Lessi.ng, cité par Bost, Christianisme moderne, p
2. Bossuet, lettre du 1er juin 1700 à Leibniz (édit. Foucher de Careil, t. II, p. 369 sqq. : « [On tenterait vainement des pacifications sur les controversesj en présupposant qu'il fallut changer quelque chose dans aucun des jugements portés par l'Église. Car comme nos successeurs croiraient avoir le même droit de changer ce que nous ferions que nous aurions eu de changer ce que nos ancêtres auraient fait, il arriverait nécessairement qu'en pensant fermer une plaie, nous nous en rouvririons une plus grande. Ainsi la religion n'aurait plus rien de ferme, et tous ceux qui en aiment la stabilité doivent poser avec nous pour fondement que les décisions de l'Église une fois données sont infaillibles et inaltérables... Permettez-moi de vous prier encore une fois... d'examiner sérieusement devant Dieu si vous avez quelque bon moyen d'empêcher l'Église de devenir éternellement variable en présupposant qu'elle peut errer et changer ses décrets sur la foi. »
3. Bossuet, Premier Avertissement, n° xi, fait remarquer que, d'après Jurieu, les divergences de dogme les plus graves ne blessent ni les fondements de la foi ni l'essentiel et le fond de la piété.
CIIAPITRE CINQUIÈME. 5G1
septième siècle, ce qu'il est aujourd'hui dans sa forme la plus avancée et la plus libre, après Hegel et après Wesley, sous la double influence des philosophies évolutionnistes et des « réveils » de la charité mystique.
Il ne faut donc pas s'étonner si tous les docteurs protestants ne s'engagent pas alors dans ces voies périlleuses, et si, môme, ceux d'entre eux qui avaient cru pouvoir pousser cette pointe hardie sur l'avenir reviennent bientôt sur leurs pas, en apercevant, plus ou moins nettement, les conséquences éloignées ou prochaines, théoriques ou pratiques ', où ces témérités les mèneraient.
Jurieu, on l'a vu, s'était risqué, après Y Histoire des Variations, à soutenir que les hommes ont le droit de défendre contre l'oppression la liberté de leur âme, aussi bien que leur vie et leurs biens. Et Basnage avait paru approuver cette maxime. Mais alors pourquoi ce dernier s'acharnait-il à démontrer encore que la religion protestante n'avait jamais été, pour quoi que ce fût, dans les discordes intestines de la France ou des pays étrangers? « Voilà, » dit Bossuet, confrontant malignement sur ce point Basnage et Jurieu, « voilà deux ministres bien opposés ». L'un accorde ce que l'autre nie. « Si M. Bas-
1. Les intérêts actuels et politiques du Calvinisme français à la fin du xvn» et au commencement du xviii» siècle furent aussi, sur certains points, une des causes qui retardèrent cette évolution. L'arrière-pensée constante des Réfugiés était de rentrer en France : c'est à réaliser ce vœu que les chefs les plus respectés et les plus influents consacraient alors tous leurs efforts. Bas.xagg en particulier, était convaincu, qu' « il fallait écarter des Protestants français la prévention qui les faisait regarder comme enclins à la rébellion et au républicanisme. » (Sayous, La Littérature française à l'étranger au dix-septième siècle, t. II.) Du reste Bayle s'était chargé, avec succès, du soin de faire toucher du doigt aux Protestants les conséquences plus ou moins immédiates des nouvelles doctrines de Jurieu « M. Jurieu rend notre religion odieuse et exécrable en avançant des dogmes qui fout horreur, et dont tout le monde a sujet de redouter les conséquences funestes... » D'après ces nouveaux principes, « il n'y a aucune règle de la religion ni même de la morale qui pût faire désapprouver la conduite du Dauphin s'il détrônait le roi son père... » et puisque, suivant lui, « les Condés et les Colignis », en faisant la guerre civile, ont été '< inspirés de Dieu », il s'ensuit que Poltrot, lui aussi, a été « inspiré de Dieu ». Et la Réforme en revient à l'esprit de Paré, de Languet, de John Knox, et elle « s'infecte » toute entière de la « Lèpre de Ruchanau ». {Avis aux Réfugiés et Entretiens sur la Cabale chimérique, Œuvres diverses éd de 1727 t II p. 609, 611, 696, 697.) ' ' '
nage fait les derniers efforts » pour défendre de toute participation aux troubles du seizième et du dix-septième siècles la Réforme et ses Synodes, c'est donc que « les meilleures actions , au fond, lui paraissent dignes d'être désavouées? 1 »
En vérité, « les deux moyens se combattaient. » — Et cette incertitude , qu'un livre du protestant Larrey devait mettre bientôt dans tout son jour2, se trahit à la fin du dix-septième siècle, chez Jurieu lui-même3. Car après s'être avancé, comme nous l'avons vu, jusqu'à des théories qui impliquaient en pratique la tolérance, bientôt pris de peur à la vue des excès des « pyrrho-
