont le génie était reconnu du monde entier, depuis surtout le succès éclatant de son Histoire des Variations. Bossuet répondit à la duchesse de Hanovre « qu'on pourrait accorder aux luthériens certaines choses qu'ils désiraient beaucoup, comme la communion sous les deux espèces,... et convenir de certaines explications sur la doctrine. Mais de croire qu'on fit jamais aucune capitulation sur le fond des dogmes définis, la constitution de l'Église ne le souffrait pas, et il était aisé de voir que d'en agir autrement , c'était renverser les fondements et mettre toute la religion en dispute ». Cette franchise absolue plut à la duchesse de Hanovre et à l'abbé de Lokkum, qui envoya à Bossuet, « révè(|ue de beaucoup le plus digne, le prélat non moins illustre par son érudition (|ue par sa renommée de modération, episcopo longe dignissinio , praelato non niimis eriiditionis qaam nwderalionis laude conspicao », un nouvel écrit latin : Cogitationes privatae de niethodo réuni onis Erclesiae protestantium cum Ecc lesta Romana catholica. Bossuet le traduisit en français, <( en l'abrégeant tant soit peu en* <|uel(iuos endroits sous ce titre : Pensées

particulières sur le nioi/en de réunir VEglise protestante avec l'Eglise romaine », etc. Il composa en même temps, d'avril à juillet 1692, un écrit en latin, Episcopi Meldensis sententia sur les Cogitationes privatae de Tabbé de Lokkum , et une Dissertation latine et française plus simple et plus agréable pour les princes et les princesses de la maison de Hanovre, Hé flexions sur V écrit d^' M. rabbé Molanus.

Dans le Sentiment de Vécèque de Meaux , saint Augustin est cité à propos du mariage, qu'il compare au baptême dans le livre II de son de Auptiis et concupiscentia; à propos du purgatoire et des prières pour les morts, qu'il déclare sans aucun doute utiles à leur âme [Serni. 32, de Verb. Ajjost., nunc Serr/i. 172) ; à propos des conditions dans lesquelles doit se réunir le futur concile, où, d'après saint Augustin, « il faut de part et d'autre déposer toute arrogance et ne jamais dire qu'on a déjà trouvé la vérité ». [Serm. 14, de Verbis Apost.). Bossuet invoque encore l'autorité de saint Cyrille cV Alexandrie , du pape saint Léon et de saint Grégoire le Grand, pour que les demandes à faire ne puissent pas empêcher la conciliation.

Les Méfierions sur Fécrit de }[. l'abbé Molanus contiennent aussi de nombreuses citations des Pères et surtout de ?,dimi Augustin. Comme la Confession d'Augsbourq le loue beaucoup, Bossuet se sert de son autorité auprès de ses adversaires pour la justification , qui n'est pas imputée, mais qui consiste à faire un juste d'un injuste — c'est toute la doctrine de l'évêque d'Hippone (il — pour le mérite des bonnes œuvres, après que nous sommes justifiés, « ce que saint Augustin a expliqué dans ces termes : Les justes n'ontils donc aucuns mérites? Ils en ont certainement, parce qu'ils sont justes; mais ils n'en ont eu aucun pour être faits justes. L'augmentation de la charité méritée par la charité est enseignée par ce saint docteur en ces termes : Celui qui aime a le Saint-Esprit, et, en le possédant, il mérite de le posséder davantage et conséquemment d'aimer davan-

(1) « Sane Aiigustiniis in ea l'e totus est. »

