Préface de la Nouveauté du Papisme
2. La Bastide, Réponse à l'exposition de Bossuet (1672) ; Jlrieu, Vrai système de l'Église. (1686), p. 263 ; Cordemoy, Lettre aux nouveaux convertis (1689).
3. Synode de Dordrecht, 1618; Synode d'Amsterdam, 1690. — Le protestant Lbnfant, Les fondements de la méthode de prescription renversés, p. 73-74, avoue que « la nécessité de terminer les différends des Eglises de Belgique a forcé peut-être le synode de Dordrecht à passer un peu les bornes de son autorité. »
4. Cf. Larroque, Considér. sur la nature de l'Église, p. 256. Les protestants admettaient, eux aussi, l'infaillibilité . mais au lieu de la placer dans le Pape ou les Conciles, ils l'attribuaient au corps des fidèles représenté par les Synodes : de plus, au lieu de ce mot, « trop superbe pour la créature, « ils employaient celui d' '< assistance particulière de l'esprit de Dieu. » Ibid., p. 219.
5. Sur l'idée d'autorité religieuse à l'origine du protestantisme, voir la Confess. d'Augsbourg, 1530 (Tit. de polesf. ec'clesiae) ; la Confess. Bohémienne, 535, art. V, VIII et XIV; la Confession de fui des Réf. français. 1559, art. XXXIII; la Confess. anglicane, 1562, art. XXXIII; la Confess. helvétique. 1566, XVIII ; la Confess. Belgique, 1615, XXXII.
Les textes les plus probants sont cités par Bossuet [Exposit., ch. xx). Ce sont : 1° l'art. XXXI, des Consistoires, au ch. v de la Discipline : 2° la résolu-
sauf un petit nombre d 'indépendants que scandalisait cette contrefaçon du papisme l, acceptaient ce régime, désireux qu'ils étaient de montrer qu'à la différence des presbytériens d'Angleterre ils savaient reconnaître, sui-
tion du Synode national de Sainte-Foi (1578), tirée par Bossuet, du livre de Blondel, Actes authent., Amst., 1655; 3° la lettre d'envoi dressée au Synode nat. de Vitré (1617) ; 4° l'article du Synode national de Charenton (1644) où sont censurés les Indépendants.
On peut ajouter à ces preuves, l'article du Syn. nat. de Charenton, 1623 (Aymon, II, p. 278), décidant que les Arméniens, s'ils cherchent à propager leurs idées, seront « poursuivis par les censures de l'Église » ; que, s'ils se tiennent tranquilles, on tnchera, d'abord, de les ramener par la douceur, mais, dans le cas où, au bout de trois mois, ils s'obstineraient dans leurs erreurs, on les retranchera de la communion des Églises, et « on ne souffrira point qu'ils approchent de la Table du Seigneur avec nous. » Cf. des textes, moins frappants, mais qui témoignent du même esprit : IIe Syn. nat., 1559 (Aymox, I, p. 6) : « Les ministres ni autres personnes....; » XI8 Syn. nat., 1581 (Ibid., I, p. 153) : « Les ministres et les fidèles... ; » XIIIe Syn. nat., 1594 (Ibid., I, p. 178) : « Quant à ceux qui s'ingèrent.... ; » Xe Syn. nat., 1629 (Ibid., I, 144) : « En ce qui concerne les suspensions....; » XXIe Syn. nat., 1614 (Ibid., II, 10) : « Sur la lecture de l'article... »
Cf. sur le synode de Delft et sur le synode d'Amsterdam. Bossuet, H. des V., 1. XIV, nos lxxv, lxxix ; VIe Avert., part. III, nos xiv et lxvii; Basnage, Hist. de la Relig. des Ègl. Réform., t. II, p. 90-92.
