CHAPITRE VII
Pendant cinquante ans, de 1655 à 1704, Bossuet est demeuré sur la brèche pour défendre la vérité, qu'au jour de son doctorat il avait juré de servir jusqu'à la mort.
il cherchait dans les Pères, dans saint Augustin surtout, une méthode et des arguments décisifs : charité fraternelle, esprit de paix, tendresse pour les personnes, conférences amiables, loyauté et bonne foi parfaites, voilà, pour la forme, la polémique de Bossuet; et, pour le fond, inflexibilité contre l'erreur, suite de l'Écriture, esprit et langage des Pères 371
ARTICLE I«'-
Les saints Pères et la Polémique de Bossuet contre les Protestants.
Elle fut incessante depuis la Réfutation du Catéchisme de Paul Ferrij jusqu'à l'Explication d'Isaie, et toujours Bossuet traita les errants
« avec douceur, comme faisaient les saints Pères » » 375
§ I. — Réfutation du Catéchisme du sieur Paul Ferry, ministre
de la religion prétendue réformée, 1655 376
Dans la première Partie, le salut possible dans l'Église romaine, Bossuet emprunte ses principaux arguments, touchant la justification et le mérite des bonnes œuvres, aux Pères, Terlullien, saint Bernard, saint Augustin, l'adversaire des Pélagiens, « le plus célèbre de tous les docteurs », qui aient enseigné l'Église sur la question de la grâce.
Dans la seconde partie, le salut impossible dans la Reforme, il s'appuie sur Tertullien, saint Augustin, saint Hasile, saint Grégoire de Nyssc, saint Jérôme, saint Optât, saint Cyprien, saint Bernard, Gerson, Pierre d'Ailly, saint Bonavenlure, etc.
Cette première œuvre de polémitiue de Hossuet contient en germe toutes les réponses qu'il opposera plus tard aux Réformés; il doit à son génie, mais aussi aux saints Pères et à saint Augustin en particulier, le grand succès qu'obtint sa Réfutation, qui faillit convertir Ferry lui-même.
§ II. — Exposition de la Doctrine catholique sur les matières de controverse, 1671. — Lettres relatives à l'Exposition, 1686. — fragments sur diverses matières de controverse pour servir de réponse aux écrits faits par plusieurs ministres contre le livre de l'Exposition de la doctrine catholique, 1675-1691. 392
Les Explications données par Bossuet à Ferry, à Louis de Courcillon, à Turenne et à ses neveux furent l'ébauche de l'Exposition, que Bossuet ne publia que parce qu'il s'en était fait à Toulouse une édition, attaquée par Daillé et du Bosc. — Ce livre eut un immense succès, de l'aveu de Leibniz et de Jurieu. — Bossuet y défend les Pères des trois piemiers siècles pour le culte des saints et des reliques. 11 invoque saint Augustin à propos de la justification et du mérite.
Réponses et Réfutations arrivèrent de tous côtés. — Bossuet prépara une Apologie, dont il ne nous reste que quelques Lettres et Fragments.
Le premier, sur le culte dû à Dieu, justifie les catholiques du reproche d'idolâtrie, en invo([nant l'autorité de saint Augustin, de saint Épiphane, de Théodoret, de saint Cyrille de Jérusalem, de saint Cyprien, de Tertullien, d'Origène. — Dans le second, du Culte des images, il y a quelques paroles de saint Anastase, de saint Epiphane, de saint Jean Damascène. — Dans le troisième. De la satisfaction de Jésus-Christ, Bossuet cite saint Cyprien, en qui « l'on entend parler tous les autres Pères ». — Le quatrième, sur l'Eucharistie, s'appuie sur l'autorité de saint Augustin. — 11 faut en dire autant du cinquième, De la Tradition ou de la parole non écrite.
§ m. — Conférence avec M. Claude, ministre de C harenton , sur la matière de l'Église , avec les Réflexions sur un écrit de M. Claude, 1682. — Traité de la communion sous les deux espèces, 1682. — La Tradition défendue sur la matière de la communion sous une espèce, 1683-1743. — Lettre pastorale aux nouveaux convertis, 2i mars 1686 408
Lu Relation de la Conférence avec M. Claude, livre « parfaitement beau », tire toute sa force de ce qu'ont dit de l'Église, interprétant lEcriture, saint Augustin et Tertullien.