tage (1)... Saint Augustin, si souvent loué dans la Confession frAïKjshoiirç/ et dans ÏAjjoiof/ir , dit sans hésiter « que la vie éternelle est due aux bonnes œuvres des saints, et qu'elle ne laisse pas d'être appelée grâce, parce qu'encore qu'elle soit donnée à nos mérites, ces mérites auxquels on la donne sont eux-mêmes donnés (2) ». Voilà pour la vie éternelle. Pour l'augmentation de la grâce, le même saint enseigne « qu'on mérite par la grâce l'accroissement de la grâce , afin que , par cet accroissement de la grâce en cette vie, on mérite aussi la perfection dans la vie future (3) ». C'est encore avec des textes de saint Aiu/ustin que Bossuet établit la vraie doctrine de l'Église sur « l'accomplissement de la loi » (4), sur « les mérites qu'on appelle ex cundigno (5), sur la foi justifiante, que V Apologie explique par les paroles de saint Augustin , qui dit clairement que c'est « la foi qui nous concilie Celui par qui nous sommes justifiés », et que « par la foi nous impétrons la grâce contre le péché (6) »; sur la g'râce et la coopération du libre arbitre (7), sur le mariage (8), sur la prière, l'oblation pour les morts et le purgatoire, à propos desquels, au témoignage de l'évêque d'Hippone s'ajoutent ceux de saint Epip/t(ute , de saint C grille de Jêrusuleui, « le plus savant et le plus ancien interprète de la liturgie (9) ». Molanus et Y Apologie approuvent les vœux monasti([ues , puisqu'ils ont mis au nombre des saints saint Antoine, saint Bernard, saint Domini- ([ue, saint François. « La Vulgate, à (jui le nom de saint Jérôme et l'usage de tant de siècles attire la vénération des fidèles, est reconnue pour authenii({ue par le concile de

(1) Tracl. "4. in Joann.. n. i.

(•î) Kpixt. l!tl: al. I()."». et dr l'orrcp. cl si'ît'ia, c xxii, n. H.

(:i) Episl. I8(i, al. lOfi. n. 10.

(4) De Im.pletio)ic lof/is, Arliculiis IV.

Ci) Bossuet dit à ce sujet, article V, (|ue le concile de Trente a piis sa doctrine «le saint Augustin pour conclure avec lui (|ue « le chrétien n'a rien du tout |)ar où il puisse ou se conlier, ou se glorifier en lui-même, mais que toute sa gloire est en Jésus-Clirist ».

(<«) Article \ I. Il est presque cnlicrcment compost- de textes tirés du de Spirilti i:l littcra.

(7) Article VIII.

(N) Chapitre ii, article X.

(!») Cliafiitre im. article III.

Trente d'une manière qui ne blesse point l'illustre auteur, Molanus. » L'infaillibilité de l'Église et des conciles est encore établie par l'autorité de saint Au g us lin (1). — U y avait là de quoi ébranler et convaincre un homme éminent comme Leibniz, auquel Bossuet consacre toute la fin de ses RrfJf'.rions, et un homme animé d'un vrai désir de conciliation, comme l'abbé de Lokkum. Bossuet concluait avec raison que, d'après les théologiens même de Hanovre, rien ne serait plus facile que de s'entendre sur les points de doctrine, puisqu'il ne restait aucune difficulté importante à propos de l'autorité du texte original de l'Écriture, de la Vulgate, de la tradition , de linfaillibilité de l'Église et des conciles œcuméniques, et même de la primauté du Pape.

C'est ce qui ressort encore d'un Mémoirf en latin composé par Bossuet en 1701 à la prière du pape Clément XI, et où il y a le même plan , les mêmes textes des Prres que dans les hrfh'xlons \^].

Par quelle fatalité une négociation entamée sous de si favorables auspices n'eut-elle pas tout le succès que méritaient la méthode excellente et l'esprit de charité du grand évêque de Meaux ?

La Dfux'u'inr Partie du Recueil, la Correspondance , les quarante-quatre Lettres de Bossuet, de Leibniz et de M"" de Brinon, concernant la réunion, nous montrent que le grand philosophe allemand, après avoir entretenu avec Bossuet, dont il faisait le plus grand cas, des relations assez actives, que la guerre de la Ligue d'Augsbourg finit par interrompre vers 1695, et qui se renouèrent après la paix de Ryswick en 1699, pour se continuer pendant deux ans encore, « devint tout à coup politique et courtisan (3 ) et se montra plus subtil, plus sophiste, plus difticultueux que les théologiens de la Confession qu'il professait », lui qui jusque-là

(1) Chapitre iv, article ni.

(2) Ce Mrmoire est intitulé : De profcssoHbus Confcssionis Auguntanae ad rcpetendam unilulem cathoUcam disponendis.