Bossuet remarque très justement (Réfl. sur un écrit de M. Claude, OEuv., t. XIII, p. 566) que ces doctrines autoritaires ne passèrent pas sans protestation dans la pratique; que les particuliers et les consistoires y firent une grande résistance « qui ne put être vaincue que par un long temps et par les décrets réitérés des synodes. » Cf. Conférence avec Claude, ibid.. p. 518 sqq. Voir aussi Hist. des Var., XII, xxxvu ; Cordemoy, Lettre aux nouveaux convertis de l'Ile d'Arvert, p. 104-106 sqq. ; d'Avrigny, Mém. chronol., I, p. 279- 281 ; — et du côté des protestants, Amwact, Du gouvernement de l'Église contre ceux qui veulent, abolir l'usage et l'autorité des Synodes (1653), p. 166 sqq. ; Louis du Moulin, qui était précisément un de ces indépendants, Fasciculus Epislolarum (1676), passim (cf. plus loin, passages cités) ; Conrart, lettre à Bivet du 20 mai 1645 (dans Kerviler et de Barthélémy, Valentin Conrart); La Bastide, Réponse à l'exposition de Rossuct ; Jurieu, Traité de la puissance ecclésiastique (1677), p. 201-202; Vrai système de l'Église (1686), p. 263; Lettres pastorales, IIIe année, 15 oct. 1688 (3e lettre) et 1er nov. (5e lettre).
1. Louis Dumoulin cite et s'approprie ce mot de Whitaker (théol. angl., mort eu 1596) : « Nec ego sane video, si semel hoc remedium ad schismata vel lollenda, vel praecavenda admittimus et ampleclimur, cur et quomodo sistendus est gradus, donec ad summum Pontificem, qui praesit toti Ecclesiae, deveniamus. » Fascic. Epistolarum, 1676. — Voy. ibid., p. 1 : « ... Sentenliae meae haec sunt praecipua capita : usum ipsum , non abusum potestatis Ecclesiasticae intulisse antichristum , hoc est Papam, in terras, hoc est, ut ait Salmasius, pestem et radicem omnium malorum, eu m in orbetn christianum, tum maxime in reformatum, atque protestantes inter se collisisse. Caeterum Potestatem ecclesiaslicam tam esse deliramentum et figmentum humanum, qaam Potestas medica, chirurgica. fabrilis, etc. — Istius autem potestatis chimericae sobolem, — excommunicationem, — esse merum terriculamentum avium. saltem esse censurant abhorrentem a praxi Ecclesiae
vaut leurs propres expressions, « l'ordre et la discipline que Dieu dès le commencement de l'Eglise chrétienne a établie J ».
On le voit donc, il s'était fait dans les idées du protestantisme français2 au dix-septième siècle, sur le sujet de la puissance ecclésiastique, une de ces conversions qu'il faut s'habituer à discerner et à suivre quand on étudie l'histoire des idées : conversions insensibles dont on a peine à saisir, dans l'instant même qu'elles s'opèrent , le mouvement pour ainsi dire clandestin 3 et la direction encore indécise, mais dont on est tout surpris de constater, au bout d'un certain temps, le trajet parcourujet le point d'arrivée.
judaicae, née nixam ulla auctoritate Sacrae Scripturae, mullo minas nomine et auctoritate Domini nostri J. C. aut cujusquam, nisi forsan Calvini. » — Cf. pp. 60, 108, 109, 125, 126, 127, 132-133, 233. — Les Arminiens, dont Louis Dumoulin professait du reste les doctrines, paraissent avoir été animés en général, sur le sujet de l'autorité ecclésiastique, de tendances plus libérales que les Gomaristes (Cf. Haag, Hist. des Dogmes, 1, 235, 396, etc.)
1. Lettre des pasteurs et professeurs de Genève au synode national d'Alençon, (1637), dans Aymo.n, II, p. 612-613. — Cf. sur l'orthodoxie qui était à l'ordre du jour dans les Universités sur la « Puissance des clefs, » une lettre de Jurieu à son oncle, Louis Dumoulin, dans le Fascic. EpistoL, de ce dernier, p. 201 (Lettre XXII).
