‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 187 sur 327 · Cf. plus haut, p. 19 et notes · texte numérisé non relu

Cf. plus haut, p. 19 et notes

3. Cf. plus haut, p. 20, u. 4, et F. Poaux, Rev. Ilist.. t. XXIX, p. 269-270.

4. Cf. Sayous, Littérature française à l'étranger, t. I, p. 254.

dont le zèle sincère s'acharnait bénévolement, comme à une bonne œuvre, à l'extirpation par tous moyens de l'hérésie. L'érudition des Maimbourg1, des Varillas, des Soulier, et , il faut bien le dire aussi , de Brueys , d'Àrnauld et de Nicole, s'emploie dès lors à chercher dans le passé du protestantisme des raisons temporelles propres à justifier, — aux yeux des laïques et des indifférents que les seuls intérêts de l'Eglise et l'idéal de l'unité de foi n'auraient pas suffi à convaincre, — la réunion des calvinistes par les voies d'autorité2.

1. Sur ]a protection quasi-officielle et les faveurs accordées par Louis XIV au Père Maimbourg, voyez Jurieu, Histoire du Calvinisme et du Papisme, t. I, p. 43; les Entretiens des Voyageurs sur la mer de G. Flournois, t. I, p. 207, et une relation contemporaine inédite (Bibl. nat., Mss. fr. 10265, p. 1, i, 15, 29).

2. Le P. Maimbourg, ex-jésuite, Histoires du Luthéranisme, 1G80; du Calvinisme, 1682; de la Ligue, 1683. — Varillas, Histoire des Révolutions arrivées en Europe en matière de religion, 1686-1689; Histoires de Charles IX, 1683; de François I, 1685; de Henri II et de François H, 1692. — L'abbé Sol'lier, Histoire des Édits de Pacification, et des moyens que les P. R. ont employés pour les obtenir, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable depuis la naissance du Calvinisme jusqu'à présent, 1682; Histoire du Calvinisme contenant sa naissance, son progrès et sa fin en France, 1686. — Nicole, Préjugés légitimes contre le Calvinisme , 167] ; Prétendus Réformés convaincus de schisme, 1681; — Arnauld, Apologie pour les Catholiques contre la Politique du clergé de France (de Jurieu), 1681 ; Pœ'flexions sur un livre intitulé Préservatif contre le changement de religion, 1682; — les injustes plaintes des calvinistes, contenues en leur requête de l'an 1GS0, 1682; — Brueys, Examen des raisons qui ont donné lieu à la séparation des protestants , 1683; Réponse aux Plaintes des Protestants (de Claude), 16S6; Histoire du fanatisme de notre temps, 1692; Traité de l'obéissance des chrétiens aux puissances temporelles ou l'on montre par l'Écriture sainte et par l'histoire de l'Église, en quoi les chrétiens doivent obéissance à leurs souverains de contraire religion, 1710; — Gautrol, La France toute catholique sous le règne de Louis le Grand ou Entretiens de quelques protestants français qui, après avo'n- reconnu que leur secte est impie et pernicieuse à l'Etat, prennent la résolution d'en hâter la ruine si heureusement entreprise par le Roi, 3 vol., 1684; — Denys de Sainte-Marthe, Réponse aux Plaintes des Protestants, contenant quelques particularités dignes de remarque sur la Réformation et les Réformateurs, 1688; et aussi des ouvrages étrangers à la controverse, tels que le Traité de la Politique de la France, de P. Hay du Chastelet (1680).

Cf. en outre sur le dessein de l'ouvrage de Maimbourg : Jurieu, Histoire du Calvinisme et du Papisme, t. I, p. 3, 4, 7, 403, 500, etc.; Bayle, Crit. gén.de l'Hist. du Calvinisme, I. I, n° n ; I. XIII, n° i ; 1. XV, n° v; 1. XVII, n» vu et passim; G. Flournois, Entretiens des voyageurs, t. I, p. 22, 25, 29; Desmaizeaux, Vie de Bayle, au t. XVI, p. 66 de l'édit. Beuchot du Dictionnaire critique, etc. Claude disait de l'ouvrage de Maimbourg : « C'est uDe pièce préparée pour sonner le tocsin sur nous. » Lettre du 4 mai 1682 à Jurieu, dans le Dict. de Chauffepié, art. Jurieu, rem. X.