(3) On sait (|ue Leibniz était entièrement dévoué à la maison protestante de Hanovre, et que la révolution de !(>88 avait tout à coup ouvert devant celte maison la perspective du trône protestant d'Angleterre.

avait été le plus tolérant, le plus conciliant des luthériens. Il fit disparaître inopinément Molanus du théâtre de la controverse, au grand déplaisir de Bossuet, qui « avait toujours placé au premier rang- des théologiens de la confession d'Augsbourg, M. l'abbé de Lokkum, comme un homme dont le savoir, la candeur et la modération le rendaient un des plus capables pour avancer ce beau dessein (de la réunion) (1) ». Lorsqu'eut éclaté la Guerre de la Succession d'Espagne, il ne resta plus aucun espoir de conciliation, et la crainte de nuire aux intérêts politiques de la maison protestante de Hanovre, qui aspirait au trône d'Angleterre, détermina Leibniz à se servir de tous les moyens pour faire échouer le projet de réunion. Voici ce qu'il écrivait à Fabricius en 1707 : « Omno Jus nosirum in Bi'itamiiam in religionis ronmnae pxciusione odioque fundatiun est. Itaque merito fugienda sunt quibiis in Ronianensps tepidi videremnr. »

« On finit par être affligé , dit le cardinal de Bausset (2), de voir un si grand génie, un philosophe aussi raisonnable , s'agiter et se tourmenter pour créer des doutes et s'attacher à des difficultés minutieuses sans objet et sans résultat (3); tandis que Bossuet, par la seule impression de la raison, satisfait toujours l'esprit et le place dans cette espèce de calme et de repos, où il ne lui reste plus qu'à jouir de la conviction qu'il a obtenue. »

Ce qui lui donne, avec tant de franchise, tant de sereine majesté, c'est d'abord la sécurité inaltérable de sa foi, c'est ensuite l'autorité des sainis Ph-cs , derrière la(|uelle il se retranche comme derrière un rempart invincible. — Ainsi, dans sa Lettre à Leibniz du 0 janvier 1700, à propos de la canonicité des livres saints, il cite vingt-quatre faits

(I) Leitrc de Bossuel ;i Leibniz, 1-2 août 1701.

(i) Histoire de Bossuet. liv. Xll, I».

(H) Cela est si vrai que l'abbé Le Dieu nous anirine qu'en noi, lorsqu'on eut • quelques nouvelles espérances <lo traiter avec succès de la réunion des protestants d'Allemagne, ce ne fut pas à la vérité avec les théologiens de Hanovre qui, dcj/uis que l.eiliniz s'en était nu-lé, ne roulaient plus rien conclure et ne cltereliairiit t/n'à mulliplier les difficultés, pour laisser évaporer le premier désir qu'on a\ait montré ».

LES SALNÏS PERES ET BOSSUET POLEMISTE. 4/3

qui l'établissent clairement et qui pour la plupart sont empruntés aux Pères : à saint ÀKgusfin (le 6% le T, le 9% le 10% le 20") , à saint E.iuprre et au pape saint Gélase (le 5") , aux Témoignages de saint Cyprien (le 10") , à saint Clément <V Alexandrie , à Origène, « pour ne point parler des autres Pères plus nouveaux » (le 11*" et le 12") , à saint Jérôme (le \y et le 17"). — Dans \a.Le//re à Leibniz du 30 janvier 1700, sur les articles fondamentaux et non fondamentaux, on trouve évoqués des souvenirs de saint Ci/prien, «un si grand docteur », du « docte Vincent de Lérins, dans ce livre tout d'or, qu'il a intitulé Commonitorium ou Mémoire sur l'antiquité de la foi », de saint Augustin [\), et « des plus célèbres docteurs du quatrième siècle , qui parlaient et pensaient comme nous ». — Dans la Lettre du 17 août 1701, où Bossuet revient sur le décret du concile de Trente, à propos de la canonicité des Livres saints, que Leibniz croyait avoir détruit absolument et sans réplique par ses Lettres du 14 et du 24 mai 1700 et du 21 juin 1701 , le grand évêque cite tour à tour saint Jérôme (2) , les Lettres pascales de saint Athanase, V Abrégé ou Si/nopse de V Ecriture, « ouvrage excellent attribué au même Père (3) » , saint Grégoire de Nazianze (4), saint Epiphane (5), Origène (6), saint Clément Alexandrin (7) , saint Cyprien (8), saint Augustin (9), les papes saint Innocent et saint Gélase (10) , saint A)n~ broise (11), saint Optât et Tertullien (12). u C'est ici, dit-il, qu'il faut appliquer cette règle tant répétée et tant célébrée par saint Augustin : « Ce qu'on ne trouve pas institué par les conciles, mais reçu et établi de tout temps, ne peut ve-

(I) Bossuet le cite quatre ou cinq fois dans cette lettre. (-2) § I, XXXI, L,LI.

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