‹ Bossuet et les saints peres, d'apres des documents originaux et inéditsChapitre 37 sur 42 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Si Clérambault, Voltaire, La Harpe, l'abbé Maury, Chateaubriand, le cardinal de Bausset, ont méconnu le mérite des Sermons de Bossuet, tous les critiques contemporains lui rendent hommage et reconnaissent trois époques dans l'évolution oratoire de Bossuet : l'époque de Navarre et de Metz, où « il s'essaie » ; l'époque de Paris, où « il excelle » ; et l'époque de Meaux , où « il se transforme » 113

ARTICLE P»-

Influence des saints Pères sur Bossuet orateur, pendant l'époque de Navarre et de Metz, 1048-1659.

Les Sermons de cette époque ont des défauts : étalage d'érudition, appareil scolastique du raisonnement, longues digressions, < crudité des expressions, » bizarrerie des métaphores. Ces défauts, qu'on remarque à côté d'éminentes qualités, sont le tribut payé par Bossuet aux habitudes du temps, mais aussi le résultat de son imitation des Pères latins 117

(î78 TABLE DES MATIERES.

rages.

§ I. — Influence prépondérante de TertulUen 120

Bossuet doit à ce « dur Africain », en même temps que plusieurs beaux passages de ses premiers discours, des hardiesses, des digressions regrettables et beaucoup de « sentences ». — Exemples.

ij 11. — Influence de saint Cyprien 127

Saint Cyprien inspire aussi à Bossuet des longueurs et des aniplilicalions de mauvais goût [Sermon sur la loi de Dieu, 1653), dont il se corrigera bientôt , en prenant conscience du défaut « des discours qui ne finissent point « et des exordes qui contiennent tout un sermon.

§ III. — Influence heureuse et malheureuse de saint Augustin. 123 « L'incomparable saint Augustin », commentant saint Paul, fournit à Bossuet de magnifiques aperçus et de superbes inspirations, mais aussi des hors-d'œuvre et des citations trop fréquentes. Les Sermons de Metz sont « un peu trop abstraits » , grâce souvent à l'évêque dllippone. [Sermon sur la Pentecôte, 1654). — Dès 1658, le jeune orateur abandonne les théories trop élevées, trop savantes, et les citations « hors de propos et hors de mesure ».

ARTICLE II

Influence des saints Pères sur Bossuet orateur pendant l'époque de Paris (IG.">'J-l(iH-2).

L'éloquence de Bossuet était en ju'ogrès, et le seul fait de quitter Metz pour Paris ne suffit pas à la transformer, comme l'a dit Sainte-Beuve. — 11 ne semble pas non plus que Gandar ait eu raison de signaler « un temps d'arrêt » dans l'évolution oratoire de Bossuet sous l'influence de saint Vincent de Paul, qui lui avait recommandé « la simplicité ». — Bossuet n'a point fait en 16.59-60 des emprunts à une rhétorique « emphatique », ni mortifié sa parole en 1661. Dès 1654, il demandait au ciel « la simplicité et la vérité » ; ses Sej-mo7is de Paris ressemblent à ceux de Metz tout en étant plus parfaits. — 11 s'eflbrce de plus en plus de réaliser cette devise : « L'utilité des fidèles est la

loi suprême de la chaire. » 143

§ I. — Progrès de Bossuet orateur sous l'in/liicnce des Pères

grecs. 148

C'est saint Chrysostome qui lui apprit à être « simple et populaire », tandis que saint Grégoire de Nazianze et saint Basile lui enseignaient la douceur familière et l'onction |)énétrante. — Il unit alors des qualités qui semblaient s'exclure, la force et la grdce, la simjilicité et la sublimité. [Sermons sur l'honneur du monde, sur la Providence, sur l Ambition, sur Vhnpénitence finale, sur la Mort,. — M. Lanson estime qu'il y eut après 1662 progrès dans l'art oratoire de Bossuet : il n'y ]>araît guère. — M. Rébelliau pense, au contraire, que dans les derniers Sermons

Pages,

prêches à la cour la majesté s'accentue et l'accent personnel disparaît; mais on trouve cet accent dans les Oraisons funèbres.

— En 1668, la familiarité et la simplicité véliémente de Bossuet donnent un démenti à ce que soutient Paul Albert sur « le vague et l'abstrait » de la prédication au xvii<^ siècle.