1. Déf. de l'Histoire des Variations, nos xiv, xv, xxn, xxviii, xxix, xlviii.
2. Larrey, Réponse à l'Avis aux Réfugiés (1709), p. 139 sqq., p. 168 sqq., p. 266 sqq., p. 353 sqq. et passim.
3. Le Tableau du Socinianisme est le premier des ouvrages où s'affirme de nouveau chez Jurieu une intolérance qui ira en croissant dans ses dernières années. Voir part. I, lettre vin (à MM. les Pasteurs et Conducteurs des Églises wallonnes des Provinces-Unies : de la Tolérance civile des hérésies, ou pour soutenir le droit des magistrats dans les affaires de la religion), p. 520 : « Nous ne saurions aimer, souffrir, ni tolérer ceux qui nous daraneut... La paix des Provinces-Unies résulte de ce que, malgré la prétendue tolérance, la religion réformée est toujours la maîtresse et la dominante, et les autres sectes sont dans l'abaissement et dans l'autorité. » P. 513. « Dire que la conscience n'est pas du ressort du magistrat est la maxime du monde la plus folle et la plus impie. » P. 412 sqq., Jurieu admet qu'il est permis de « gêner » les dissidents, c'est-à-dire de leur faire ce que l'on fait aux papistes dans tous les États protestants sans en excepter les Provinces-Unies : « On leur ôte la liberté de l'exercice public, on les éloigne des charges, on ne leur donne aucune part au gouvernement; en d'autres lieux, on supprime entièrement tous leurs exercices, on leur défend d'avoir des prêtres, et surtout on les prive de la liberté de dogmatiser et de répandre leur religion par la voie de la séduction. » P. 433 : Il y a même des provinces (en Hollande) où les « exercices » des catholiques sont tout à fait souterrains, « et quand on les découvre, on ne les protège pas contre la violence du peuple. » P. 434 : « Il s'agit de savoir si le magistrat peut, quand cela est possible et qu'il le juge à propos, employer son autorité pour l'extirpation de l'hérésie et pour la ruine de l'idolâtrie ; non pas à la vérité en brûlant les idolâtres et les hérétiques, mais en leur défendant de dogmatiser, en les bannissant lorsqu'ils refusent de se taire, en ruinant les temples de l'idole, en donnant toute sorte d'avantages à ceux qui professent la véritable religion et en privant de tous ces avantages les hérétiques et les idolâtres. Ceux contre qui nous disputons soutiennent que non « mais je me charge de faire voir que dans toute la morale relâchée on n'a jamais avancé une maxime plus pernicieuse et plus capable de ruiner la religion dans ses fondements. » Il y a là toute une apologie, très précise, de la Révocation par une des victimes. — Cf. Bossuet, Sixième Avertissement, part. III, nos lxxxii, lxxxvi, xc-xcîi; Déf. des Var., n° xxiii ; — Frank Puaux, Les Précurseurs de la Tolérance, p. 47-48.