La l'remière Réflexion et la sixième citent saint Basile, Tertullien, saint Augustin, saint Cy|>rien.
Le Traité de lu communion sous les deux espèces contre les
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diatribes de Juiieii , accusant Rome de priver de la coupe la masse des fidèles, établit {première partie) la pratique et le sentiment de l'Église dès les premiers siècles , la réception d'une seule espèce par les malades, par les enlanls, par les fidèles dans la communion privée et |)ublique. — Tous les Pères sont invoqués avec un art et une érudition immense. — Les principes sur lesquels sont appuyés les sentiments et la pratique de l'Eglise [deuxième partie) viennent de Tertullien, de saint Cyprien, de saint Augustin, de saint Basile, de saint Ambroise, , de saint Chrysostome, des deux Cyrille et dOrigène.
La Tradition défendue sur la matière de la communion sous une espèce est une réponse à de La Roque et à Aubert de Versé, publiée en 1743. — Dans la première partie, que la tradition est nécessaire pour entendre le précepte de la communion sous une ou deux espèces, Bossuet cite continuellement les saints Pères, que personne au monde ne connaissait comme lui. — Dans la deuxième partie, qu'il y a toujours eu dans l'Église des exemples approuvés de la communion sous une espèce, toute la tradition est invoquée, depuis les Pères des premiers siècles jusqu'au douzième et treizième siècles. Bossuet répond aux objections tirées de quelques textes d'Origène, de saint Optât, de saint Augustin, des Sacramentaires, des Vies des Pères. — 11 justitie presque tous les Pères de l'erreur qu'on leur attribue sur la nécessité de l'Eucharistie pour les petits enfants. Il montre la communion sous une espèce pratiquée publiquement dans l'office des présanctifiés, comme l'établissent de nombreux textes de saint Augustin, de saint Grégoire de Nazianze, « des Pères de tous les siècles ». — La troisième partie, Démonstration de la Vérité' catholique, n'a pas été composée , ou bien l'évéque de Troyes l'a égarée.
La Lettre pastorale aux nouveaux catholiques du diocèse, etc., établit que les pasteurs qui citent saint Cyprien devraient le citer intégralement, l'imiter surtout, et ne pas accuser d'idolâtrie ceux qui honorent les saints, les Ambroise, les Augustin, les Jérôme , etc.
§ IV. — Les Six Avertissements aux Protestants siir les Lettres du ministre Jurieu contre l'Histoire des Variations (1689- 1691). — Défense de l'Histoire des Variations (1691) 425
Ces Avertissements répondent avec une iiarfaite sérénité aux violentes Lettres pastorales de Jurieu.
Dans le premier, — le christianisme flétri et le socinianisme autorisé par ce ministre, — Bossuet fait l'apologie de la doctrine des Pères, et montre qu'elle n'a pas varié : Quod ubique. quod semper, disait Vincent de Lérins. — Les Pères des trois premiers siècles n'ont pas enseigné les absurdités qu'on leur prête. La question de la grâce n'était pas informe jusqu'à saint Augustin. Les grands hommes du quatrième siècle ne sont pas idolâtres pour avoir honoré les saints. Le P. Pelau, mal cité
ragu
par Jurieu, établit que les Pères des premiers siècles s'accordent avec nous à propos de la Trinité. — Dans l'Église, « on n'a fait les décisions qu'en proposant la foi des siècles passés », celle des Pères de Nicée, de Constantinople, d'Éphèse. — L'Église catholique n'a jamais varié sur la question du péché originel et de la grâce : saint Augustin l'établit invinciblement. — La foi a profité des hérésies et des définitions des conciles, non pas pour changer, mais pour exprimer avec une précision nouvelle une chose qui n'était pas claire : c'est la doctrine de Vincent de Lérins, de TertuUien, de saint Alhanase, de saint Augustin.
Le Deuxième Avertissement, la Réforme convaincue d'erreur, et le Troisième, le Salut dans l'Église romaine, ne mettent pas les Pères en cause. Bossuet, cependant, y défend l'opinion libre de saint Thomas, dite de la prédétermination physique, en même temps que celle des molinistes, qui ne sont pas demipélagiens. — Il venge aussi l'Église romaine de l'accusation d'idolâtrie, formulée par Jurieu, à propos du culte des saints, inauguré, dit-il, par les Basile, les Ambroise, les Chrysostome, les Augustin. — L'Église romaine n'est pas plus aniichrétienne qu'idolâtre ; les luthériens eux-mêmes mettent au nombre des saints ses plus zélé^ défenseurs , saint Bernard , saint Bonaventure, saint François.