2. Il serait plus aisé encore, je crois, de surprendre une évolution analogue dans les églises allemandes. Ou y interprétait au sens étroit les paroles de la Confession de foi de Wittemberg (1551) : « Ecclesia habet jus judicandi de omnibus doctrinis... Afflrmatur Ecclesia habere jus teslificandi de Scriptura Sacra, interpretandi Scripturam et judicandi de omnibus doctrinis. » — Un ami de Calixte lui écrit : « Mihi haec nostrorum tyrannis aliqua ratione superare pontifteiam Romanam videtur, cum nuUum mussitare contra suas privatas opiniones, quas pro articulis fidei venditare moliuntur, velint. » (He.nke, Çalixlus und seine Zeit, II, Abth. 2, p. 228). — Leibniz écrit à Bossuet (Œuvres, éd. F. de Careil, I, 257) : « Vous imputez une trop grande tolérance aux protestants, mais cela ne se reconnaît pas dans la pratique. » — Voyez Tholuck, Innere geschichle der protestantischen Kirchen; der Geist der luth. Theol. Wittenberg's. — Scherer, Revue de Théologie de Colani, VI, p. 160-163. — Louis Dumoulin pouvait écrire avec une grande apparence de vérité: « Quoique les uns se disent les disciples de Luther et que les autres suivent Calvin; quoique les uns veuillent l'épiscopat et que les autres soutiennent avec chaleur qu'il n'y a que le gouvernement presbytérien qui soit apostolique; quoique les Églises Réformées aient le malheur d'être divisées d'affections, de communion, de créance et de discipline, cependant il y en a très peu qui ne veuillent ériger un tribunal ecclésiastique distinct du civil : Sic enim discordes sociantur... ubi est idem amor imperii. >- (Fasc. Epis t., p. 2ii.)
3. C'est ce qui explique que Bayle, malgré sa perspicacité très dégagée de préventions fanatiques, fasse, en divers endroits, le fossé plus grand qu'il n'était réellement, entre l'esprit catholique et l'esprit protestant. Voyez par ex. Nouv. Lett. crit. sur l'IIisl. du Calvinisme, 1. XI, n^> vm.
Cette faveur que l'idée de l'autorité en matière de religion trouvait auprès des sociétés protestantes, et cette espèce d'imitation inconséquente ' de la discipline catholique où elles inclinaient de plus en plus, nous expliquent donc, d'abord, la prédominance que prend la question de l'Eglise, dans la controverse, au début de la seconde moitié du dix-septième siècle. Mais ces faits contribuent pareillement à nous faire comprendre le changement que subit alors aussi la méthode employée dans la discussion théologique, et le retour, que nous allons y signaler, à la considération de la foi ancienne de l'Eglise sur les points controversés.
Si en effet nous recherchons, dans les livres de controverse composés entre 1655 environ et 1690, ce que les protestants pensaient, durant cette période, des deux moyens d'arriver à la certitude religieuse dont le protestantisme avait au début prôné l'emploi exclusif, — la voie de l'examen et le recours à l'Ecriture ; — nous constatons qu'on était arrivé à en atténuer considérablement l'importance.
Et d'abord , d'imposer à tous les fidèles l'obligation de se faire eux-mêmes leur foi, c'était là un beau rêve dont Luther lui-même était revenu dès le temps de la guerre des Anabaptistes. La réalité des faits avait alors donné à la théorie un démenti terrible.
Mais, même dans la controverse et entre docteurs, il semblait maintenant bien difficile de maintenir, à l'exclusion d'autres moyens de connaissance, le seul principe de la raison éclairée par la Grâce " , sans que le fidèle eût
1. Wallenburgh, théologien catholique allemand , Tractatus tkeôlogieij 1669, II, p. 4 et 5 : « Constat ex praoçi Catholieorum et protestantium controversias religionîs terminari per synodos et concilia, atcjue haec proponere sensum S. Scripturae a subditis .suis acceptandum... Accédant Protestantes ad doctrinaux Ecclesiae catholictte per suam praxin quando volunt synodos nationales définitive decidere et resolvere omnes res ecclesiasticas, necnon contradicentes excommunicare. et declarare schismaticos. »
2. Leibniz, lettre au Landgr. Ernest, 1685 (éd. Rommel, t. II, p. 77): « Pour moi j'ai toujours dit, et je suis encore de ce sentiment, que non seulement la plupart des fidèles ne sauraient rendre raison de ce qu'ils sont ou de ce
à se préoccuper de rien, que de suivre docilement l'impression du Saint-Esprit sur Tàrne et ces illuminations que Dieu doit accorder à l'humilité et aux prières d'une intelligence soumise. N'apparaissait-il pas trop manifestement, par les dissensions mêmes du protestantisme, que ce procédé mystique ne laissait pas de conduire des esprits, partis cependant du même point et nourris de la même discipline religieuse , aux divergences les plus graves ?
