‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 115 sur 327 · Nouvelles accusations contre M. Varillas · texte numérisé non relu

Nouvelles accusations contre M. Varillas

2. L. XI, n° clix. — Cf. d'autres observations sur les dates des documents, 1. III, n° xxv ; I. IV, n° xvi.

tous les auteurs dont il se sert, il a évidemment dressé comme une hiérarchie de valeur qu'il est facile, en observant quelques cas particuliers, de reconstituer.

Au dernier degré sont naturellement, à. ses yeux, les historiens qui n'ont pas été contemporains des faits qu'ils racontent. Sans doute il veut bien les écouter parfois, j'entends qu'il lui arrive, entre temps, de prendre leur avis et de noter leur impression s'il l'estime instructive ' ; mais le rôle où il les réduit d'ordinaire est singulièrement plus effacé. La plupart du temps, ni leur jugement ne parait compter à ses yeux, ni leur rapport seul ne lui suffit. Il se conforme en toute rigueur au principe que sa scrupuleuse prudence d'historien controversiste s'est imposé : les originaux avant tout. 11 cite, à la vérité, Y Histoire sacramentaire d'Hospinien 2, Y Histoire des Frères de Bohême de Camerarius3, Y Histoire de France de La Popelinière * ; mais, le plus souvent, ce n'est ni d'Hospinien lui-même, ni de Camerarius, ni de La Popelinière qu'à proprement parler il se sert ; le plus souvent ce n'est pas le récit composé par chacun de ces écrivains qu'il suit; et plus rarement encore se soucie-t-il de recueillir leiu-s commentaires et d'adopter leurs opinions s. Ce qu'il

1. C'est le cas, par exemple, pour le luthérien George Calixte (voy. plusloin, p. 212) dont il estime avec raison lejugement. Dans \a.Tradition défendue, part. II, eh. m, il a l'occasion de s'expliquer sur l'usage qu'il avait fait de cet auteur dans le Traité des (leur Espèces : « M. de Larroque m'a reproché d'avoir pris tout cela dans Calixte, célèbre luthérien qui a écrit de toute sa force contre la communion sous une espèce. Tant pis pour les protestants si les faits que j'établis sont si constants que nos plus grands adversaires eu conviennent avec nous. En effet, Calixte est ici d'accord avec Aeneas Sylviûsqui écrivit cette histoire dans le temps où la mémoire en était récente, et si j'ai mieux aimé citer Calixte que Sylvius, c'est afin que des faits de cette importance fussent confirmés aux protestants par le témoignage de leurs au leurs. » Cette réflexion est applicable à plusieurs des passages de ['Histoire des Variations, énumérés plus loin, où Bossuet se sert du Judicium île Coniroversiis de Calixte.

2. Par ex., I. VI, nos xm , xl, etc. Il adopte néanmoins quelquefois le récil et les opinions d'Hospinien snns les réserves et avec les précautions nécessaires. (V. p. 220-221).

•'!. Par ex., I. XI, n° cl. De même pour l'ouvrage de Balthazar Lydids (Waldeusia, 1623), nos glu, glxvih, ei.xxxi sqq.

4. L. X, nos xxv, xxvi, xi.u, li. — Pour la façon indépendante dont il se sert de Y Histoire de la Réformation anglicane de Bornet, voyez plus loin, p. 219-220.

5. Voy. cependant I. II, n° xxix. — De même, 1. XI, nos e.i.xiu-ci.xv, il croit pouvoir se servir de confiance de ['Histoire de l'Eucharistie, de Larroqi e le

veut (Veux surtout, ce qu'il se contente presque toujours d'en tirer, ce sont les documents originaux qu'ils font connaître intégralement, ou par fragments, ou par analyse. A dire vrai, leurs ouvrages ne sont pas pour lui des autorités, mais de simples recueils de textes. Peut-être, suivant la maxime que nous l'avons vu formuler dans la Tradition défendue sur les Deux Espèces^ la lecture des écrivains de seconde main lui a-t-elle servi d'introduction préliminaire à ses recherches, — afin de prendre une vue générale des faits avant de poiisser plus avant pour son propre compte; — mais bien plus probablement en a-t-il usé comme d'un complément et d'une vérification à ses investigations particulières, pour être sûr de n'avoir pas omis, dans ses lectures, des textes -essentiels, et pour connaître ceux des documents originaux importants qui n'avaient été publiés que par ces historiens.

