L. XI, n» cxcvn
Pour lui, ses déclarations doctrinales étaient généralenient très précises. 11 va d'ordinaire, ausi bien que Zwingle et mieux que Luther, jusqu'au bout des conséquences que contient un principe. Du dogme du la Justice imputée, il tire courageusement trois déductions logiques : la certitude du salut éternel, l'inamissibilité de la Justice imputée, l'inutilité du Baptême. Sur l'article de l'Eucharistie, il s'exprime moins nettement, par cela même, selon Bossuet, qu'il est plus perspicace, et qu' « il ne trouve point dans ses explications de quoi contenter son esprit. » Car il voit bien que, s'il se sert de « raisons naturelles et philosophiques » pour combattre la théorie de la Réalité luthérienne ou catholique, « c'est détruire non seulement le mystère de l'Eucharistie, mais, tout d'un coup, tous les mystères du Christianisme. » il s'arrête donc à un moyen terme, et Bossuet avoue que, tout en avançant, à ce propos, une définition de la foi « aussi nouvelle que bizarre *, » tout en ayant tort d'adopter l'opinion zwinglienne du « sens figuré, » néanmoins il est plus « délicat, » plus « pénétrant » que les « Suisses 2. » C'est sans doute qu'il est venu après les autres, qu'il profite de l'expérience de ses prédécesseurs, et des débats qui avaient éclairci la position du problème; c'est aussi parce qu'avec sa diligence sérieuse il « a mieux digéré cette matière » mais c'est surtout qu'il a « meilleur esprit » que ceux qui en avaient traité avant lui.
Cette « pénétration, » qui est pour Bossuet la caractéristique de l'intelligence de Calvin, — comme la « force », à ses yeux, distingue celle de Luther3, — cette pénétration a mis quelques bonnes choses dans la doctrine du théologien de Genève. Il a eu plus que les autres la notion de l'Église et de ses conditions d'existence. Il aurait désiré l'unité de doctrine ; il sent profondément ce qu'ont de scandaleux et de pernicieux, à cet égard, les divisions de la Réforme naissante. Il écrit à Mélanchthon qu'il voudrait qu'il ne passât de ces dissentiments aucun soupçon aux siècles à venir4. — Il se fait une juste idée de l'indépendance de la religion. Bossuet note à plusieurs reprises qu'il n'a point donné dans les servilités de l'Anglicanisme, qu'il a protesté avec force contre toute immixtion de l'État dans les affaires de la conscience. — Enfin, et surtout, sa pénétration l'a préservé, dans une certaine mesure, des variations que la pensée des
\. L. IX, n° xxxix : «*II ne veut pas que ce qui nous est uni par la foi nous soit un simplement par la pensc'c, comme si la foi était autre chose qu'une pense'c ou une appréhension de notre esprit, divine à la ve'rite' et surnaturelle, que le Père ce'lesle peut inspirer seul, mais enfin toujours une pense'c. »
'2. Voir une discussion approfondie du jugement de Bossuet sur la doctrine cucha-ri:-ii<[ue de Calvin dans Basnage, Hist. de t'Église, t. II, p. 1549. Cette discussion, dans laquelle nous ne pouvons entrer ici, porte sur cette question : en quel sens et dans quelle mesure Calvin admettait dans l'Eucharistie un miracle surnaturel. Cf. ci-après, p. 5S8, n. 2.