CHAPITRE YI
LES SAINTS PÈRES ET BOSSUET DISTORIEiV PHILOSOPHE ET POLITIQUE.
Les œuvres historiques, philosophiques et politiques de Bossuet datent presque toutes des dix années du préceptorat du Dauphin. — Cette éducation ne fut pas la tentative infructueuse et avortée d'un grand génie : elle a donné de plus beaux résultats qu'on ne l'a dit et elle nous a valu des chefs-d'œuvre 311
ARTICLE I
Les saints Pères et le Discours sur l'Histoire universelle
(mars I(i8l).
Ce Discours, critiqué bien à tort par Voltaire, Sainte-Beuve, etc., avait été conçu dès que Bossuet commença à étudier la religion dans l'Ecriture et les Pères, et ce n'est ni à Du Guet ni à Pascal qu'il en a dû l'idée; ce n'est pas non plus à la Bible seule, mais à Orose, à Salvien, à saint Augustin surtout et à sa Cité de Dieu. — Villemain et Ozanam l'ont reconnu, et ce qui le prouve , ce sont les nombreuses citations de ces Pères, qu'on trouve dans la seconde -partie du Discours, où Bossuet s'inspire aussi de saint Justin, de saint Irénée, de Clément d'Alexandrie, d'Origène, de Tertullien, de saint Cyprien, d'Arnobe, de Lactance, de saint Jérôme, de saint Ambroise, de saint Chrysostome, etc. — « Bossuet est plus qu'un historien, c'est un Père de l'Église, qui a souvent le rayon de feu sur le front » 314
ARTICLE II Les saints Pères et l'Histoire des Variations (1088).
Dans le Discours sur l'Histoire nnirerselle, Bossuet n'avait tracé que des tableaux d'ensemble. Dans l'Histoire des Variations , son génie d'historien se donne plus libre carrière : c'est « le plus beau livre de la langue française », dit M. Brunetière.
Bossuet a emprunté le dessein de l'ouvrage aux saints Pères, qui ont condamné les hérétiques, parce qu'ils variaient dans leurs confessions de foi : Tertullien, saint Hilaire, saint Chrysostome, saint Athanase « évitaient les nouveautés profanes ».
Dans le premier livre de l'Histoire des Variations, il cite saint Bernard, Guillaume Durand, Gerson, Pierre d'Ailly; dans le livre 1II«, saint Augustin-, dans le livre \'\ saint Grégoire de Nazianze et saint Augustin, « un si grand docteur, le défenseur de la grdce chrétienne » ;
Pages .
dans le livre VIT', saint Cypricn , les Pères d'Afrique, Alexandre d'Alexandrie, saint Dunstan, Lanfranc , saint Anselme, saint Thomas de Cantorbéry, lU'de, saint Grégoire, pape; dans le livre JX'', saint Augustin et les autres Pères; dans le livre XP, saint Épiphane , saint Augustin, les Alhanase, les Basile, les Grégoire, saint Bernard et saint Léon; dans le livre XIIP, saint Basile, saint Chrysostoine, saint Grégoire de Nysse, saint Eucher, Théodoret, saint Ambroise, saint Léon; dans le livre XIV«, les Pères du quatrième siècle et saint Grégoire de Nazianze en particulier; dans le livre XV enlin, saint Augustin.
Bossuet a fort bien démêlé les causes historiques qui ont soustrait en peu d'années la moitié de l'Europe à l'obéissance du Pape et de l'Église, à laquelle elle devait dix siècles de vie intense, comme l'ont établi Guizot, Ozanam , Janssen, Augustin Thierry. — Le catholicisme a gardé sa vigueur et le protestantisme s'est émietté.
Quoi qu'en ait dit M. Rebelliau, l'auteur de V Histoire des Variatiions a prévu les conséquences de la Réforme et son avenir rationaliste , « l'anarchie avec tous ses maux » v 321
ARTICLE III
Les saints Pères et l'Introduction à la Philosophie . ou de la Connaissance Dieu et de soi-même , — la Logique , — le Traité du Libre arbitre, — l'Abrégé de la Morale d'Aristote à Nicomaque , — les Extraits des anciens philosophes, — et le Traité des causes.
La philosophie de Bossuet a été étudiée par Manier, Nourrisson, Delondre, Lanson, Brunetière. — On ne relève que quelques citations des Pères dans les œuvres philosophiques de Bossuet, et cependant il est leur écho; il a été formé par Nicolas Cornet à l'école de saint Augustin et de saint Thomas. — Il s'en souvient, quand il va de la connaissance de soi-même à celle de Dieu, quand il définit l'âme unie au corps, qu'il en distingue les facultés, qu'il donne la théorie des passions, établit le rôle des sens et de l'entendement, montre ce que c'est que les essences, les vérités éternelles, en tire une preuve de l'immortalité de l'àme, délimite la foi et la raison, parle de l'àme des bétes, de l'existence de la liberté, de la conciliation du libre arbitre avec la prescience divine et donne les cinq preuves de l'existence de Dieu , tirées des causes finales, des vérités éternelles, de la contingence des êtres, de l'imperfection de l'intelligence, de l'idée mênie du bonheur. 342
ARTICLE IV
Les saints Pères et la Politique tirée des pi'opres paroles de l'Écriture Sainte.
Quoique ce titre ait déplu à Voltaire, à Léopold Monty, à Nourrisson, il a sa raison d'être dans des ouvrages scinblablcs du P. Ménochius, du duc de Monlau.sier, de Nicole, du P. Le Moyne. — Bossuet est le « grand [)olitique chrétien ». La France " n'a pas eu de cteurplus fran-
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çais que le sien ». Il parle aux rois avec une fermeté admirable. La conception de l'ouvrage n'est pas exclusivement biblique, et Bossuet s'insiiire d'Aristote, de Hobbes, des Pères et de saint Augustin en particulier. — Nourrisson l'en blâme bien à tort; car il y a maintes choses excellentes que Bossuet doit à l'évèque d'IIippone sur les principes de la société humaine, à Tertuilien sur l'amour de la patrie (livre I«'); à saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Tours, saint Jérôme, saint Ambroise et saint Augustin, sur l'autorité royale et ses caractères (livres III, IV, et V) ; à saint Augustin encore, à Lactance, à saint Irénée, à saint Ambroise, à tous les saints de l'Église gallicane, sur les devoirs de religion et de justice qui incombent aux rois (livres VII et Vill). — La Conclusio)i sur « le vrai bonheur des rois » est empruntée à saint Augustin.
Bossuet n'est ni Ihéocrate, ni légitimiste, ni monarchiste : il est conservateur catholique, et sa Politique <i semble pleine de leçons » pour la démocratie contemporaine » 353