11 n'y a rien à dire du Quatrième Avertissement.
Le Cinquième est un magnifique traité de politique moderne, inspiré par TertuUien, saint Augustin, Athénagoras, saint Juslin, contre les théories séditieuses de Jurieu. — Les premiers chrétiens qui remplissaient les villes et l'empire ne se soulevèrent jamais contre les empereurs. — Saints Cyprien, Eusèbe, Lactance, saint Augustin, saint Grégoire de Nazianze en font foi, comme TertuUien , et, plus tard, saint Hilaire, Osius, saint Alhanase, saint Basile et saint Ambroise, saint Gélase et saint Fulgence. — Les prétendus exemples , allégués par Jurieu en faveur des guerres de religion, ne sont pas concluants. — Saint Chrysostome et saint Augustin témoignent contre les protestants.
Le Sixième et dernier Avertissement, \e plus important de tous, ne contient presque rien dos Pères dans ses deux dernières parties , où Bossuet se contente de renvoyer Jurieu à la lecture de saint Athanase, de saint Augustin, de saint Irénée, de TertuUien, à propos de la Trinité, et où il défend les Pères des quatrième et cinquième siècles du reproche d'idolâtrie, les conciles (le Mcée, d'Éphèse, de Chalcédoine, et saint Augustin, saint Jérôme, contre Claude, Jurieu et Luther. — Mais, dans la première partie, l'évêque de Meaux se fait le champion invincible des Pères du deuxième, du troisième et du quatrième siècles, accusés A tori de variations dans la foi sur la Trinité et l'incarnalioii, Jurieu détruit l'immutabilité, la spiii-
TABLE DKS MATIERES. 691
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tualité de Dieu et la Trinité par les erreurs qu'il attribue aux Pères, et il commet des «prodiges d égarement » à propos du concile de Nicée, qu'il fait arianiser avec les Pères des trois premiers siècles, Tertullien surtout, dont Bossuet reconnaît les exagérations, mais proclame les mérites. — Il se défend d'être en désaccord avec le P. Pelau et Daniel Huet.
La Défense de VHistoire des Variations est une réponse à Burnet .'et à Basnage, et invoque le témoignage des Pères pour établir leur soumission aux empereurs.
§ V. — Éclaircissement sur le Reproche d'idolâtrie, 1689-90. — Explication de quelques difficultés sur les prières de la Messe, 1689. — Lettre sur l'Adoration de la Croix, 1691-92 462
Dans \' Éclaircissement sur le reproche d'idolâtrie, Bossuet cite saint Augustin, saint Grégoire de Nysse, saint Astère, saint Grégoire de Nazianze, saint Cyprien, saint Athanase, saint Basile, saint Chrysostome , saint Paulin.
L' Explication de quelques difficultés sur la messe contient à chaque page les noms des mêmes Pères et d'autres encore, saint Gélase, saint Léon, saint Jérôme, Origène, Tertullien, Théophile d'Alexandrie.
La Lettre sur l'Adoration de la Croix s'appuie aussi sur les Pères, sur saint Ambroise et sur saint Thomas. § VI. — Projet de réunion ou Recueil de Dissertations et de Lettres relatives à la réunion des Protestants d' Allemagne à l'Église catholique, 1666-1701 467
Dans le Sentiment de Vécêque de Meaux sur les Cogitationes de Molanus , Bossuet cite saint Augustin , saint Cyrille d'Alexandrie , saint Léon , saint Grégoire le Grand. — Les Réflexions sur l'écrit de M. l'abbé Molanus contiennent aussi de nombreuses citations des Pères, à propos de la justillcation et du mérite, de la grâce et du libre arbitre, de la prière pour les morts, du Purgatoire, des livres saints, de l'infaillibilité de l'Église.
Si dans la Correspondance avec Leibniz, Bossuet a tant de franche sécurité, c'est que les Pères sont pour lui un rempart invincible. — Il énumère 24 faits , qu'il leur emprunte pour la plupart; il multiplie les citations des Pères pour convaincre son adversaire que le concile de Trente s'appuie sur toute la Tradition.