Le moyen le meilleur était assurément de représenter les protestants de France comme animés d'un esprit hostile à la monarchie et d'ambitions dangereuses à la tranquillité du royaume. Mais comment le prouver?

Au temps des troubles de la Fronde, Mazarin n'avait pu que donner acte aux calvinistes de leur constant attachement au bon parti, et, depuis, Louis XIV n'avait jamais eu de reproche à leur faire1. Cela, sans doute, n'était pas pour arrêter les plus ardents ou les moins scrupuleux des ouvriers de la Révocation. Le controversiste Soulier, par exemple , n'hésite pas à nier cette conduite irréprochable du calvinisme sous Louis XIV, et à inventer pour le besoin de sa cause des traits tout nouveaux d'infidélité et de trahison de la part des protestants français2. Mais, en général, il faut le dire, les ca-

Sur l'esprit « controversiste et missionnaire » de l'Histoire des Révolutions, de Varillas, v. Bayle, Nouv. de la Rép. des Lettres, mars et octobre 1G86 ; Ce que c'est que la France toute catholique sous le règne de Louis le Grand (1686). — Varillas fut gratifié d'une pension ou tout au moins d'un présent, par le clergé de France, en 1670.

Sur l'ensemble de ces écrits, voy. Jurieu, Lettres pastorales de 1687, p. 410; Claude, Plaintes des Protestants : « Une machine préparatoire que les persécuteurs n'ont pas manqué de mettre en œuvre... a consisté à disposer insensiblement les peuples à désirer notre destruction, à la recevoir avec applaudissement quand elle arriverait, et à diminuer dans leur esprit l'horreur que naturellement ils auraient eue pour les cruautés et pour les. injustices que les persésécuteurs méditaient... »; cf. édit. Puaux, p. 41, 43, 44 et notes; E. Benoît, Hist. de l'Edit de Nantes, Préf. gén. : « Ceux qui l'ont conseillée (la Révocation) ont tâché de prévenir la postérité sur ce sujet par divers artifices, » etc. Cf. Bayle, résumant les théories des polémistes catholiques clans son Avis aux Réfugiés (Œuvres, éd. de 1727, t. II, p. 594 sqq.)

1. Déclaration de Saint-Germain (21 mai 1652] et lettres de Mazarin au Synode de Loudun (1659). Cf. lettre de Louis XIV au duc de Saiut-Aignan à propos des protestants du Havre (1er avril 1666) « Ne m'étant pas moins fidèles que mes autres sujets, il ne faut pas les traiter avec moins d'égards et de bonté. » Cité par Raxke, Hist. de Fr., tr. fr., t. V, p. 143.

2. Cf. sur le Synode de Montpazier de 1659, Soulier, Histoire du Calvinisme, et Jurieu, Letlr. paslor. de 1687, p. 410 sq.; Bayle, Réponse d'un nouveau converti à la le! Ire il' un réfugié français. Œuvres, éd. de 1727, I. II, p. 573- 57i. Sur les dispositions pacifiques et soumises des protestants français en 1655, voy. Guizor, Histoire de la République d'Angleterre , t. IJ , p. 202-203; Chéruel, Histoire du ministère de Mazarin, t. II, p. 381-382. Les « éléments calvinistes » que signale Corsix. Mme ,/,> Longueville pendant la Fronde, P. 278 sqq., 282, 283, 286, 287, 291, 465, dans la sédition de l'Ormée en 1652- 1651, consistaient simplement dans les intrigues, plus bruyantes que fructueuses, de quelques ministres anglais. Leurs sollicitations auprès '.des huguenots fran-