Même difficulté pour cet appel à l'Evangile *, que les
qu'ils jugent, etc.. 11 est fort souhaitable que Dieu ait établi une société dont l'autorité soit capable de nous assurer; j'avoue même qu'il y a bien des raisons qui rendent probable l'opinion qu'il y en ait. » — Et surtout la lettre de janvier 1684; « Man findet hier den Culminalionspunkt von Leibnizens katholischen Zugestandnissen, » dit Rommel. — Jurieu, Traité de l'Unité de l'Église, 1G88, Préf. : " 1! faut avouer de bonne foi que les systèmes de nos adversaires sur l'impossibilité du changement, sur la nécessité d'un juge infaillible, sur l'impossibilité de l'examen ont une fausse lueur qui a ébloui une infinité de gens de leur parti et qui en a séduit quelques-uns du nôtre. » — Cf. Bibl. german., VIII (1724), p. 48 sqq. : « De toutes les objections que nous fait l'Église romaine, la plus spécieuse, à mon avis, est celle qui se tire des inconvénients de l'examen et de la commodité d'un tribunal, qui décide et qui affranchit du travail pénible et dangereux d'examiner. » Cf. Bayle, Dict. crit., art. Nicole, et Rem. C. ; Nouv. de la Rép. des Lettres, juill. 1(586, art. I; Avis aux Réfugiés, OEuvr., t. II, p. 628. — Cf. l'opinion des laïques avec Turenne, lettres du 21 sept. 1659 e^du 12 février 1659, dans Floquet, t. III, p. 203.
1. Cet embarras sur la question de l'autorité en matière spirituelle apparaît bien, ce semble, dans le Vrai système de l'Église de Jurieu, 1. II, ch. xx, xxi ; 1. III, ch. u, m, v, ix, x, xxv, etc.; et daus ses Lettres pastorales (2e année). C'est, dit-il lui-même (Sgst.. p. 231), l'endroit <> où ces MM. ont fait leurs plus grands efforts et c'est ici qu'on trouve leurs plus dangereux sophismes. » 11 y admet que les fidèles ont besoin de guides, mais non pas de guides infaillibles; que les simples eux-mêmes, à défaut de Yexamen de discussion qui est le privilège des savants, peuvent du moins pratiquer un examen d'attention et satisfaire ainsi au principe fondamental de la vie spirituelle dans le protestantisme; qu'il y a, dans les choses de la foi, une clarté affirmative qui suffit pour s'imposer aux simples ; qu'outre la voie de l'examen d'attention, il existe une voie d'impression, de sentiment ou de goût qui mène aussi à la certitude. — Claude distinguait aussi la voie de sentiment et la voie de réflexion. — Il restreint le droit d'examiner aux choses qui sont de la capacité des plus simples et qui intéressent leur salut, exigeant pour le reste un acquiescement obéissant aux décisions des Synodes. Il déclare qu'on n'examine pas pour corriger, mais pour acquiescer. — Sur ces ingénieuses, mais trop peu pratiques distinctions, voyez Pellissox, Les Chimères île M. Jurieu. 1688; Bosscet, L'on fée. avec Claude; Bruevs, Traité de l'Église, 1687, p. 141 sqq.; Vignes, Apologie pour l'Eglise romaine, p. 27-:'>r> ; Bayle, Crit. gén. de l'hisl. du Cale.. 1. XI, u° ii ; Suppléai, du Comment, philosophique, xn. — Du reste Claude [Déf. de la Réformation, 111' p., ch. ix) et Jurieu (Sgst. de l'Église, 1. III, ch. n) soutiennent non plus que l'Écriture est le principe el le point de départ de la
4b LIVRE PREMIER.
protestants avaient d'abord posé comme le fondement de leur méthode, et que les catholiques, comme nous l'avons vu, s'étaient décidés naguère à pratiquer eux aussi dans la discussion. Mais il y avait encore d'autres motifs pour engager les deux partis à ne plus faire désormais dans la controverse, qu'un usage très discret des Livres saints.