§ "VU. — Instruction adressée aux intendants, 1698. — Lettre de M. de Torcij aux intendants , i"'' novembre 1700. — Les deux Instructions pastorales sur tes promesses de l'Église, 1700- 1 701 i75
Ce sont les principes de tolérance et de charité des Pères et de saint Augustin qui inspirèrent à Bossuet la généreuse initiative de faire révoquer par une Instruction aux intendants les mesures édictées en 1685 contre les Réformés. Il semble l'avoir rédigée ainsi qu'une Lettre de M. de Torcy, 1700, et il protesta
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énergiquenient contre les violences réclamées par Basville et les évéques du Midi.
Dans la première Instruction sur les promesses de l'Église, il multiplie les témoignages des Pères, saint Alexandre d'Alexandrie, Tertullien, saint Cyprien, Clément d'Alexandrie, Vincent de Lérins, Lanfranc, saint Bernard, saint Basile, saint Chrysostome. « Je parle après saint Augustin, dit-il, et saint Augustin a parlé après Jésus-Christ même. » — Il emprunte aux Pères son argument que les protestants sont hors de la chaîne de succession dans l'Église.
Dans la seconde Instruction, qui est une réponse à Basaage, Bossuet invoque saint Augustin, saint Jérôme. — Les Remarques citent Tertullien, saint Léon, saint Athanase, saint Augustin, saint Épiphane, saint Hilaire. tous les Pérès grecs et Latins.
.\ussi du Bourdieu et d'autres protestants ont-ils rendu d'éclatants hommages « aux intentions droites et pures » de Bossuet, « enrichi d'une infinité de merveilleux dons ».
ARTICLE II
Les saints Pères et la Polémique de Bossuet contre les Jansénistes.
Bossuet. quoi qu'en aient dit de Maistre, Rohrhacher, Réauine, ne fut jamais janséniste. — Il jugea l'erreur Janséniste « dangereuse, » des 1662-166.3, ÙAnsles Oraisons funèbres du P. Bourgoing, de Nicolas Cornet, où il protestait contre « les docteurs trop austères », et « l'etTroyable tempête » suscitée par eux dans l'Église, et plaidait la cause des Pères, de saint Augustin et de saint Thomas, attaqués par les nouveaux docteurs. — La Lettre aux Heligieuses de Port-Royal, 1664, combat la distinction entre le fait et le droit au nom des Pères de Chalcédoiue, de saint Grégoire, de .saint Léon, de Cyrille d'Alexandrie, de saint Flavien, etc. —Une lettre de 1667 au maréchal de Bellefonds If Sermon de Pâques 1681 , le Deuxième Avertissement aux Prolestants, les Mr'ditutions sur l'Éranr/ile, les Lettres de direction de Bossuet élablissiMil qu'il n'a jamais goûté la « spiritualité sèche et alamliiquée » de Sainl-Cyran.
Bossuet inspira encore, s'il ne rédigea pas, Y Instruction pastorale de M?' de Noailles contre l'Exposition de l'ahhé de Barcos, qui abusait de saint Basile et de .saint Augustin.
La Justification des Reflexions du P. Quesnel , telle qu'elle parut en 1710, est une œuvre apocryphe; mais Bossuet y avait largement cité saint Augustin, ses ouvrages, et presque tous les Pères.
Dans l'Assemblée de 1700, il combattit le jansénisme, comme à propos du Cas de conscience.
Il appelait les Jansénistes fauteurs d'Iirréliqnes, chicaneurs, et il coml>osa contre eux un livre. De l'autorité des jugements ecclésiastiques, malheureusement mutilé par Lequeux mais plein d'exemples empruntés aux Pères 484
ARTICLE Ilf
Les saint Pères et la Polémique de Bossuet contre les Casuistes.
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Il se prottonça contre eu.v en IfiSO, lfi63, 167".i, 16HI , 1682, où, dans ses Lettres à Dirois, il condamnait le probabilisme, qui s'appnie mal à propos sur saint Antonin et les Pères.
Le Traité de l'usure est tout entier fonde sur l'autorité des docteurs de l'Église Ô05
Dans les quatre petites Dissertations contre le Prohabilisine , Bossuet s'autorise de saint Augustin, de saint Thomas, de saint Bonaventure et des autres scolastiques.
