‹ Bossuet et Louis XIV, 1662-1704Chapitre 4 sur 13 · I. Sermon sur la parole de Dieu. — Carême des Carmélites · texte numérisé non relu

I. Sermon sur la parole de Dieu. — Carême des Carmélites

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en sorte que Dieu parlât seul dans la chaire du Louvre, et que l'homme n'y parût point.

Les prédicateurs du roi, même quand ils venaient de la province, n'avaient pas, comme les aumôniers, un appartement au Louvre; ils n'y paraissaient qu'aux heures de prédication, et ils pouvaient ne rien savoir de la vie de la cour. L'abbé Bossuet, logé au doyenné de Saint-Thomas, semble avoir ignoré absolument, du moins en 1662, ce qui se passait dans ce monde qui lui était inconnu. C'était le début des amours adultères de Louis XIV et de Louise de La Vallière ; Bossuet croyait naïvement que le jeune roi était encore innocent et chaste comme son père Louis XI H ; il voyait en lui un nouveau Salomon, le roi sage et vertueux par excellence durant ses jeunes années. La preuve en est qu'il termina un de ses sermons malheureusement perdus, sans doute celui du vendredi 17 mars, par une prière dont il faut peser tous les termes. Après avoir parlé fortement contre ceux que La Fontaine appellera des « pestes de cour » , après avoir dit : « Infecter les oreilles du prince, ah ! c'est un (( crime plus grand que d'empoisonner les fon- « taines publiques, et plus grand, sans comparai- (( son, que de voler les trésors publics », il en

vint à parler de Salomon, et à dire que la France, non moins heureuse que la Judée après la mort de David, voyait sur le trône un roi consommé. « 0 Dieu, s'écria-t-il alors, bénissez ce roi que u vous nous avez donné ! Que vous demanderons- (( nous pour ce grand monarque ? Quoi ? Toutes « les prospérités? Oui, Seigneur; mais bien plus (( encore, toutes les vertus etroyales et chrétiennes. (( Non, nous ne pouvons consentir qu'aucune lui « manque, aucune, aucune. Elles sont toutes « nécessaires, quoi que le monde puisse dire, (( parce que vous les avez toutes commandées. « Nous le voulons voir tout parfait, nous le vou- (( Ions admirer en tout : c'est sa gloire, c'est sa (( grandeur qu'il soit obligé d'être notre exemple ; « et nous estimerions un malheur public si jamais « il nous paraissait quelque ombre dans une vie « qui doit être toute lumineuse. Oui, Sire, votre u piété, votre justice, votre innocence, font la meil- (' leure partie de la félicité publique. Conservezc( nous ce bonheur, seul capable de nous consoler « parmi tous les fléaux que Dieu nous envoie^,

I. L'année 1662 fut une année de disette et de misère affreuse ; aussi Bossuet, dans le Sermon sur le Mauvais riche, parla-t-il avec éloquence en faveur des pauvres (Cf. Lebarq IV, 108-110). Cela n'a pas empêché le pieux Joseph

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(( et vivez en roi chrétien. Il y a un Dieu dans le « ciel qui venge les péchés des peuples, mais (( surtout qui venge les péchés des rois. C'est lui (( qui veut que je parle ainsi ; et si Y. M. l'écoute, (( il lui dira dans le cœur ce que les hommes ne « peuvent pas dire. Marchez, ô grand roi, con- (( stamment, sans vous détourner, par toutes « les voies qu'il vous inspire ; et n'arrêtez pas le (( cours de vos grandes destinées, qui n'auront « jamais rien de grand, si elles ne se terminent à (( l'éternité bienheureuse. »

Il est de toute évidence que l'auteur de cette admirable péroraison ne savait pas alors ce dont les courtisans ne parlaient qu'à voix basse, ce que Marie-Thérèse, l'épouse outragée, ignorait absolument. Mais les écailles tombèrent des yeux de Bossuet quand il eut, comme tout le monde, connaissance de ce qui s'était passé au Louvre, un jour de sermon, sans doute le mercredi 22 mars. Ce jour-là, si nous en croyons des témoins bien informés. Madame de Motte ville et Mademoiselle de Montpensier^ La Vallière s'enfuit de la

de Maistre de dire en parlant de Bossuet : « Les souffrances du peuple ne lui arrachèrent jamais un seul cri. » — De r Église gallicane, II, 12.

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