X AVANT-PROPOS
présenter au peuple, sous le nom de morale, un code d'inimoralitë brutale et féroce.
De toutes parts donc^ je ne dirai pas que l'on revient aux idées de Bossuet, mais on s'en éloigne moins ; on s'en approche, à mesure que le fanatisme du siècle précédent cesse de nous aveugler; elles n'inspirent plus Tindignation 5 oh leur trouve des raisons rrètre, et du moins de l'utilité pratique. Ce que le siècle dernier avait repoussé avec mépris, on se reprend à l'examiner avec intérêt, avec sympathie. Nous avons bâti sur les principes du xviu^ siècle ; mais l'édifice sera éternellement inachevé et ruineux, si nous n^empruntons au xvu® siècle quelques solides matériaux. La Révolution nous a menés trop loin, du moins en politique : nous comprenons que, sans défaire ce qui a été fait, il faut le compléter, et que ce complément, c'est le passé qui peut l'indiquera l'avenir. Parla Tceuvre de Bossuet est redevenue, si jamais elle a cessé de rêtre, actuelle et vivante.
En Religion, il nous offre l'hypothèse
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chrétienne dans sa forme la plus logique, la plus efficace, la plus séduisante.
En Politique, il nous donne la formule la meilleure, la plus sensée, la plus appropriée aux nécessités pratiques, delà théorie conservatrice, des idées de tradition et d'autorité.
En Morale, appuyé sur FKvangile, mais aussi sur la science de l'homme, il nous offre le plus haut idéal de bonté que l'on puisse concevoir, mais un idéal approprié à notre nature, un idéal qui ne la décourage point, mais qui l'attire au contraire et la sollicite à l'effort, un idéal enfin qui exerce ces deux inclinations essentielles de notre âme, le besoin d'agir et le désir du bonheur.
Ceux qui en sont encore à traiter Bossuet de rhéteur pompeux, ou n'ont pas lu Bossuet, ou ne l'ont pas compris. Il n'est point d'écrivain, auxvn^ ni au xvui® siècle j qui ait traité plus de questions vitales^ d'un intérêt inépuisable et permanent pour l'humanité, et qui les ait traitées plus sérieusement, plus fortement.
Devant parler de Bossuet, je me suis
XII ÀVANT-PiiOPÔS.
replacé en face de son œuvre, et je n'ai voulu regarder qu'elle seule : c'est l'impression sincère de cette lecture qu'on trouvera ici. Mais je ne puis oublier de rappeler combien je suis redevable, pour les faits biographiques et la chronologie des œuvres, aux savantes études de M. Floquet et au récent ouvrage de M. Fabbé Le Barq\ Encore moins dois-je omettre de déclarer la part que quelques écrivains éminents peuvent revendiquer dans ce travail. Leurs ouvrages ont contribué d'avance à former en moi l'idée que Tétude directe de Bossuet a achevée, et peut-être plus d'une fois leur influence a-t-elle, à mon insu, déterminé mon impression. Je n'aurais pu, quand je Taurais voulu, m ettre d e côté tout ce que m'avaient appris des maîtres tels que M. Nisard, M. Gandar et M. Brunetière.
Paris, le 15 novembre 1890.
(1) Histoire critique de la Prédication de Bossuet^ 1888, in-8° ; — M. Lebarq a entrepris la publication des OEuvres oratoires de hossuet (t. I^ 1890; t. IV, 1892) .