Les Actes de l'Assemblée de 1700, rédigés par l'évèque de Meaux , contiennent aussi plusieurs passages de saint Augustin, de Vincent de Lérins, de saint Jérôme et de saint Thomas.
La Dissertation sur la charité requise dans le sacrement de pénitence cite saint Augustin, saint Thomas, saint Chrysostome et saint Grégoire le Grand.
ARTICLE IV
Les saints Pères et la Polémique de Bossuet contre les apologistes du théâtre.
Dans sa Lettre an P. Caffaro, Bossuet montre qu'on allègue à tort l'autorité de saint Thomas en faveur de la comédie, que saint Augustin, saint Cyprien , saint Alhanase ont condamnée.
Les Maximes et Réflexions sur la comédie sont pleines de textes des Pères, surtout de saint Thomas, de saint Augustin, de saint Chrysostome, de saint Antonin, de saint Césaire, de saint Ambroise, de saint Charles Borromée, etc. — On peut trouver Bossuet sévère; mais il l'est comme tous les docteurs de l'Église 513
ARTICLE V
Les saints Pères et la Polémique gallicane de Bossuet.
Le gallicanisme est l'erreur de lîossuet et ce qui fait sa faiblesse. — Joseph de Maistre et M. Gaillardin ont réduit à des justes proportion-^ la part que prit l'évèque de Meaux à la Déclaration de 1682, qu'il trouvait « odieuse ».
Les saints Pères , cités à profusion dans le Sermon sur l'unité de l' Église, reviennent très souvent dans les Lettres du clergé gallican que rédigea Bossuet.
Quant à la Gallia ortliodoxa et à la Défense de la Déclaration , en partie apocryphes et que l'évèque de Meaux avait défendu de publier, elles contiennent sur les Pères des faits inxacls qu'il n'aurait pas avancés. — Les quatre livres de la première partie de la France or-
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Ihodoxe, les livres V et VI, qui forment la seconde, les livres VII, VIII, IX, X, XI, qui coastituenl la troisième partie avec, le Corollaire, supposent une immense érudition patrologique. — Il en est de même des quatre livres de la Défense de la Déclaration, et on regrette que le texte de la dernière revision, faite en 1700-1702, ait été détruit : on y verrait, sans doute, que Bossuet, à la fin de sa vie, après la querelle du Quiétisme, n'était plus gallican, comme l'otablit M. Algar Griveau.
ARTICLE VI
Les saints Pères et la Polémique de Bossuet contre les Quiètistes.
La pure doctrine des saints Pères fit la force et la supériorité de Bossuet dans sa lutte contre Fénelon, «■ où il \ allait de toute la religion ». — Il demanda toujours des « conférences amiables », pratiquées par saint Augustin. — Il en eut avec Fénelon et M""*" Guyon du mois de septembre 1693 au mois de mars 1695. Il tâcha de désabuser M™« Guyon au nom de la Tradition des Pères et dans les conférences dlssy, dans les trente-quatre articles qui y furent rédigés, dans l'Instruction pastorale qui les promulgua, Bossuet invoqua contre les nouveaux mystiques saint François de Sales, saint Augustin, saint Cyprien, la tradition des Pères, que les Lettres du 2i, du 29 mai et du 3 juin défendent aussi.
L'inslrnction sur les états d'oraison (ii\ars 1697) pose des la Préface n la règle sûre pour juger de toutes ces choses, qui est l'Écriture sainte et la Tradition », Gerson, sainte Thérèse, saint Augustin. — Le livre I'"' cite saint Denis l'Aréopagile , saint Augustin, saint Bernard, Gerson, saint Grégoire, saint Tiiomas; le livre II', Clément d'Alexandrie, Scot, Suarez, etc. ; le IIP, saint Augustin; le IV«, Gerson et saint Jean de Damas, etc.; le V^, saint Basile, saint François de Sales, saint Antoine, Cassien; le VI", saint C\prien, saint Augustin et « tous les Pères » avec « leur doctrine constante »; le VII% le B. Jean de la Croix, saint Jean Climaque, saint Ambroise, etc.; les VIII» et IX'= roulent tout entiers sur la doctrine de saint François de Sales ; le X« condamne la contemplation des Quiètistes au nom de saint Cyprien, (If saint Augustin, de sainte Thérèse, de saint Thomas, de saint Bonaventure, etc. — Les Additions et Corrections exposent la doctrine des Pères depuis suint Augustin jusqu'à Hugues de Saint-Victor.