11 établit aussi une sorte de classement d'autorité parmi les auteurs contemporains auxquels il accorde sa confiance. Sur les commencements du luthéranisme, il se fie plus à Sleidan et à Mélanchthon qu'à Érasme; plus à Chytrée, ou même à Calixte2, quoique plus modernes, qu'à Joachim Camerarius ou à Peucer3, très engagés

père qui, sur Jean IIuss, dit-il « a fait la question jugée » ; et des Nouvelles Accusa lions contre Varillas, de Lahhôqde le fils, « jeune auteur, qui pousse ses recherches plus avant que n'avait fait encore aucun protestant. » 1. Cf. plus haut, p. 137.

2 L. 11, nos xi, xxvnt, xxix, xu, xui ; VI, xm, xiv, xxiv. — Sur Calixte, vnv' plus haut, p. 27-28 et notes. Bien que devenu suspect vers la fin de sa vie aux luthériens stricts à cause de ses tendances syncrélistes, Calixte. continuateur indirect de Mélanchthon, précurseur de Spener, jouit au dix-septième siècle, parmi les théologiens allemands, d'une réputation et d'une autorité méritée, bon système, assez compliqué dans.son indépendance, se tenait à distance à peu près égale de l'orthodoxie purement luthérienne et du calvinisme proprement dit. 11 est au moins très respectueux de la personne même de Luther. Leibniz en avait conseillé la lecture à Bossuet (lettre de 1679, Œuvres, éd. Foucher de Careil, t. I, p. 31.) Cf. Henke, Calixtws und seine Zeil : et ÏEncijclùpedie Uchlenierqer. — Sur Chytrbe, v. plus haut, p. 190-191.

3 L V n° xvi ; 1. VI, ii" xu; 1. VIII, n° xxxix : « S'il fallait en croire Peucer' le' gendre de 'Mélanchthon, son beau-père était un pur calviniste. Peucer le devint lui-même et souffrit beaucoup dans la suite, à cause des intelligences qu'il entretenait avec Bèze, pour introduire le calvinisme dans la Saxe. Sans attaquer la foi de Peucer, il pouvait, dans une matière qu'on avait rendue si lertile en équivoques, n'avoir pas assez entendu les paroles de Mélanchthon et les

dans les luttes des partis et sans doute aigris par des ressentiments personnels. Sur les affaires de France, il eroit plus volontiers lîèzc ! que de Thou, et plus de Thou - que d'Aubigné 3.

Au sujet des Albigeois et des Vaudois, sur le compte desquels il n'y a moyeu de consulter, munie de nos jours, gué des documents catholiques, et, partant, sujets à suspicion \ il se montre, à juste titre, encore plus circonspect qu'ailleurs. Il n'emploie pas un seul des moines chroniqueurs du douzième et du treizième siècle, sans s'inter-

avoir accommodées à ses préventions. » Cf. plus haut, p. 167-168. — Camerarius, autour d'une Vie de Mélanchthon et d'un écrit polémique intitulé : Querelà Lutheri seu Somnium (1553), fut suspect aux luthériens purs, qui le réfutèrent aigrement. Cf. Niceron, t. XXVI, et les textes cités par Dollinger, La Réforme, t. Il, p. 573-5S0. — Au contraire, sur Mélanchthon, il accepte volontiers le témoignage de Peucer : I. V, n° xvi; I. VIII, n° xxxjx, XL. 11 doute, en revanche, des assurances que Calvin nous donne de la pleine communion d'idées de Mélanchthon avec lui (1. VIII, n° xxxix).

