‹ Bossuet et Louis XIV, 1662-1704Chapitre 8 sur 13 · Lévesque et Urbain : Correspondance de Bossuet, I · texte numérisé non relu

Lévesque et Urbain : Correspondance de Bossuet, I

à peine, il ne devait pas être considéré comme l'héritier probable d'un roi qui était si jeune et d'un tempérament si vigoureux. On disait de lui, et non sans apparence de raison : u Fils de roi, père de roi, jamais roi. » Il était donc destiné à n'avoir aucune influence à la cour ; il ne pouvait protéger personne. S'il avait, comme il le fit un jour, déployé de sérieuses qualités, militaires ou autres, on lui aurait démontré, et on n'y manqua pas en cette occasion, que l'on n'avait pas besoin de lui et que son heure n'était pas encore venue. Cette heure ne devait jamais venir : il était condamné à l'inutilité, à l'indifférence, à l'apathie et à la mort prématurée.

Mais le précepteur, par cela même qu'il suivait la cour en tous lieux, avait évidemment l'occasion de parler au roi. Le roi de même pouvait avoir à parler au précepteur qu'il avait fait prince de l'Église ; 11 dut même, comme on le verra bientôt, le consulter sur des questions de politique religieuse, voire sur les afl'aires de sa conscience. Mais Bossuet se tenait toujours sur la plus grande réserve ; il n'allait pas sur les brisées du confesseur, de l'archevêque de Paris, du grand aumô-

nier, des prédicateurs de la cour. Ce n'est pas lui qui, de son autorité privée, en se déguisant par une déclaration mensongère, aurait écrit à Louis XIV une lettre anonyme comme celle dont le brouillon autographe a été trouvé dans les papiers de Fénelon. Bossuet précepteur ne prêchait plus, si ce n'est dans de très rares occasions, quatre ou cinq fois peut-être en dix ans ; et il ne se croyait pas le droit de dire au monarque, dans la salle de travail du dauphin ou dans les salons de Versailles, ce qu'il lui avait dit autrefois dans la chaire. Mais si le roi s'intéressait aux études de son fils, s'il assistait à quelques unes des leçons que Bossuet faisait sur l'histoire de France, il put entendre de bonnes vérités, et prendre sa part des enseignements moraux qui étaient donnés au jeune prince. L'abbé Ledieu, secrétaire de Bossuet, a raconté à ce sujet une anecdote qui ferait grand honneur au roi si elle était bien authentique. Il a dit que Bossuet parlant un jour à son élève, en présence de Louis XIV, de certain roi de France qui s'était déshonoré par le scandale de ses adultères, le roi se leva brusquement et dit à son fils : (( Défendez-vous à jamais de ces coupables entraînements, de ces engagements malheureux, et gardez-vous bien de suivre en cela mon exemple.

Je voudrais, — et il secouait convulsivement son bras droit, — qu'il m'en eût coûté ce bras, et avoir eu la force de résister à un si déplorable penchante »

Deux ou trois fois seulement, durant les années de préceptorat, Bossuet fut amené à parler fortement au roi, et il est bon d'examiner sa conduite en ces circonstances. Ce que l'histoire a retenu pourra nous édifier sur ce qui est demeuré secret. Il ne saurait être question ici de l'entrée de La Yallière chez les Carmélites ; on sait pourtant que Bossuet fut le guide et le soutien de cette admirable femme, et qu'il conseilla non seulement l'éloignement de la cour et la retraite, mais même la claustration, la réclusion dans la plus austère des communautés. Transformer une duchesse en carmélite, revêtir de bure la mère de princes et de princesses du sang royal, ce n'était assurément pas, au siècle de Louis XIV, une manière de faire sa cour. L'entrée de La Yallière au couvent du faubourg Saint- Jacques souleva des tempêtes, a dit Bossuet lui-même. Il devait prêcher le sermon de vêture en 1674, il en fut empêché par un voyage de la cour en Bourgogne, et La Yallière

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