Il s'était développé, en effet, depuis cent ans, dans le sein même du Christianisme , une hérésie dont les protestants comme les catholiques se montrent, à la fin du dix-septième siècle, également préoccupés, dont Jurieu 1 comme Bossuet dénonce partout l'envahissement : je veux parler de l'hérésie socinienne 2. Redoutable par sa simplicité séduisante, la secte socinienne n'allait à rien moins qu'à rejeter la Trinité et la Divinité de Jésus-Christ. Et le principe au nom duquel elle combattait ces fondements du Christianisme, quel était-il? C'était qu'il faut n'accepter que ce qui se trouve clairement et expressément dans l'Evangile. Les chrétiens devaient-ils donc, sous les yeux de cet ennemi commun, s'enfoncer dans ce genre de controverse qui consistait, pour les deux partis, à soutenir que sa propre doctrine était dans l'Evangile, et non pas celle de l'adversaire? A quoi servait cet échange d'affirmations radicalement opposées, sinon à démontrer l'ambiguité du texte sacré et qu'on y pouvait trouver ce qu'on voulait 3 ?
foi du chrétien, mais que la foi est antérieure à la lecture de l'Écriture. — Cf. l'auteur de VApis sur le Tableau du Socinianisme de Jurieu, p. 20-21 : « Plus j'y pense, plus je me persuade que les préjugés tirés des catéchismes plutôt qu'une connaissance puisée dans la parole de Dieu, sont aujourd'hui presque l'unique fondement de la foi des peuples. »
1. Surtout à partir de 1686, Jurieu « voit partout des sociniens ». Réponse de l'auteur de l'Histoire des ouvrages des savants à l'Avis de M. 'Jurieu, 1690.
2. Lélius Socin, mort en 1562; Fauste Socin, m. en 1603. — Le texte polonais du Catéchisme de Rakow, qui est comme la confession de foi de la secte, est de 1605 (souvent réimprimé et traduit en plusieurs langues ; en latin, en 1609). — On cite peu de sociniens très marquants au dix-septième siècle, sauf Jean Crell ; c'est, en effet, que la secte ne faisait pas beaucoup de bruit, tout en se propageant d'une façon continue dans les classes éclairées, et spécialement parmi les pasteurs. (Cf. A. Réville, Encycl. Lichtenberger, p. 3S7-3S8.)
3. Cf. l'historien Pierre Mathieu {Histoire de la Paix, 1602) cité par Bayle, art. Hcnnids, à propos du colloque de Ratisbonne :« Quand je considère le peu de fruit que ces disputes ont apporté en divers endroits de l'Europe et que l'Écriture
Quand on ne croyait pas encore sérieusement au péril de l'incrédulité, quand le déisme et l'athéisme n'étaient que des « monstres » dénoncés par les bruyantes déclamations du père Garasse ', les catholiques — Bellarmin, Duperron 2 — pouvaient, dans leur désir de prouver la nécessité de la tradition et de l'autorité de l'Eglise, se permettre d'insister, avec une singulière audace, sur le peu de clarté de l'Ecriture sainte, et sur l'impossibilité où l'on eût été d'y montrer même les dogmes fondamentaux du spiritualisme chrétien. Mais, à présent, renouveler cette apologétique téméraire, c'eût été un remède pire que le mal, c'eût été risquer de convertir les protestants en Sociniens3.
Et puis, il fallait aussi compter dorénavant avec l'Exégèse, en train de naître, et qui déjà faisait parler d'elle. Au commencement du siècle, les protestants, Desmarets, Dumoulin, tout occupés de démontrer que l'Ecriture était de droit l'unique et suprême « juge des controverses », pouvaient prétendre que le texte des Livres saints reconnus comme canoniques v devait être placé en dehors de
Sainte est l'arène sur laquelle chacun estime qu'il lui soit permis de combattre, il me prend envie de désirer quelque sévère défense de la traiter si vulgairement et serait bon qu'elle fût enseignée à la façon des atomes d'Épicure, des nombres de Pythagore, des idées de Platon, de l'entéléchie d'Aristote et des chiffres des cabalistes, afin que personne n'en eût l'intelligence que par ceux qui sont capables de l'entendre, etc. » Cf. H. Simon, Letir. chois., 2« édit., II, p. 221 sqq. (Lettre de quelques nouveaux convertis à M. Jurieu); Jurieu, Syst. de l'Eglise (1686), p. 448.
