‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 188 sur 327 · CHAPITRE DEUXIÈME. ,'ÎOl · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME. ,'ÎOl

Il était donc indispensable aux controversistes protestants de traiter à leur tour ce sujet des guerres de Religion, dont on se faisait, contre leur existence légale en France, une arme perfide. J'ajoute qu'à défaut même de cette raison si pressante, si vitale, il y avait pour eux un motif dogmatique, toujours valable, de réclamer opiniâtrement contre des allégations de ce genre.

Depuis sa naissance, en tout temps, en tous lieux, le Protestantisme avait soutenu, on le sait, qu'il n'était autre chose qu'une restauration salutaire et exacte du Christianisme, dans sa justice primitive, dans sa sincérité immaculée, tel qu'il était apparu au monde au sortir des mains de Jésus, avant d'être souillé, compliqué, amoindri par les faiblesses, les passions et les erreurs des successeurs trop humains du divin Maître. Or, dans la persécution que l'apostolat de la Vérité leur avait value de la part du monde païen, quelle conduite le Christ et les premiers Chrétiens avaient-ils observée ? Quels principes avaient-ils proclamés?

Ils avaient souffert sans résistance les vexations, les outrages , la prison , les supplices , la mort : et ils avaient cru, ils avaient dit que de véritables enfants de Dieu, humbles et pacifiques, pour qui l'âme est le tout, m- sauraient faire autre chose. La liberté de la conscience, ne pouvant être violée, n'a. pas besoin d'être défendue. Tout l'Evangile, saint Paul, les Actes des Apôtres, les histoires des martyrs ne parlent à chaque page que d'obéissance passive et résignée, n'en montrent que de merveilleux exemples. — Et cette doctrine et ce parti-pris de la patience sont tellement éclatants chez les premiers chrétiens que nul des plus célèbres docteurs du protestantisme, au dix-septième siècle comme au seizième, ne songe à en contester l'indispensable nécessité '.

1. Voir pour les textes du seizième siècle relatifs au devoir d'obéissance lessive des sujets à l'égard des plus mauvais princes, plu* haut, p. oui, n. 2, et plus loi'), même livre, en. iv, n° v. Cf. pnm- le dix-septième siècle, Grotius, lie Jure Belli et Pacis, d'après Bayle (Avis aux Réfugiés, OEuvres, édit. de 1727, t. Il, p. 009) ; Daniel Tilenus, Réponse au Discoitrs (de La .Mu. m rrÈRE)

Mais alors que dire des guerres du seizième siècle? Etait-il donc possible aux Protestants d'admettre que dans cette ressemblance de leur religion épurée avec le Christianisme primitif, ce trait, si essentiel, manquât? Parmi toutes ces puretés surnaturelles de la doctrine du Christ, les Réformés du seizième siècle avaient-ils dédaigné celle-là même qui peut-être était la marque la plus frappante, la plus indéniable , la plus populaire de la divinité de la Religion chrétienne? Etant à même, par une grâce insigne, par le malheur visiblement providentiel qui les condamnait à souffrir aussi eux, de reproduire dans leur conduite la haute vertu des martyrs, n'avaient-ils pas pu ou pas voulu se donner cette conformité sublime?

Quand les Catholiques accusaient les Protestants d'avoir été des rebelles , cette accusation , aux yeux de ces derniers, était donc plus encore qu'une menace contre leur

des vraies raisoiis pour lesquelles les Réformes de France peuvent et doivent en bonne conscience résister par armes à la persécution ouverte qu'on leur fait (1622); — D. Blondel, Modeste déclaration de la sincérité et vérité des Églises Réformées de France (1619), p. 249 sqq. ; — Moïse Amyraut, Apologie pour ceux de la Religion (1647), p. 75-76; cf., dans sa controverse avec Ph. Vincent, Adversus Epistolae hisLoricae eriminationes Mosis Amyraldi defensio (1619); De la Souveraineté des Rois (1650); et Bayle, Dict., art. Amyraut;

— Drelincourt, Avertissement sur les disputes et le procédé des missionnaires (1654), p. 62, 63; — G. Flournois, Lettres sincères (1681), t. I, p. 159, 161 ; t. III, p. 155; — Fétizo.n, Apologie pour les Réformés (1683), p. 62 ; — B. de Daillon, Examen de l'oppression des Réformés (1687), p. 33-39, 42;

— E. Merlat, Traité du pouvoir absolu des Souverains (1685), passim. — Cf. pour Luther et les luthériens, Masius, Interesse Principum circa religionem evangelicam (1688), d'après Bayle, passage cité plus haut; — Le:bniz, lettre au Landgrave Ernest, 1691 (éd. Rommel, t. II, p. 299); — et, pour les théologiens anglicans, ['Histoire de mon temps, de Burnet, dans les Mém. relatifs à la Révol. d'Angleterre, coll. Guizot, t. IV, p. 456 sqq.

Ou lit dans Jurieu lui-même, Suite de la Politique du clergé de France, t. II, p. 27-28, 32-35, 71-75, et Hist. du Calv. et du Papisme, l. I, p. 504 : <c Quand je parle de justifier les guerres civiles, il faut savoir que je prétends les examiner sur les maximes et sur les règles de la morale du monde. Car, selon les maximes de l'Évangile, je ne sais même s'il y a quelques guerres étrangères légitimes. » Cf. ibid., p. 482, 516, sqq. Cependant le bon sens de Jurieu se soulève par instants contre cette théorie (voy. p. 513, 514; et plus loin, même livre, ch. îv.) — La doctrine de la nécessité de la patience évangélique est fortement soutenue par la plupart des controversistes catholiques cités plus haut : voy. par ex., Brueys, Examen des Raisons, etc., p. 8, 9, 10-12; Arnauld, Réflex. sur un livre intitulé Préservatif, dans les Œuvres, t. XII, p. 517; et Bossuet, Cinquième Avertissement , nos i, vui, xui-xv et passim ; Défense des Variations, n0J x,'xi(sur la doctrine de saint Augustin); n° xxui, etc.

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