‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 182 sur 327 · Cf. plus haut, p · texte numérisé non relu

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2. Cf. plus haut, p. 34-49 ; Nicole, Prétendus Réformés convaincus de schisme (1684); Jurieo, Traité de l'Unité de l'Église (1688), p. 56; Bayle, Nouv. de la Rép. des Lettres, nov. 1684; et daas Bossuet, le Second Sermon pour la Vêtu rc d'une Nouvelle catholique (1654), 2° Point, la Conférence avec Claude, la Neuvième Réflexion sur cette conférence, et les Variations, 1. xv, nos iv sqq.

L'autre consistait à soutenir1, au contraire, que la manifestation de la vérité évangélique n'avait jamais souffert d'éclipsé et d'interruption sur la terre, ou, en d'autres termes, qu'en réalité la Réforme était aussi vieille que le Christianisme 'lui-même. INous avons déjà vu comment les controversistes protestants faisaient servir à cette démonstration les traditions des Vaudois, identifiés avec les Albigeois victimes de la croisade. Dès le milieu du seizième siècle, les Réformés de France comprennent le parti qu'ils pourront tirer, pour « envieillir » leur Eglise, de ces hérétiques mal connus et calomniés sans doute. Le Synode national de 1572 encourage et provoque déjà les recherches destinées à illustrer l'histoire des Albigeois et des Vaudois2. Mais ce n'étaient pas seulement dans les sectes du Dauphiné, du Yivarais, du Languedoc et de la Gascogne que la Réforme était empressée à se chercher et disposée à se reconnaître. DuPlessis-Mornay, qui, dans son célèbre Mystère d'iniquité, se propose précisément de suivre, à travers le Moyen âge, « la piste » des églises diverses dont le protestantisme pourrait se réclamer, salue aussi dans celles de Rohème , de Moravie et de Silésie, « qui prêchaient publiquement contre l'Eglise romaine, » des gardiennes de la « pureté, vérité, simplicité de la doctrine chrétienne » des premiers jours. Et Dumoulin lui-même , qui pourtant répugnait à entrer dans ces curiosités, à ses yeux superflues3, ne laisse pas

1. Cf. Perri\, Hist. des Vaudois (1619), préf. : « Ils demandent avec importunité en quels endroits et quelle a donc été l'Église... Cette histoire des chrétiens appelés Vaudois et Albigeois satisfera à ceux-là, etc. »

2. Cf. plus haut, p. 235, notes 1 et 7. — Sur le projet de Chamier (cf. p. 5, 7 et 8, notes) de donner une histoire des Albigeois, voy. deux lettres de Joseph Scaliger à Simon Goulart (1603-1604) (Lcttr. franc, de Scaliger, p. p. Tamizey de Larroque, p. 378, 386).

3. « Combien qu'il nous soit aisé de montrer qu'avant Luther, il y avait en France et en .Allemagne et ailleurs des Églises qui tenaient notre créance, si est-ce que nous ne permettons pas que nos adversaires nous échappent ainsi et nous amusent à faire des questions inutiles, afin de se dispenser de répondre eux-mêmes aux nécessaires. » Il faut que les catholiques, «devant que nous leur montrions où était notre Église avant Luther, nous montrent où était leur Église au temps des Apôtres, ce que jamais ils ne pourront montrer. » C'est un « artifice malicieux, » que celui « par lequel on nous veut obliger à répondre en peu

de découvrir à son tour uue lointaine aïeule du protestantisme dans l'Eglise d'Ethiopie. Iiossuet raconte qu'un jour le petit groupe des Calixtins de Bohème , effrayé de sa « solitude » spirituelle, envoya dans tout l'Orient, dans la Moscovie, dans la Palestine et dans l'Egypte, des députés chargés de rechercher s'il n'y avait pas quelque part une secte chrétienne qui partageât sa foi1. Les Réformés, en quête d'une filiation continue et d'ancêtres illustres, faisaient dans l'histoire un voyage d'exploration analogue.

Au milieu du dix-septième siècle, cette enquête généalogique se poursuivit avec une activité encore plus ardente. L'affirmation de l'existence perpétuelle et toujours visihle d'une Eglise pure et infaillible, dont le protestantisme proprement dit n'était que la dernière forme, cette affirmation se précise, s'enracine, s'élargit. Les Albigeois et les anciens Vaudois font désormais partie de la famille protestante ; ils y sont doublement honorés, comme des ancêtres et comme des martyrs. De même aussi les Wicléfites , les Lollards , les Hussites, Jérôme de Prague2, qui sont censés avoir eu « même croyance que les Réformés. » Et l'on ne doutait pas que ces sociétés de « Réformés avant la Réforme » n'eussent été nombreuses, florissantes, ouvertement et complètement détachées de la communion romaine , constituées au grand jour en églises régulières. On ne voulait pas d'aventuriers clandestins pour ancêtres. On admettait, sans y regarder de trop près, que les plus illustres d'entre ces prétendus « hérétiques étaient fort anciens, qu'ils remontaient jus-

de mots à une question dont la connaissance requiert au moins une vingtaine d'années.» Nouveauté du Papisme (1627), I.I, ch.viu et xn, p.23, 29. Il semble donc qu'en 1629 le Calvinisme français ne fût pas encore décidé à accepter franchement la controverse sur ce terrain. Cf. du reste, plus haut, p. 51, et des protestations analogues jusque chez Basnage, Réponse aux Méthodes proposées par l'Assemblée du Clergé (1683), p. 326 sqq.

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