‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 181 sur 327 · CHAPITRE DEUXIÈME. .Tl · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME. .Tl

Mais il en fut autrement, et ce reproche de « nouveauté » commença de toucher plus sensiblement les protestants, quand vint, bientôt après un triomphe rapide, la période d'organisation et de critique ; quand la Réforme, désormais sûre de vivre, eut le temps de considérer comment elle s'était faite. Entre toutes les questions relatives à l'idée d'Eglise, qui assiégèrent alors la conscience protestante f, celle des origines légales et de la naissance même du Christianisme réformé fut par excellence une source d'inquiétudes et de scrupules, — surtout, à ce qu'il semble, pour les théologiens de France et d'Angleterre.

Il leur déplaisait de se dire que leurs Eglises avaient surgi tout à coup, dans un moment de la durée et sur un point de l'espace. Le respect des anciens, si frappant dans toutes les révolutions des Anglais, les empêchait de croire qu'avant eux tout le passé n'eût rien valu. Le bon sens, toujours plus fort chez les Français que le mysticisme, répugnait à l'idée de cette brusque renaissance d'une vérité si longtemps étouffée sans raison. Il était beau, sans doute, de se représenter la Réforme comme une sorte de révélation nouvelle, comme une seconde rédemption, au milieu de l'obscurité et de la corruption plus que païenne où l'Europe était, depuis près de mille ans, retombée. Mais si cette gloire miraculeuse de leur berceau pouvait llatter la vanité des enthousiastes, elle ne contentait pas la raison des sages.

Pour obvier à cet inconvénient, le protestantisme avait eu deux ressources.

L'une était cette théorie, que nous avons déjà signalée, d'une « Eglise invisible », obligée, par le malheur des temps, à se cacher et à se taire, et dont la Réforme n'avait été, à le bien prendre, que la délivrance glorieuse et la réapparition au soleil2.

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