Dans la Tradition des Nouveaux mystiques , Bossuet montre que tous les auteurs des premiers comme des derniers siècles ont des sentiments contraires à ceux des Quiètistes, condamnés dans des Remarques d'une incroyable érudition patrologique.
.\près l'apparition des Maximes des Saints, la Déclaration du 6 août 1697 les combattit au nom de la pure doctrine de saint François de Sales et de tous les contemplatifs. — Le Sommaire de la doctrine, etc., relève les erreurs attribuées par F'énelon à saint Augustin et à saint François de Sales, dont la doctrine est celle des scolastiques.
Dans tous les écrits ((ui suivent — les Mémoires à .1/s' l'archevêque de
raires.
Cambrai, la Préface sur l'Instruction pastorale de Me'' de Cambrai, la Réponse à quatre lettres de Ms'^ l'archevêque duc de Cambrai, — Bossuet se réclame de l'autorité des saints Pères, depuis saint Ambroise, saint Augustin, saint Chrysostome, etc. , jusqu'à saint Thomas, suint Bonaventure, sainte Thérèse, saint François de Sales, etc. Voilà ce qui fait la force invincible de M. de Meaux.
Les Mystiques en sûreté sont la défense de sainte Thérèse, du B. Jean de la Croix et d'autres pieux mystiques, attaqués par Fénelon, qui les tire à lui , malgré eux.
L'École en sûreté est la défense de saint Augustin, du Maître des Sentences, de saint Thomas, de saint Bernard, etc., à l'école desquels a été élevé Bossuet. — Après avoir récapitulé toutes les erreurs de l'archevêque de Cambrai (Question XVI«) et vidé la question de droit, il tranche la question de fait dans le Quiétisme ressuscité, et donne un petit Index, Indiculus , qui contient une longue liste de tous les Pères invoqués dans les livres Mystici in tuto, Scliola in tuto et Quietisvius rediviinis.
La Relation sur le Quiétisme défend saint Thomas et tous les Pères, que Fénelon s'efforce « de traîner à lui ». — Les Remarques sur la Réponse à la Relation montrent que, sous le nom de Bossuet, on attaque saint Thomas , saint François de Sales , sainte Thérèse , etc.
Dans la Réponse aux préjugés décisifs de 3/s'' l'archevêque de Cambrai, dans la Réponse d'%m théologien à la première lettre de Ms^ l'archevêque de Cambrai à Ms^ l'évéque de Chartres, dans les Passages éclaircis, Bossuet établit qu'il n'a fait que « suivre de mot à mot » saint Augustin, saint Thomas, toute l'école, sainte Thérèse, saint François de Sales, etc.
Le dernier éclaircissement , le Mandement du 16 août 1699, la Relation des actes et délibérations , etc., de l'Assemblée de 1700 sur le Quiétisme, terminent au nom des saints Pères une polémique commencée et soutenue en leur nom. — Le général des Dominicains pouvait donc appeler Bossuet le « grand défenseur « de l'Église et des Pères 532
ARTICLE VII
Les saints Pères et la polémique de Bossuet contre les critiques et les Philologues.
§ I. Le P. Malebranche 575
Le livre De la Nature et de la Grâce laisse à désirer, parce qu'il s'écarte des principes de saint Augustin. — Dans sa Lettre à un disciple de Malebranche, Bossuet condamne des nouveautés contraires à la doctrine de saint Augustin et des thomistes.
§ II. — L'abbé Dupin 577
C'est pour protester contre d'autres nouveautés que Bossuet écrivit le Mémoire de ce qui est à corriger dans la Nouvelle Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, où l'abbé Ellies
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Diipiii se trompe sur les Pères des trois premiers siècles, à propos du péché originel , de l'Eucharistie , des livres canoniques , de l'adoration de la croix, etc. L'évèque de Meaux condamne « l'esprit de la nouvelle critique , de parler peu respectueusement des Pères », et surtout de saint Augustin « que Dupin maltraite le plus » avec saint Jérôme.
Les Remarques sur l'Histoire des conciles d'Éplièse et de Clialccdoine défendent contre Dupln le Pape saint Céleslia et saint Cyrille d'Alexandrie^ saint Basile, saint Fulgence, saint Léon, saint Grégoire de Nazianze, saint Athanase, les Pères grecs et latins.