I. Sur [[Histoire ecclésiastique de Bèze, « systématiquement négligée, » et à tort, <> par quelques historiens, » voy. A. de Rcble, édition des Commentaires île Montluc, t. Il, p. 343. — Bèze avait quarante et un ans en 1560; il a passé en France, à Paris, à Poissy, en Guyenne, en Normandie, en Poitou, à Orléans, presque toutes les années 1560 à 15G3 (Cf. Haag et Boriuer, France protestante, et surtout l'édition de YHist. ecclés. de Bai m et Cunitz (t. I, 3, S'.), 103, 27'.', 317, 419, 521, 545, <'>!<>, 781). Il copie et résume très fréquemment Crespin, La Planche et La Place, mais avec indépendance; il retranche et il ajoute. — De Thou n'avait que sept ans eu 1560.

2. Cf. le P. Griffet, Traite des Preuves île l'histoire, p. 138 sqq.; A. dé Buble, Antoine île Bourbon et Jeanne d'Albret, t. Il, p. 211, 216, etc. — Pour la préférence à donner à de Thou sur la Popelinicre, v. P. Dcpcv, Apologie de l'histoire de de Thou (dans l'édit. de YHist. unir., trad. IV., t. XV, p. 457 sqq., 469.)

3. Les récits de faits de guerre sont ce qu'il y a de meilleur chez d'Aubigné, qui écrit, comme il dit, en vue de ceux « qui donnent du pouce au feuillet pour aller chercher les combats. » (Préf. et t. 1, p. 50.) II s'attache peu à l'histoire purement religieuse ou politique (cf. son Histoire, t. I, p. 49, 50, 106, 128, 130, 135). Toute celte partie porte incontestablement le caractère d'un abrégé (cf. t. I, p. 106), tiré soit de La Popelinière, soit de de Thou, -oit de quelque autre des nombreuses histoires du temps. Sur sop autorité, contestable surtout pour la période de 1559 à 1561 , où il n'est soutenu que par les souvenirs de son père (t. I, p. 95 et 165), voir Gomberville, Vertus et Vices de l'histoire, p. 85-86; Sorei., Bibl. franc., p. 304; Bayle, Dict., éd. Beuchot, t. I, p. 237; IV, p. 159, VU, p. 164; XI, p. 98; XV, p. 127; le P. Griffet, Traité des Preuves de l'histoire , p. 262, et dans l'édition <\e ['Histoire du P. Daniel, t. X, p. 629 et 638; Poirson, Histoire de Henri IV. t. IV, p. 290 sqq.; A. m; Bible, Antoine <le Bourbon, t. I, p. 240; Réaume, Étude sur d'Aubigné, p. 210, 211, 221, 223, 257.

4. Sources néanmoins très ■ authentiques *'t suffisantes, » comme le prouve Schmidt, Hist. des Cathares, t. II, p. 2-3.

roger lui-même et sans renseigner le lecteur sur le degré de créance qu'il convient de lui accorder. Il fait entre eux des distinctions fortement motivées. Il a, par exemple, une confiance médiocre en Pierre le Vénérable « qui n'écrivait des Albigeois que par rapport1. » Il ne cite qu'en passant, la lettre écrite à saint Bernard par Evervin 2, moine pieux et naïf , plus occupé , comme tant d'autres , d'exécrer les hérétiques de son temps que de les connaître3. Il fait grand cas, au contraire, de saint Bernard; il se persuade , en dépit des critiques protestants , que personne n'a, mieux que lui, compris les hérétiques de Gascogne; il ne le juge capable ni de calomnie volontaire, ni de crédulité; et il en déduit avec soin les raisons''. Toutefois, l'auteur auquel il accorde le plus de crédit sur les croyances des Albigeois, celui dont le nom revient le plus souvent dans ses pages, c'est celui-là même dont les historiens protestants s'accordent à faire le plus grand cas; c'est Renier5, qui avait lui-même, pendant dix-sept ans, vécu parmi les Cathares et partagé leurs croyances; qui, après sa conversion, « assista souvent à l'examen des hérétiques » et « s'appliquait à lire leurs livres » ; qui, enfin, en disant « sincèrement », comme il fait, sur le compte des Albigeois et des Vaudois, « le bien comme le mal » , se rend par là « d'autant plus croyable 6. »

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