1. La Doctrine curieuse des beaux-esprits de ce temps (1623).
2. Duperron, liv. V, ch. vi ; passages relevés par Dumoulin, Nouv. du Papisme, Préf. et liv. I, eh. r.ix.
3. Jurieu, Esprit d'Arnauld, I, p. 103 sqq.; 173, 17 i , 177, 181 sqq.; II, p. 119, montre lui-même aux catholiques les conséquences graves de la théorie de 1' « insuflisance de l'Écriture. »
4. Et ces livres canoniques étaient reconnus tels, d'après les premiers réformateurs, « non tant par le commun accord et consentement de l'Église que par le témoignage et persuasion intérieure du Saint-Esprit qui nous les fait discerner d'avec les autres livres ecclésiastiques. » Conf. de foi des Égl. réform. de France, art. iv. — Cf. Bossuet, Avertiss. aux Protest., III, ch. xxv. Mais, ajoutet-il, « les ministres ont bien senti que de faire croire à tous les fidèles qu'ils vont connaître d'abord par un goût sensible la divinité du Cantique des Cantique ou du commencement de la Genèse ou d'autres livres semblables, sans le secours de la tradition, ce serait une illusion trop manifeste. »
toute discussion et admis aveuglément1; mais à présent2 qu'en France particulièrement l'inquiétante curiosité des érudits se portait de plus en plus sur l'authenticité des Livres sacrés, sur leur inspiration, sur leurs transformations, sur l'état du texte, pouvait-on, sans imprudence, représenter aussi fermement la lettre de rËcriture comme le principe immuable et sacro-saint, la base fixe et incontestée de toute investigation théologique?
Et les calvinistes ne devaient pas avoir moins de scrupule , en présence du socinianisme grandissant, à faire bon marché des anciennes croyances de l'Eglise chrétienne et des traditions du passé. Car si l'on continuait de soutenir, comme aux premiers jours de la Réforme, qu'il n'y avait nul compte à tenir de l'antiquité, que les opinions des Pères et des docteurs n'avaient aucune valeur décisive, aucune autorité imposante; si l'on se complaisait toujours à rappeler que les plus anciens et les plus illustres d'entre eux avaient fréquemment et grossièrement erré, quelle était la conséquence que tirait naturellement de ces dédains le « libertinage » socinien ?
1. Dumoulin, Préface du Bouclier de la foi (1618); Préface de la Nouveauté du Papisme (1627); Daillé, La foi fondée sur les Écritures (163 i), passim; Desmarets, Thèses theologicae de Judice controversiarum (1625), th. II; Drelincourt, Dial. contre les missionnaires (1655), p. 263, soutiennent toujours la parfaite intelligibilité et la clarté invincible de l'Écriture « es choses nécessaires à salut. » Cf. sur les théories de l'inspiration totale et constante de l'Écriture, dans toutes ses parties, les textes cités par Haag, Hist. des Dogmes, I, 8, 55, 484. Un luthérien contemporain, Quenstedt, écrivait: « Solus Deus (si accurate loqui velimus), S. Scripfurae auctor dicendus est ; Prophetae vero et Aposloli... Dei cç.lami et Spiritus Sancti dictantis notarii fuerunt. »
2. L'ouvrage du protestant Louis Cappel sur les points-voyelles, accents et signes diacritiques de l'Ancien Testament (Arcanum punctuationis révélation), ajoutés au texte, selon lui, par les massorètes du cinquième siècle, est de 1624 ; son Spicilegium in Novum Testament ion. de 1632; sa Critica sacra, sive de variis leetionibus quae in sacris Y. T. librisoccurrunt, de 1650. — Les Exercitaliones biblicae de hebraici graécique textus sinceriiâte du P. J. Morin, de l'Oratoire, sont de 1633. — Les travaux de Grotius et du ministre Jean de Croï sont également du milieu du dix-septième siècle. En 1678, parut YHisloire critique du Vieux Testament, de R. Simon. — Sur l'opposition soulevée dans le protestantisme par les travaux de L. Cappel, voy. les ouvrages des Buxtorf père et fil6, d'Usher, d'Arnold Boot. La Critica sacra, dont les protestants même, dit-on, entravaient la publication, ne parut, en 1650, que grâce à l'intervention libérale des PP. Petau, Mersenne et Marin. — Cf. Claude, Œuvres, t. V, p. 331, lett. xci.