tholiques évitent de recourir à des calomnies si hasardeuses : ils préfèrent remonter plus haut dans le passé, où ils avaient la partie plus commode. A défaut de crimes récents, c'est à qui, parmi eux, évoquera le souvenir de la révolte des Pays-Bas, des ligues d'Allemagne, voire des Anabaptistes : c'est à qui surtout exploitera contre le Protestantisme français les souvenirs des derniers règnes. On rappelait l'inquiétude perpétuelle du parti huguenot sous Louis XIII; on remontait jusqu'aux trois derniers Valois, et, ici, l'on avait beau jeu à dénoncer l'esprit foncièrement révolutionnaire d'une secte qui, pendant quarante années, avait été presque continuellement en armes contre la royauté. Si le Père Maimbourg luimême se trouvait obligé d'avouer que les protestants vivant en 1685 ne pouvaient être, en bonne justice, qualifiés de « rebelles ' », il ne se faisait pas faute au moins de soutenir qu'ils étaient la postérité suspecte de rebelles avérés et relaps. Que chercher de plus? « Cette souillure de leurs séditieuses origines n'était-elle pas indélébile? N'y avait-il pas lieu de craindre que dans ces petits-fils des soldats de Rohan, dans ces arrière-neveux des conjurés d'Amboise, ne couvât toujours le vieux levain de la révolte2? »

rais en vue de la formation d'une république protestante paraissent être restées sans écho. — Soulier fut désavoué par le P. Meynier et par le docteur Le Fèvre (Jurieu, ibid., p. 421.)

Un autre indice de cette tendance calomnieuse se trouve dans ce passage d'une relation contemporaine (Bibl. nat., Mss. fr. 10265, f. 120, — 27 mars 1086) : « L'on verra dans peu de temps un manifeste ou déclaration du Roi par laquelle S. M. fera voir les raisons qu'elle a eues de presser les religionnaires de France à se faire catholiques. Outre les raisons de piété et de religion, il y a encore celle qu'ils ont voulu troubler en toutes rencontres la paix, S. M. ayant entre les mains les originaux des traités qu'ils ont faits avec les autres Protestants pour faire des soulèvements. » Cf. La Roque, Mémoires de l'Église ou l'on voit l'état présent du christianisme (1693), p. 410 sqq., sur les troubles du Yivarais en 1678-1681 et sur les « projets de résistance armée d'un des ministres de l'assemblée de Colognac. »

1. Il reproche cependant aux protestants les « séditions des Huguenots à Nîmes en 1670. »

2. Voir entre autres, Arnauld, Apologie pour les Catholiques, ch. ni et iv, sur les ouvrages de Buchanan, de Junius Brutus, etc.; Maimbourg, Hist. du Calvinisme, 1. II, p. 133, 501, etc. : « Cette conspiration (d'Amboise) doit ap-

Du reste, si Ton s'acharnait tellement à remuer le passé du protestantisme, c'était moins peut-être en vue de rendre odieux à leurs compatriotes la personne même des protestants du royaume, qu'afin do ruiner, dans l'esprit du public, l'autorité des édits qui leur garantissaient la liberté de culte et qui gênaient l'impatience des convertisseurs1. En même temps donc que, dans toutes les provinces, les agents du clergé plaidaient activement auprès des Parlements et des Intendants pour faire révoquer pièce par pièce les concessions obtenues par les protestants depuis un siècle aux termes des Edits, et pour faire rentrer partout les églises réformées dans les bornes strictes de l'Edit de Nantes 2, une campagne analogue se poursuivait par les livres. Les écrivains avaient pour mot d'ordre de montrer l'origine impure et néfaste de ces édits dont le protestantisme se réclamait avec tant d'apparence ; de prouver que les garanties sanctionnées par les déclarations royales n'étaient au fond que les conquêtes d'un parti insurgé; que cette liberté de conscience, ces droits civils, ces temples, avaient été arrachés par force, les armes à la main, à un gouvernement faible ; qu'enfin chacun de ces privilèges était le prix exécrable d'une victoire injuste sur le Prince et sur l'Etat. Et qu'on n'objectât pas que les protestants fondaient leurs prétentions non point sur les Edits rendus par les Valois, mais sur

prendre à tous les souverains qu'ils n'ont point de plus dangereux ennemis que ceux qui le sont de l'Église et la troublent par la nouveauté de leurs dogmes, et qu'ils ne pourront jamais régner paisiblement s'ils ne s'appliquent fortement à étouffer leur cabale et leur hérésie dans sa naissance. » Cf. Richard Simox, Lettres choisies, éd. de 1730, t. II, p. 245 (dans une Lettre supposée de quelques nouveaux convertis à M. Jurieu, qui doit être de cette époque). Voir sur le succès de ces manœuvres, surtout pendant la guerre de Hollande, Voltaire, Siècle de Louis XIV, ch. xxxvi et xxxvu; Ranke, Hist. de Fr., tr. IV., t. V,