§ III. — Affaire des cérémonies chinoises . . 5!i5
Dans ses trois Lettres sur ce sujet, 1701, Bossuet condamne Coulau au nom de saint Augustin, d'Eusèbe, de Théodoret, de saint Irénée, de saint Athanase et de tous les Pères sans exception.
§ IV. — Richard Simon 590
Dès 1678, Bossuet avait eu avec lui des « conférences amiables, selon la méthode chère à saint Augustin. Au fur et à mesure que paraissaient les Critiques de Richard Simon , à propos du texte et des commentateurs de l'Écriture, Bossuet s'alarmait « de ces audaces contre les Pères et les scolastiques ». Il résolut donc de se faire leur champion dans la Défense de la Tradition et des saints Pères et dans les Remarques sur l'Histoire des Commentateurs.
La Version de Trévoux parut à Bossuet une nouveauté hardie, inspirée par « l'ignorance de la Tradition et des Pères ». Il publia donc contre « cette cabale de faux critiques » une Ordonnance et deux Instructions, 170'2-3, où il proteste contre les traits malins de M. Simon, qui « d'un seul coup attaque saint Augustin, saint Thomas, toute la théologie », ose citer les Pères en faveur de l'opinion de Grolius sur les prophéties, imagine une guerre irréconciliable entre saint Augustin et ses prédécesseurs, alors que ce Père est « la lumière de tout l'Occident » et que ses disciples étaient les maîtres du inonde.
Les Remarques sur la Version de Trévoux établissent (jue Bossuet a pour lui « la tradition constante des conciles, des Papes, des Pères », tandis que la critique de son adversaire est hardie, téméraire, licencieuse, ignorante, sans théologie.
La Défense de la Tradition et des saints Fines est le testament de Bossuet et l'un de ses chefs-d'œuvre. — La Préface montre que Simon se condamne lui-même en condamnant comme un novateur saint .Augustin , (lu'ont suivi tous les Pères de l'Uccident et dont ne diffèrent pas les Pères de l'Orient.
Dans la première partie , Bossuet découvre les erreurs expres- .ses de Richard Simon sur la Tradition et le mépris qu'il a pour les Pères : — pour .saint Augustin (liv. i"), qu'il attaque sans déguisement sur la matière de la grâce, où il a e.vcellé, —
Paqres.
pour saint Athanase et les Pères grecs (livre II), dont il détruit l'autorité en leur attribuant des contradictions; — pour saint Thomas et tous les scolastiques (livre IIP), qu'il reprend comme favorables aux sociniens, alors que le docteur Angélique et toute l'École ont le « pur esprit de la Tradition et des Pères » ; — pour saint Jérôme, « trivial » contre l'épiscopat, saint Chrysostomc, « un nestorien », saint Basile, « un rhéteur », saint Grégoire de Nazianze, « rhéteur comme lui », saint Grégoire de Nysse,« un troisième rhéteur de l'Église grecque», saint Chrysostome, « qui a son coup comme les autres » , tous les anciens commentateurs, auxquels Simon préfère le diacre Hilaire, schismatique luciféricn. « Qui veut devenir un habile théologien et un solide interpi ète, qu'il lise et relise les Pères ». (livre IV.) La deuxième partie a pour objet les cireurs commises par Simon sur le péché originel et la grâce. — Il fait injure à saint Augustin en soutenant que tous ses prédécesseurs sont contraires à sa doctrine, alors que l'Orient et l'Occident le vénéraient (livre V) et que ses disciples, saint Prosper et saint Fulgence, étaient les oracles du monde après le concile d'Orange.
— Saint Thomas préfère saint Augustin à tous les autres sur la matière de la grâce, parce que ce Père l'a traitée supérieurement, au moins dans le quatrième et dernier état de sa vie à ce sujet (livre VI). — Simon fait le procès à saint Augustin, qu'il accuse d'avoir expliqué le péché originel d'une manière paiticulière et nouvelle, tandis ([ue ce saint docteur enseignait ce qu'enseigne toute l'Église catholique (livre VII). — Le livre VIII établit cette uniformité des Pères et de saint Augustin, ([ui a donné, pour les concilier, quatre principes infaillibles. — Le livre IX
« l'élève les passages de saint Chrysostome, de Théodorct et de plusieurs autres concernant la tradition du péché originel ».