C'était, ce semble, celle-là même que de bonne heure les sages du protestantisme avaient prévue et voulu prévenir parleur invention de F « église invisible ; » c'était ce raisonnement brutal : « Si, dans la jeunesse toute fraîche du christianisme, les successeurs des Apôtres se sont déjà égarés au point qu'on soit tenu de se défier d'eux et de les récuser pour juges, c'est donc que la vérité chrétienne, à peine donnée au monde, lui a été soudain dérobée... Mais à quoi bon une révélation dont les effets s'épuisèrent si vite ? Qu'était-ce que cette lumière éclipsée ou du moins ennuagée, aussitôt qu'apparue ? Que signifiaient ces « promesses » d'infaillibilité de Jésus- Christ à son Eglise, promesses dont l'accomplissement avait été ajourné quinze siècles, et pourquoi cette impuissance, ou, si l'on veut, cette insouciance ironique de la Divinité pour son œuvre1?... »
On le voit donc : en face des hardiesses destructrices du socinianisme et de l'exégèse, — deux nouveautés qui semblaient être de connivence et se donner la main, — il y avait un égal danger, soit à prétendre, comme les catholiques le faisaient quelquefois, que l'Ecriture ne suffisait à rien ; soit à maintenir, comme les protestants le faisaient toujours, qu'elle suffisait à tout. Il s'agissait désormais de l'intérêt commun de toutes les sociétés chrétiennes, et s'il fut alors tout naturel aux catholiques de profiter de cette occasion pour renoncer à l'emploi exclusif de la discussion purement exégétique , pour laquelle ils n'avaient jamais eu trop de goût; d'autre part, il n'était pas moins obligatoire aux protestants, — défenseurs d'autant plus zélés de l'intégrité du divin héritage qu'on les avait accusés d'incrédulité déguisée, — de se résigner à admettre, à côté de l'étude des saintes Lettres, une seconde voie d'instruction sur les articles controversés : l'étude des Docteurs, des Pères, des conciles, la recherche de l'ancienne foi chrétienne .
1. Cf. Jurieu , Lett. pastor., t. III, p. 1GG-1G7; Bossuet, Trad. défendue sur les Deux Espèces, P. I. cli. vu.
Les Anglais, cette nation conservatrice dont Bossuet se plaisait à reconnaître le respect pour l'antiquité, n'avaient pas attendu la menace du libertinage croissant pour mêler, sinon pour substituer tout à fait la méthode historique à la considération, naguère prédominante, des textes sacrés. Au commencement du dix-septième siècle, et môme dès la fin du seizième, nous voyons en Angleterre les controversistes anglicans, Jewel, Usher, Stapleton, se travailler à revendiquer pour leur église le bénéfice d'une tradition perpétuelle et d'une succession ininterrompue \
Bientôt le môme dessein se marque chez les calvinistes de France. Les contemporains s'en avisent : « les huguenots, » écrit Balzac, « commencent à être un peu plus honnêtes avec les Pères et à les traiter plus civilement'2. » Dès 162G, un des représentants de cette école de pieux érudits, dont la curiosité laborieuse renouvela au dixseptième siècle le goût et l'étude des antiquités ecclésiastiques, le ministre Aubertin3 introduisait brillamment
1. Jewel, Apologia Ecclesiae anglicanae , 1562: très souvent réimprimé; en particulier à Amsterdam, 1687; — Works, 1609, in-fol. — Usher, Gravissimae quaestiones de Chris tianarum Ecclesiariim in Occidentis praesertim partibits, ab apostolicis temporibus ad ?ioslram usque aetatem continua successione et statu historico, 1613; 2e édit., 1638; 3°, 1687. Jewel avait voulu montrer la conformité des dogmes protestants avec ceux de l'Église des six premiers siècles ; Usher continue cette tradition jusqu'en 1240, et se proposait de la poursuivre jusqu'à la Réforme. — Stapleton, Œuvres. Paris, 1620, 4 vol. in-folio.
Le célèbre John Pearson, l'un des docteurs de l'anglicanisme au dix-septième siècle, réfuta sur plusieurs points dans les Vindiciae Epistolarum S. Ignatii, 1672, le livre de Baillé, sur le Vrai emploi des Pères, combattu également par Beveridge, Cave, Worton, et tous les épiscopaux (Haao, France protest., art. Daillé).