§ IL — Fusion harmonieuse du génie de Bossuet et de celui des

Pères, TertuUien , sain t Augustin 156

Bossuet en était arrivé à fondre admirablement ses idées avec ' celles des Pères, dont il s'inspirait. — Cela est évident pour TertuUien {Sermon sur les déinons), auquel il n'em|)runte plus que « quelques sentences » et dont il reconnaît les « excès », dès 1665. — Il a cependant pour lui une prédilection qu'expliquent la force, la véhémence et la grâce charmante de « ce dur Africain », que Bossuet corrige avec un goût exquis. {Sermons de Vêture de M"'e d'Albert, 1664).

§ 111. — Ouvrages de saint Augustin dont s'inspire Bossuet à Paris : de la Doctrine chrétienne ; — de Cotechizandis rudibus; — des Mœurs de l'Église catholique^ — l'Enchiridion;

— de l'Esprit et de la Lettre; — de Vera religione; — Cité de Dieu; — Lettres; — Confessions; — Rétractations; — Commentaires sur la Bible ; — Traités de théologie dogmatique,

de controverse; — Livres ascétiques , ctc 168

Bossuet, en empruntant toujours à saint Augustin « toute la doctrine », en évite « les subtiles considérations » et « la manière de dire un peu trop abstraite ». — 11 indique au cardinal de Bouillon les traités de ce Père les plus utiles pour « former le style et apprendre les choses ». — Il avait pratiqué lui-même ce qu'il conseillait, et s'était inspiré surtout de la Cité de Dieu, des Lettres et des Confessions de saint Augustin, de ses Rétractations, de ses Commentaires sur la Bible, de ses ouvrages de théologie dogmatique, de controverse contre les Pélagiens et les Donatistes, de ses livres acétiques et de ses Sermons. § IV. — Ce que Bossuet, orateur à Paris, doit à saint Jean Chrysostome, à saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire

le Grand , saint Bernard 180

L'étude de saint Chrysostome a inspiré à Bossuet plus de pathétique et de goût. — Il s'est servi aussi de saint Grégoire de Nazianze pour donner des leçons « au roi et aux princes », quoiqu'il ne l'ait cité que quatre fois en 1662, une fois en 166.5, trois fois en 1666, une fois en 1669. Il y a surtout puisé pour ses Oraisons funèbres, 1662, 1670, 1683. — La troisième partie du Pastoral de saint Grégoire le Grand lui a aussi donné d'heureuses inspirations. — Saint Bernard est, après saint Augustin, le Père auquel Bossuet « s'appliqua davantage », surtout pour ses sermons sur la Sainte Vierge.

Que si l'on compare pour l'imitation des saints Pères Bossuet, Bourdaloue et Massillon, on constate que ce dernier se sert à peine des docteurs de l'Église, que Bourdaloue «cite en maître »

Pagres.

TeituUieii, sainl Augustin, saint Chrysostome , mais qu'il n'en fait |ias, comme Bossuet, des commentaires pleins de génie. Le P. de la Broise a tort de préférer « la marche régulière de Bourdaloue » aux « traits sublimes, mais courts et rapides », de Bossuet.

ARTICLE III

Influence de saints Pères sur Bossuet orateur , pendant l'époque de Meaux (8 février l(i8-^ — 18 juillet 170-2).

On a relevé plus de 300 discours ou allocutions de cette époque-, mais il n'en reste que quelques esquisses, ou des analyses faites par des auditeurs. « Bossuet prêchait de génie » , et, « comme les Pères », il accommodait ses instructions aux besoins présents. — Avec sa grande habitude de la parole , il n'avait besoin de se préparer que par la lecture de la Bible et de saint Augustin, et par la méditation et la ])rière. Il était à tout propos familier, simple, naturel, élevé, pressant, persuasif, «comme un autre sainl Augustin ». — Dans le Esquisses qui nous restent , il n'y a guère que quelques textes de la Bible et des Pères. — D'une modestie profonde, Bossuet « invoquait avec ferveur et en grande humilité l'esprit du Seigneur pour se préparer aux discours les plus familiers. » — L'âme des Pères était passée dans la sienne, et il les imitait en n'adressant plus à son peuple que des « homélies », à la manière de saint Chrysostome et où il ne citait presque plus les paroles et l'autorité des docteurs de l'Église 192

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