— Dans le livre X, Simon est convaincu de semi-pélagianisme, et la grâce efficace enseignée par saint Augustin est établie par la foi de l'Église et par ses prières tant en Orient qu'en Occident. Saint Augustin a pris son explication du Paler dans les Pères ses prédécesseurs. — Le livre XI explique comment Dieu permet le péché, selon les Pères grecs et latins, et il confirme par les uns comme par les auties l'efficace de la grâce. Saint Augustin, quoi qu'en dise Simon, n'a |)as fait de Dieu l'auteur du péché. — Le livre XII met en lumière la tradition constante de la doctrine de saint Augustin sur Ja prédestination, doctrine comprise dans les prières et dans ce qu'elles signifient, d'après saint Basile, saint Éphrem, saint Jean de Damas, Clément d'Alexandrie, Origène, saint Grégoire de Nazianze, saint Ambroise, saint Cyprien,etc.
Le livre XIII traite de ce principe de saint Augustin : la grâce n'est pas donnée selon les mérites. — Richard Simon essaie en vain de détruire la grâce de prédilection et de préférence : Bos-
nOSSUET ET LES SAINTS PÈKES. 45
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suet lui oppose toute l'École, qui concilie d'abord la grâce efficace et la volonté générale de sauver tous les hommes, puis saint Augustin et tous les autres Pères. — Ceux-ci ont reconnu en Dieu et en Jésus-Clirist la volonté générale de sauver tous les hommes. Saint Augustin et ses disciples n'ont pas changé ces traditions : d'après eux, les justes peuvent persévérer, s'ils le veulent. « II n'est pas permis pas de disputer ni de la grâce qui donne le pouvoir sans l'acte, ni de la grâce qui donne l'acte avec le pouvoir ». — Bossuet termine en résumant la doctrine de saint Augustin et des conciles. , La Défense est une œuvre d'immense érudition et une magnifique apologie de saint Augustin |iar un « Père de l'Église », nourri de la pure moelle du lion.
Il est regrettable que ce livre étonnant soit si peu connu et du public et des théologiens eux-mêmes 646
Pendant près de soixante ans, Bossuet a vécu dans un commerce intime avec les Pères, dans lesquels « il trouvait » la première sève du christianisme ». — Il en a recueilli « un fruit infini ».
11 est l'homme de la Tradition et des Pères aussi bien que de la Bible. « N'outrepassez pas les anciennes bornes; gardez les traditions », répétait-il souvent.
Son intelligence, son cœur, son caractère se sont imprégnés de l'esprit, des sentiments, des habitudes excellentes des Pères, et toutes ses œuvres en font foi.
Les 235 pièces oratoires qui nous restent de lui montrent qu'il a pris « ce qu'il y a de plus éminent » dans ses auteurs favoris : saint Augustin, saint Chrysostome, Tertullien, saint Grégoire le Grand, saint Cyprien, saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, Clément Alexandrin, saint Grégoire de Nysse, saint Bernard, saint François de Sales, etc.
Ses travaux d'exégèse sont uniquement inspirés des saints Pères, qui l'ont rendu « habile théologien et solide interprète ».
Ses œuvres ascétiques ne semblent si belles que grâce aux règles de spiritualité qu'il puisait dans les Pères.
Historien, philosophe, politique, il emprunte la plupart de ses idées aux saints docteurs.
Ce qui fait sa force dans ses polémiques contre les Protestants, les Jansénistes, les Casuistes, les Apologistes du théâtre, les Quiétistes et les Critiijues, c'est que partout et toujours il se fait des Pères un invincible rempart.
S'ensuil-il qu'il manque d'originalité? — Non; il prête plus aux Pères qu'il ne leur emprunte, et, grâce à son goût, il leur est supérieur.
Il leur paie, d'ailleurs, magnifiquement le tribut de reconnaissance qu'il leur doit, et il est mort en les défendant.
Quelle leçon pour le clergé, qui peut, comme Bossuet, trouver dans les
Pages.
Pères une mine inépuisable, à défaut du génie qui vient du ciel et dont l'histoire n'a vu et ne verra probai)lement qu'une fois une merveilleuse éclosion comme celle de notre grand Bossuet.
Bibliographie :
Ouvrages du dix-septième siècle cités ou mentionnés dans cette tlièse. . . 663
— du dix-huitième siècle 667
— du dix-neuvième siècle 668
Table des matières 673