1. Les déclarations de 16i3 et de 1669, redît de juin 1680, portaient reconnaissance et confirmation de l'Edit de Nantes. Même dans la Lettre du Roi aux évèques du 10 juillet 1682, il était encore recommandé de ne « rien faire contre les Édits et Déclarations en vertu desquels la H. 1'. I!. est tolérée dans le royaume. »

•-'. Voir les noie-, de la Dernière requête des Protestants de France à Louis XIV, p.p. F. Pr.ux, L884.

L'Édit de Nantes, octroyé librement, en pleine paix et pour toujours, par ïe premier des princes Bourbons : l'ingénieuse subtilité des avocats poursuivants du parti catholique répondait que l'Edit de 1598 ne différait des précédents que par les termes, et qu'en fait il avait été la confirmation et le rétablissement de ces « traités » antérieurement conclus , contre le droit et la nature , entre une faction rebelle et puissante et un roi obligé de capituler avec ses sujets ' .

On voit pourquoi les premières guerres civiles étaient le sujet où les controversistes catholiques revenaient toujours de préférence ; ils y trouvaient du même coup des préjugés contre la fidélité monarchique des Calvinistes français et des arguments juridiques contre la valeur perpétuelle de l'Edit de Nantes2.

1. Cf. Maimbourg, Ilist. du Calvinisme, p. 498-500, et la plupart des ouvrages cités plus haut. Un petit nombre de protestants, tels que le jurisconsulte Grotius, n'étaient pas convaincus de l'irrévocabilité de ces Édits : « Norinl Mi qui Reformât or um sibi imponunt vocabulum, non esse Ma foedera , sed regum edicla ob j)ublicam facta utilitatem, et revocabilia,si aliud regibus puôlica ulilitas suaserit. » Rivetiani Apologelici pro schismate, contra Votum pro pace, facli, discussio, p. 22, cité par d'Avrigny, Mém. chron., t. III, p. 265.

La question des Édits est spécialement traitée, à la fin du dix-septième siècle, dans les ouvrages suivants : le P. Mey.nier, De l'exécution de l'Edit de Nantes dans le Dauphiné, Valence, 166 i ; De la démolition de tous les temples ou lieux d'assemblée pour les exercices publics de la R. P. R. qui ne sont pas hors les villes, bourgs et villages, ss. I. n. d.; — Bernard, conseiller du Roi au Présidial de Béziers, Explication de l'Édit de Nantes, 1666 ; — Filleau, avocat au Présidial de Poitiers, Décisio?is catholiques ou Recueil général des Arrêts rendus en toutes les cours souveraines de France, en exécution ou interprétation des Édits qui concernent l'exercice de la R. P. R., Poitiers, 1668; Soulier , Abrégé des Arrêts et Déclarations de Louis XIV touchant ceux de la R. P. R., 1681 ; L'Explication de l'Édit de Nantes de M. Bernard, avec de nouvelles observations et les nouveaux Édits, Déclarations et Arrêtés donnés jusqu'à présent touchant la R. P. R., 1683; — Le Fèvre, Recueil de tout ce qui s'est fait en France de plus considérable pour ou co?itre les Protestants, depuis la Révocation de l'Édit de Nantes, avec une préface pour justifier la conduite qu'on a tenue dans ce royaume pour porter les P. R. à se réunira l'Eglise, 1686; — Thomassin, Traité historique et dogmatique des Édits et des autres moyens spirituels et temporels dont on s'est servi dans tous les temps pour établir et maintenir l'unité de l'Église catholique , 1703.

2. La double tendance de la polémique catholique se résume dans le préambule de l'Édit de Révocation : « ... Nous avons jugé que nous ne pouvions rien faire de mieux pour effacer entièrement la mémoire des troubles, de la confusion et des maux que le progrès de cette fausse religion a causés dans notre royaume et qui ont donné lieu audit Édit et à tant d'autres Édits et Déclarations qui l'ont précédé , que de révoquer entièrement ledit Édit de Nantes. »

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